‹ Le Palais-RoyalChapitre 28 sur 92 · ANGELIQUE · texte numérisé non relu

ANGELIQUE

Après avoir reçu notre présent. Élise prit la parole en ces termes :

» — Ce que je vous ai dit hier me dispense aujourd'hui de tous les préliminaires.

» La blonde Angélique, quelque moins grande que Sofie, a quelque chose de si séduisant, qu'on éprouve, après l'avoir vue, la soif hydropique de la revoir. Elle n'a pas voulu des hommages multipliés, que lui ont offerts tous les hommes qui l'ont vue chez sa mère, au moyen du filet tendu au Palais-Royal.

» Un jour (c'était un mardi) elle se trouva aux Italiens : on donnait la Brouette : un jeune homme qui se trouvait à l'amphi-

LES FILLES DE l'ALLÉE DBS SOUPIRS 93

théâtre, à côté d'elle, et qui la prit pour une jeune bourgeoise, lui marqua beaucoup d'attentions. A la sortie, Angélique, qui était avec l'auteur de la seconde pièce, remercia le jeune homme, qui parut comblé. Elle monta en voiture et arriva chez sa mère.

» Or, il faut observer, qu'il y a pour cette maison trois portes. La porte du public, la porte dérobée, ou des personnages graves, et la porte honnête, par laquelle on reçoit les gens pour affaires et les visites bourgeoises. On trouve également trois sortes d'appartements, les publics, les secrets et les honnêtes. Ce fut par la porte honnête et bourgeoise, qu'Angélique rentra. Les voisins de cette porte ne connaissent Madame Ogret, que pour une bourgeoise vivant de ses rentes. Ainsi le jeune homme, ayant vu rentrer sa belle, et s'étant informé à un marchand mercier de la rue de Richelieu, on lui dit que c'était la seconde fille d'une dame aisée, qui payait bien et qui jouissait d'une excellente réputation. Le jeune homme fut tout à la fois enchanté et intimidé ; il craignit que sa maîtresse ne fût trop audessus de lui...

C'était le fils d'un riche marchand de draps, de la rue Saint- Denis. Il n'avait plus que sa mère, femme très-dévote, et sa fortune bien liquidée, montait à cent mille écus. Il revint le lendemain dans le quartier d'Angélique, et l'ayant aperçue à la fenêtre, il la salua. On lui rendit sa politesse. Enchanté, il monta. Angélique en fut surprise! mais elle ordonna d'ouvrir.

— Mademoiselle (lui dit le jeune homme), pardon de ma témérité ! mais je suis épris, et je sens que c'est pour ma vie. Dites-moi sincèrement, si vous êtes trop au-dessus d'un jeune marchand drapier, riche de cent mille écus? Angélique rougit, en lui répondant. — Monsieur, je suis plutôt au-dessous, qu'audessus. — Ha! Je suis comblé! (s'écria le jeune homme)... Puisje vous faire demander en mariage? — Si ma mère le permet, monsieur. — j'ai une mère aussi. Elle viendra voir la vôtre? — Comme il vous plaira. A ce mot, le jeune homme se jeta sur la main d'Angélique, la baisa, et se retira précipitamment.

» Deux heures après, il parut avec sa mère. Les quatre sœurs

étaient ensemble. — Voilà une jolie famille ! (dit la dévote). Elle pria qu'on l'introduisît auprès de la mère. Angélique y conduisit la dame et son fils. Madame Ogret,déjà prévenue, fut enchantée. Comme elle parlait bien, qu'elle avait le ton pathétique, affectueux, elle capta la dévote drapière, qui dit à son fils. — C'est tout mérite dans cette heureuse maison ! Je ne m'informe pas de la dot. Si madame et mademoiselle y consentent, voilà ma bru. Madame Ogret donna son aveu; Angélique laissa entrevoir le sien, et les articles furent préparés.

Or, dans le même temps, Sophie avait amené son amant à l'épouser; et Adèle ainsi que Zéphire n'étaient pas moins avancées, comme vous le verrez demain.

» Cette seconde 'histoire repose un peu l'imagination... Ha! que n'avons-nous des faits attendrissants à rapporter?

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