‹ Le Palais-RoyalChapitre 27 sur 92 · TS · texte numérisé non relu

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mante. La grosse cuisinière concubine de M.Ogretétaitunecatin. 111e savait et comme il était laid à faire peur, ill'avait prise ainsi pour avoir moins de difficultés à surmonter. Mais pouvait-il prévoir ce qui arriva? Il avait des jours où il dînait chez l'abbé son cessionnaire, ou chez différents Directeurs des petits spectacles. On savait l'heure à laquelle il devait rentrer. La grosse Gillette en profitait, pour continuer son métier dans la maison de son maître. Elle sortait, /a/s^// mw homme, et l'amenait à la maison. D'abord, elle faisait retirer les enfants : mais insensiblement elle négligea cette précaution ; elle affecta même de les parer. Un jour certain libertin trouva Sofie charmante et il la caressa... Gillette sentit alors tout le parti qu'elle pouvait tirer des deux enfants... Elle gagna gros jusqu'au moment où un mal survenu à la bouche de Sofie obligea de la traiter. Le père et la mère s'informèrent alors, et apprirent l'étrange conduite de Gillette !... On la fit mettre à l'hôpital ; le père alla en province; tous les enfants restèrent avec leur mère et l'abbé fut comme un bon père de famille. Mais il mourut. Ogret revint, et d'après la loi nouvelle du divorce fit casser son mariage, apparemment peu solide et se remaria. La mère enseignait la géographie depuis la mort de l'abbé, elle avait trop de peine; elle prit le parti que je vous ai dit.

» Sofie, quand sa mère eut fait son nouvel établissement, se ressouvint du métier qu'on lui faisait faire enfant : elle seconda sa mère auprès de ses trois soeurs. Mais instruite à ses dépens par la maladie, qu'elle avait eue, elle leur donna des lumières utiles.

» — Mes sœurs (leur dit-elle), nous remplirons les vues de notre mère, et nous ferons venir ici l'abondance, sans qu'il en coûte rien à notre santé ni même à nos charmes. Nous serons des houris, des artistes, des catins morales; et nous aurons de viles créatures sans principes pour faire le matériel de la besogne. Regardez-moi, de ce cabinet obscur, pendant quelques jours; après quoi, vous m'imiterez. On ne me touchera pas même le sein. Je veux le conserver comme le reste. Qiiant à ma bouche, elle n'en souffrira jamais une autre. Pour des baisers communs, à la bonne heure. Je veux que notre état et les vues de notre

mère, à laquelle nous devons tout, depuis que notre père nous a si cruellement abandonnées, ne nous empêchent pas de trouver un mari, auquel nous porterons notre fleur comme la plus honnête fille. Et ne croyez pas, mes sœurs, que le parti que je vous propose nuise à notre profit! au contraire. Les hommes ont un plaisir infini à recevoir les caresses d'une vierge. Il faudra seulement avoir la plus grande attention à nous remplacer rapidement. Je veux créer un genre de volupté nouvelle : on nous aura toutes quatre : nous préviendrons par là l'oubli, l'inconstance, le dégoût. La jouissance que donnera une cinquième fille, ne blasera pas sur notre compte, mais sur le sien... Au reste, laissez-moi vous conduire»

» Ainsi parla Sofie. Ses sœurs attendries, l'embrassèrent, et sa mère l'admira. Elle fut proclamée l'aînée.

» Dès le même soir, sa mère n'ayant encore qu'une étrangère, elle mit sa théorie en pratique. Madame Ogret fit un homme seule; en rentrant, elle le livre à Sofie, qui venait d'exercer ses trois sœurs. Sofie le pelota, et Angélique la remplaça, lorsqu'elle s'enfuit. Cette jolie blonde éblouit par son éclat. Elle eut bientôt tous les vœux du Miche. Elle s'échappe, à son tour, et l'homme tombe dans les bras d'Adèle! Il fut surpris... Mais à peine eut-il satisfait le sens de la vue, auquel les quatre sœurs ne devaient rien refuser, que Zéfire paraît, et Adèle s'évade. L'homme veut jouir avec cette aimable enfant. Zéfire avait des talents naturels; elle porta le délire au comble... La manœuvre paraît alors, et sans beaucoup d'art, elle achève l'ouvrage.

» Madame Ogret avait été témoin de tout. Elle pleura de joie, en embrassant ses filles, et elle dit à Sofie, ces mots remarquables : — Sofie! la bien nommée, car tu as la vraie sagesse! Sofiel jesuis ta mère; mais je te serai soumise, plus que tes sœurs! C'est toi qui es la maîtresse ici, et tout s'y fera par tes ordres !

» En effet, Sofie conduit tout admirablement. Elle a des filles de tous les genres de beauté ; c'est elle qui a fait acheter la Noire et la Cuivrée, qu'elle a mises au rang des Houris, à cause de leur unité.

» Sofie a fait un amant, parmi les hommes qui l'ont vue. Cet homme, qui a du mérite, après s'être assuré de la conduite de Sofie, en est devenu éperdument amoureux. Mais quoiqu'elle l'aime, elle ne lui a pas encore accordé sa fleur. Elle veut le mariage, et il s'y est déterminé. Mais il n'obtiendra rien qu'après la conclusion. »

Demain, je vous ferai l'histoire d'Angélique ; car je pense qu'aujourd'hui, je vous en ai donné pour vos six francs. Élise nous quitta, et nous vînmes écrire son récit très-singulier, trèsétonnant!... Paris! Paris! que tues étrange!... Mais la révolution diminuera les abus !

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