TROISIÈME PARTIE l
Ce n'est pas mon ami que vous épouserez ; c'est moi. — Vous î — Il est marié ; je suis amoureux de sa femme, à la fureur ; elle est vertueuse, mais naïve : nous sommes parvenus à lui persuader, qu'en vertu d'un échange bien secret, nous pouvions, sans crime, elle se donner à moi, vous à son mari... Nous en sommes là. Je vous épouserai. Tout est fait en mon nom, puisque je suis Lavarenne ; mais vous passerez tout de suite dans les bras de votre amant... Cela sera entre nous. Le secret de notre bonheur en augmentera le charme, et la force de notre association, qui est plus fortunée que je ne vous l'ai dit.
Aurore demeura interdite ; mais comme elle avait beaucoup d'esprit, qu'elle était philosophe ; qu'elle avait lu Voltaire, F reret, Diderot, Boulanger, etc. , elle tendit enfm la main à Lavarenne : — Toute à la chère société ! (s'écria-t-elle). Mais avant le mariage, je veux parler à cœur ouvert à Madame Lavarenne ; car je lui donnerai toujours ce nom, sous prétexte de badinage, comme elle me donnera l'autre), et je veux lui parler clairement. Le vrai Lavarenne y consentit.
Julienne vint voir Aurore. Celle-ci lui témoigna la plus vive amitié. La naïve Julienne y répondit. Aurore lui parla de l'échange. Julienne n'en était
pas clairement prévenue ; elle crut que c'était un badinage. Aurore la capta, la gagna par ses caresses, ses raisons, Tirnage de leur bonheur futur ; et ce qu'un homme n'aurait pu faire elle le compléta.
Le soir même, elle fit parvenir cette nouvelle au vrai Lagarenne. Saci en fut comblé de joie. Il fortifia ce qu'il nommait, les bonnes dispositions de sa femme.
Le jour arrivé, le mariage se fit. Le vrai Lagarenne épousa. Le père, la mère d'Aurore, tous les parents se frottaient les jeux,et regardaient ébahis. A la signature des actes, le vrai Lagarenne leur dit ce qu'il fallait dire, et Aurore avoua qu elle était instruite... Pouvait-on présumer la vérité?
La noce fut gaie, charmante. Mais on observa que les deux nouvelles sœurs (comme elles s'appelaient), ne pouvaient être un instant séparées. Elles causaient toujours ensemble très- bas... Aurore séduisait Julienne en faveur de Lagarenne.
Le soir arrivé, après la jarretière, tout le monde se retira... Couvrons du voile de la décence, un échange seul, aurait sans doute prévenu...
Les deux époux ont eu des enfants. Ceux d'un mari sont à l'autre... à moins que de secrets échanges ne leur donnent le vrai nom de leur père.