‹ Le Palais-RoyalChapitre 54 sur 92 · PYRAMIDALE ET PENSEE · texte numérisé non relu

PYRAMIDALE ET PENSEE

Aussitôt après le récit des deux Sunamites précédentes, deux autres s'avancèrent, et Pyramidale la brune prit la parole.

» — Pour nous, Monsieur, nous sommes cousines, et nos parents sont bien connus : si nous avons une existence, nous la devons à maman Janus. Ma mère est femme d'un décrotteur, à l'île Saint- Louis, et celle de Pensée est chiffonnière. C'est ma tante, dont le mari est roux; mais sa fille est une jolie blonde, comme vous voyez.

» Ma mère me portait auprès de mon père, et me laissait sur le rebord du trottoir. Ma mère mettait ma cousine auprès de moi, et nous restions là toutes deux, commençant à nous traîner. Un jour, il passa sur le pont une dame en voiture, qui dit à une autre : — Regardez donc ces deux enfants! Cette femme-là, noire et laide, les a volées; il n'est pas possible qu'elles soient à elle ! Ma mère les entendit, et leur dit des injures. Peu de jours après, les deux dames repassèrent encore; ma mère était absente ; elles envoyèrent mon père en commissions en le payant d'avance, et dès qu'il fut parti, elles nous prirent, et nous emportèrent, en nous donnant des bonbons.

» Je ne sais où l'on nous mena ; mais le soir, on vint prendre mon père et ma mère, mon oncle et ma tante, et on les conduisit au Châtelet. Ils furent interrogés, le lendemain, à notre

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sujet. Us ort'rirent toutes les preuves possibles que nous étions leurs enfants. On les fit sortir, en leur otTrant tel dédommagement qu'ils voudraient, et deux dames se trouvèrent là, qui proposèrent de se ciiarger de? deux petites. Mais ma mère et ma tante se mirent en colère, et jurèrent qu'elles ne nous céderaient pas. Tout ce qu'on put leur dire ne servit de rien. Il fallut nous rendre,

» Dans ce temps-là, ma mère et ma tante entendirent parler de maman Janus, par la femme dépouilleuse d'enfants, qui avait volé mes deux camarades Amaranthé et Violette; et ma mère dit à ma tante : — On nous prendra toujours nos petites; donnons-les à la bonne madame Janus. Ce qui fut exécuté. On nous apporta ici ; maman Janus nous accepta, donna dix louis à nos mères, et nous a élevées cornme si nous eussions été ses filles,

Nous fîmes des questions aux deux jeunes filles sur la femme, amie de leurs mères, qui avait enlevé Amaranthé et Violette. Mais elles ne purent nous en rien dire. Pensée nous parla facilement du vieux médecin, qui faisait une pension à leurs parents, et qui devait les établir toutes deux, en cessant de les employer.

C'est par les parents de ces deux Sunamites que nous avons découvert la voleuse. Elle demeurait rue Tirehoudin : elle était à l'extrémité quand nous l'avons trouvée! Elle faisait le prêt sur gages depuis son vol. Nous avons pris sur nous de la dénoncer, et à sa mort on a mis les scellés sur ses effets, pour assurer la restitution du prix des bijoux. Nos vues sont remplies : on a trouvé des preuves du vol des deux enfants, par certains effets, et après avoir tout recouvré, les parents d'Amaranthe et de Violette ont fait un présent à ceux de Pyramidale et Pensée.

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