L'AMANT QUI DONNE UNE INCLINATION AU MARI
Deux jeunes gens, du même état, et compatriotes, Saci ou Lavarenne , vivaient ensemble dans une parfaite union. L'un (Saci) avait épousé une jolie personne, qu'il aimait.
Madame Saci qui, fille, n'aimait pas son mari, avait changé depuis, et comme, toutes les honnêtes femmes, elle remplit son devoir. Elle était aussi naïve que jolie ; sa beauté avait séduit Lavarenne ; la naïveté, l'ancien éloignement pour le mari, donnaient des espérances. La conduite de la belle Julienne était pleine de candeur ; elle était douce et familière avec Lavarenne, comme avec l'ami sûr d'un époux aimé. Cependant le jeune homme
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était devenu éperdûment amoureux de la jeune dame, et il osa même Tavouer. Madame Saci ne se fâcha pas ; ne se plaignit point à son mari. Elle se contenta de se surveiller elle-même avec tant d'attention que le péril physique n'existât jamais.
Lavarenne n'était pas maltraité : il prenait patience, quoique sa passion augmentât tous les jours. Enfm il feignit de vouloir se marier.
— Madame (dit-il un jour à l'épouse), je croyais vous aimer, parce que vous êtes belle femme, taillée f>ar les grâces, que vous avez une démarche voluptueuse, des yeux superbes I... Point du tout ! Je viens de m'apercevoir, que j'adore tout cela, simplement parce que vous êtes la femme d'un ami, cher au-delà de toute expression. — J'en suis ravie ! (lui répondit la jeune épouse). Il ne manquait que d'être raisonable de ce côté-là. — Je veux me marier. — Ah I vous me donnerez une amie ! — C'est sur Mademoiselle Aurore-Parisin que j'ai jeté les yeux. — C'est une demoiselle charmante ! — Je crois que je l'aimerai, pourvu que... — Pourvu que ? — Mon ami lui fasse l'amour pour moi... Dès qu'il l'aimera, qu'il sera aimé, je l'adorerai... — Cela est singulier! (répondit en riant la naïve et belle Madame Saci). — Mais vrai î (ajouta Lavarenne)
Saci, vieux marié, aimait sa femme, assez négligemment, comme tous les maris tendrement aimés Il était dans Tapathie sous Tindissolubilité. Lavarenne aurait peut-être été comme lui, malgré son ardent caractère, sans la passion contrainte quil ressentait : mais tous les jours en présence d'une grande et jolie femme, qui était admirée de tout le monde il éprouvait des accès terribles!... Il aimait cependant son ami; c'est pourquoi il arrangea dans sa tête, un projet, qui s'accordât avec Tamitié.
Lavarenne était connu de Mademoiselle Aurore, singulièrement ! Elle Tavait vu deux fois, et l'avait toujours pris pour Saci, et Saci pour lui. Lavarenne le savait. Il en instruisit son ami, en lui faisant la même proposition qu'à sa femme.
Saci accepta tout d un coup. Vivement pressé ensuite par Lavarenne, il vit un grand service à rendre à son ami, en se faisant aimer. Enfin Lavarenne lui avoua qu'il aimait Madame Saci, et que l'honnêteté l'engageait à prendre ce moyen. Saci mi du zèle et du personnel dans sa recherche. Il se présenta chez les parents d'Aurore, bien rassuré par ses mots, sous le nom de Lavarenne.
11 fut accueilli de la manière la plus obligeante. Il plut. C'était un parti convenable. Tout, jusqu'à
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Tassociation de commerce avec Saci et la belle Julienne flattait, et les parents, et leur fille. Ce fut ainsi qu'ils s'en expliquèrent. Madame Saci vit Aurore; les deux belles se plurent au-delà de toute expression, et à son retour, Julienne dit au vrai Lavarenne : — Vous serez le plus heureux des hommes , avec cette charmante personne , Monsieur. — Mais si je ne pouvais Taimer I Si, vous adorant, malgré moi... je vous restais attaché?...
— Cela serait malheureux ! — Pourquoi malheureux I... Suis-je donc si haïssable à vos yeux. — Non : mais vous n'êtes pas mon mari. — Ah ! si vous le vouliez I... Mais attendons encore...
Saci, sous le nom de Lavarenne, voyait tous les jours Aurore... On ne sait peut-être pas comment était Aurore. Une figure charmante, une taille parfaite, des yeux moins grands qne Julienne, mais plus riants : une jolie bouche, la plus belle gorge; une éblouissante blancheur; le bras, la main, la jambe, le pied, le goût dans la mise, tout était parfait; mais le charme divin de son sourire surpassait tout. Elle était brune, comme Julienne, et leurs cheveux étaient du plus beau noir... Saci fut séduit par tant de charmes. II trouva plus d'esprit à Aurore... (L'insensé, qui ne connaissait