LE CABINET DE CIRE DE CURTIUS
Le 12 juillet 1189, Curtius remet aux manifestants les bustes du duc
d'Orléans et de Necher.
C'est par cette double aventure, que nous terminons l'histoire des filles du Palais-Royal. Puisse-t-elle avoir quelque utilité!... Puissions-nous faire sourire les hommes au cœur ulcéré, ou les frapper d'étonnement ! Puissions-nous, en peignant les désordres qui existent, engager les augustes législateurs nationaux, à exécuter un plan de réforme, auquel Joseph II a été obligé d'avoir
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recours, lorsqu'ayant chassé les filles publiques de Vienne, il a été forcé de les y laisser revenir.
C'est ainsi que, T^étrone nouveau, nous avons tâché de peindre les mœurs, que des abus de tout genre avaient introduites avant la Révolution. A notre manière, nous montrons combien elle était nécessaire, au moral, comme au politique.
Ce n'est pas tout, honnêtes concitoyens, qui nous lisez ! dans les deux parties suivantes, vous allez voir des choses d'un autre genre, moins criminelles au fond, que l'horrible et dégradante prostitution; mais aussi désastreuses, aussi funestes. Les êtres qui vont passer en revue, sont presque tous les fruits du crime. De sorte qu'en vous rapportant des faits particuliers, nous continuerons à vous peindre les mœurs générales. Mais quelle a été la cause du Sunamisme, qui s'est introduit? Nous l'ignorons ; tout ce que nous pouvons en dire, c'est que l'auteur d'un Ouvrage intitulé Hermippus redivivus, ou le triomphe du sage, sur la vieillesse et le tombeau; contenant une méthode pour prolonger la vie et la vigueur de Vhomme; traduction de l'anglais, etc., a prétendu en établir l'utilité.
Nous observons ici, que cette invention, qui a déjà coûté la vie, peut-être en vain, à bien des jeunes filles, nous vient des Anglais, qui, plus que nous, ont des idées extraordinaires et bizarres... Honnêtes concitoyens! nous aurions pu citer quelques-uns de ces exemples funestes ; mais nous avons préféré ne vous parler que des élèves d'une femme, longtemps guidée par un célèbre médecin, qui n'est plus.
L'auteur anglais faisait agir par les effluences de jeunes filles saines enfermées, effluences reçues par un trou sjupérieur. C'est une folie. Lisez ce qu'en dit un journaliste.
L'auteur entreprend de prouver physiquement le principe qui lui a servi de guide. Si la simple odeur des végétaux a de grands effets, n'en doit-on pas attendre de plus grands encore de celle des corps animés? Nous savons, par expérience, que ceux de la respiration humaine, sont extraordinaires. : on croit même assez
LES FILLES DE l' ALLÉE DES SOUPIRS 147
généralement que, dans le cas des maladies épidémiques, l'infection en est propagée par les haleines corrompues. » Or si la >^ respiration humaine est si fétide, si nuisible et si puissante, » pourquoi ne concevrions-nous pas qu'elle peut être de quelque v> efficacité, dans les personnes dont la santé est aussi franche » que vigoureuse? Presque personne n'ignore combien la respi-
» ration de la vache est rafraîchissante et salutaire , et comme
» la fragrance desjeunes personnes élevées dans un régime con- » venable, n'est guère d'une moindre pureté, ne peut-on pas » raisonnablement présumer qu'elle partage les mêmes » vertus? >^
L'auteur entre, à ce sujet, dans des détails très-piquants, et finit par supposer, que vraisemblablement Hermippus était ou régent, ou directeur d'un collège de jeunes vierges. Il conçoit ce collège comme uniquement fondé en faveur de leur éducation, et par là même susceptible d'avoir été composé d'une constante succession de jeunes filles, depuis Tâge de cinq ou six ans, jusqu'à celui de treize ou quatorze. Ces jeunes personnes se levaient, en toute saison, d'assez bonne heure. Dans le printemps et l'été, elles se promenaient toujours dans la compagnie de leur directeur, qui peut-être était obligé de les entretenir, pendant la promenade, d'historiettes et de contes gais ou moraux à leur portée. Dans l'hiver, après les exercices pieux du matin, les aimables pupilles s'amusaient, dans un appartement entretenu au degré de chaleur convenable. Ensuite Hermippus et ses élèves se retiraient chacun de son côté, pour se baigner, s'habiller, se mettre en état de plaire, et à elles-mêmes, et à leur vieil ami. Vers midi, Hermippus rejoignait son petit troupeau; une courte et légère conversation précédait un bon dîner, bien gai! Une musique vocale et instrumentale succédait à ce repas. De là, une promenade champêtre si le temps le permettait ; sinon, quelques exercices poussés au point d'animer et de colorer la physionomie, mais jamais jusqu'à la sueur et la fatigue. La soirée n'était pas moins joyeusement employée, et ensuite les jeunes écolières se retiraient dans un dortoir, où chacune d'elles avait sa petite cellule.
Ajoutez à ce genre de vie qu'Hermippus était exempt de passions et ne se mêlait pas de politique.
Voilà un exemple bien difficile à suivre! Mais quand on ne le regarderait que comme une hypothèse chimérique, il n'en serait pas moins vrai qu'une foule des vieillards qui ont vécu le plus longtemps, se plaisaient dans la compagnie des jeunes personnes ou s'y trouvaient par leur état. L'auteur en cite un très-grand nombre et entre autres, M. Converly, fameux maître d'une école déjeunes demoiselles, dans Queen-Square à Londres.
Il conserva sa santé, sa vigueur, l'amabilité de son caractère, jusqu'au delà de sa centième année, et disait en riant, lorsqu'il entendait des personnes de quarante ans, moins jeunes que lui, tousser, cracher et se plaindre : // est bien dur d'avoir à vivre avec de vieilles gens! Ce vieillard après avoir quitté son école, n'y survécut pas longtemps, et l'on prétend que lui-même pensait non-seulement vivre, mais encore jouir de la vie s'il l'eût gardée quelques années de plus.
Parmi les objections qu'on peut faire à l'auteur, et qu'il rapporte lui-même, sans les affaiblir, il en est une qui vient sans doute à l'esprit de tous ses lecteurs ; c'est celle qui est tirée du sage par excellence, qui, selon les annales sacrées, n'atteignit pas même le terme vulgaire des hommes d'aujourd'hui, quoique ses femmes et ses concubines fussent nombreuses, jeunes, belles, et bien gardées. La réponse de l'auteur est sensée, et conforme en tout à ses principes. Nous renvoyons à l'ouvrage même, ceux qui seraient tentés de la connaître, ainsi que pour une multitude de traits qui pourront les amuser.
Nous terminerons cet extrait par quelques vers prophétiques du traducteur, placés à la tête de l'ouvrage :
Quand ce livre paraîtra, Dont le titre surprendra, Le pédant le sifflera, L'ignorant le frondera, Le bigot le damnera, Peut-être on le défendra.
Mais le savant le lira,
D'autant qu'il l'amusera Et peut-être l'instruira.
Ajoutons qu'il se pourra, Dès que le sexe apprendra Que c'est de lui que naîtra Ce qui nous rajeunira, Et dont il s'applaudira, Qn' Hermippus réussira, Que le frondeur se taira; Qu'alors on le prônera, Qu'il se réimprimera, Que le libraire en rira, D'autant qu'il y gagnera Beaucoup plus qu'il n'espéra, Et que le jeu lui plaira.
L'idée du médecin de Madame Janus lui a été suggérée par l'usage de nos vieilles grand'mères, qui affaissaient et détérioraient leurs petites filles, en les faisant coucher avec elles. Ce qui fit imaginer autrefois le conte du Petit Chaperon-Rouge, pour en écarter par cette allégorie puérile... Nous vous laissons, lecteur, avec notre deuxième partie.
LES SUNAMITES
NOUS venons de parcourir une épineuse carrière!... QUe de petits catons de vingt ans auront froncé le sourcil!... — Qu'est-ce que cette brochure? Des historiettes scandaleuses de personnes très peu intéressantes!... A quoi s'est-il occupé là?
Que de choses nous aurions à te répondre, sage prématuré!...qui te crois un aristarque, parce que tu as déjà fait tomber dix tragédies?... D'abord, celles dont je t'ai parlé, sont des Françaises... Sais-tu tout ce que ce nom a de glorieux! Ensuite, elles auraient été des citoyennes... — Des citoyennes!... — Pourquoi ne le seraient-elles pas?... Ha! c'est qu'une aristocratie corruptrice avait avili toutes les classes de la société... Nous posons en fait, que si notre admirable Révolution se consolide, comme il y a tout lieu de le croire, elle élèvera tellement l'âme à tout ce qui porte le nom de Français, que dans dix ans, on ne trouvera plus de filles publiques, ni de sunamites, ni de BERCEUSES, ni de chanteuses, ni de converseuses, comme celles dont nous avons parlé, comme celles dont nous allons tracer l'histoire. Les mœurs vont s'épurer, ô chères concitoyennes, et cet ouvrage, publié, non pour divertir les sots, égayer les fous, émoustiller les libertins ; mais pour montrer à quel point effrayant nous en sommes, cet ouvrage sera pour la postérité un monument historique, comme les Satires de Juvénal, et les Epi-
Clovise
Serpentine
Bojialie
Fanchette
Œillette
Rose
Aurore
Jasmine
Amande
Giroflée
Amaranthe
Violette
Pyramidale
Pensée
Basilique
Balsamie
GRAVURE DE L EDITIOP
Lilette
Tubéreuse
Capucine
Centaurée
Lavande
Julienne
Uuffuette
Jacinthe
[ue.
Narcisse Blanchett* Belle de jour Belle de nuit Printanière Automnette Soucie Llserone
Bleuette
Barberose
Tulipette
Génétine
Pivoine
Moscadine
Orange
Grenade
Piédalouette
Fraisée
Abricote
Frambolsine
Pêohette
Félicité
Reineclaud
Rosemaave
grammes de ce Martial omniloque, sans lequel on n'aurait pas le vocabulaire secret des Latins!... Nous ne prétendons pas à cette dernière gloire ! Notre style est sévère et châtié : Tout le monde peut nous lire...
Nous vous saluons, sage lecteur, après cette espèce de Mercuriale, que nous faisons aux petits catons, graves effétés : Hélas! on dirait qu'ils semblent ne redouter les tableaux voluptueux, que par la rage de l'impuissance !