FRANÇAISE DEVENUE LIBRE
Dessin allégorique sur l'émancipation des femmes en IIRO.
Chevalier, brune intéressante , bel œil 9 livres
La Bacchante, n^ 40, œil bien fendu, physionomie bien prononcée, bouche petite, lèvres rubicondes, teint rembruni, taille bien fournie, chevelure crépue, pour les jeunes gens 6 livres
Pour les vieillards Î2 livres
Tel était, présenté sans voiles — et comme l'exige, ce nous semble, une étude destinée surtout à des érudits et qui veut être autant que possible exacte et complète — ce Palais-Royal dont Restif de la Bretonne, après bien d'autres, mais avec plus de sincérité et de précision, va décrire à son tour le personnel féminin.
V ouvrage dont nous donnons une réimpression fut publié en il90.
Le Palais-Royal. A Paris, au Palais-Royal d'abord; puis partout, même chez Guillot, libraire, rue des Bernardins, 1790, 3 vol. in-12 avec une gravure pliée en trois à chaque volume.
« Nous croyons, remarque le bibliophile Jacob, que l'impression a été exécutée en Allemagne, à Nieui^'ed sans doute, oii l'on imprimait en même temps Les Tableaux de la vie ou les Mœurs du XVIII® siècle, dont Restif était un des auteurs. »
// y eut deux contrefaçons que cite M. Assézat dans sa Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne :
Le Palais-Royal, par M. Restif de la Bretonne, auteur ^65 Nuits de Paris, Paris-, Au Palais-Royal, 1191, 3 vol. in-8\
Le Palais-Royal... à Londres, 3 vol. in-12. Ces contrefaçons sont presque aussi rares que V édition originale.
A l'époque oit Restif publia son livre, la censure n'existait
LES PLAISIRS DU PALAIS-ROYAL
plus, ce qui lui permit de le vendre librement et surtout^ comme on Va très justement supposé, dans le palais même dont il cons-
tituait une sorte de guide amoureux .
Nul n'a jugé cet ouvrage mieux que lui, et on peut s'en tenir à son appréciation. lia écrit dans Monsieur Nicolas (1) :
« On sait que le nouveau Palais-Royal est devenu le rendez-
tùf un fh/iihmypÂr } est la Capitai? à\ M le Palrtis. V't la Capttde deParif
vous universel des motions, des affaires, des plaisirs, de la volupté, du jeu, de la débauche, de V agiotage, de la vente d'argenty d'assignats, de mandats, et par conséquent le temple ou le prostituteur de l'observation. Ce célèbre bazar m'attirait donc par lui-même et par les agréments que je rencontrais sur la route... J'approfondis la matière en dévoilant une multitude de choses que je savais de mon ami le docteur Guillebert (de Préval) et que je n'aurais jamais connues sans lui... Les différents
(1) Édition illustrée, chei Louis-Michaud, 3 vol.
détails de cette production singulière la rendent^ pour les Français, ce que fut le Satyre de Pétrone pour les Romains : les sunamites, les berceuses, les ressemblantes, etc., sont autant de phénomènes moraux réservés à notre siècle. Cette sixième suite des Contemporaines ne pouvait entrer dans les premières, à cause des censeurs, mais elle était néce^aire à leur intégrité. »
Henri d'Alméras.
LE PflLfllS-ROYflL
TANDIS que des journalistes mensongers répandent le venin et la terreur ; tandis que des âmes atroces cherchent à détruire la confiance, et, par un air de tristesse, aggravent nos malheurs, ne serait-il pas à propos de montrer que la nation a conservé le goût du plaisir, qu'elle n'est point accablée, et qu'elle peut rire encore ? Nous donc, célibataire jadis célèbre, un peu singulier, peut-être bizarre, avons entrepris de ramener la nation à des idées plus douces, et tout en attaquant les abus, de présenter quelquefois l'attrait du plaisir. Nous allons former une galerie de tableaux gaîment-tristes ; nous allons imiter Timoihée, Grétri, Daleyrac, qui calment la fougue des passions terribles par le charme de la musique ; nous allons tracer tantôt les aventures originales d'infortunées, dévouées aux plaisirs, comme au mépris public ; tantôt celles moins révoltantes, de ces jeunes créatures, qu'on emploie, soit à la restauration, soit à l'amusement de riches vieillards.
Puissions-nous intéresser ! Puissions-nous quelquefois faire jaillir une étincelle de consolation du sein ténébreux du désordre!... Puissions-nous être moraux, au sein de l'immoralité! Puissions-nous, par d'autres vapeurs, éloigner de quelques citoyens, les fuligineuses et coupables chimères de quelques journalistes atroces, calomniateurs des Pères-du-Peuple !
Hommes publics ! nous vous dévoilons les abus : notre tâche est remplie; c'est à vous seuls qu'il appartient de les corriger.