‹ Le Palais-RoyalChapitre 60 sur 92 · MUGUETTE ET JACINTHE · texte numérisé non relu

MUGUETTE ET JACINTHE

La première était vive et charmante ; mais la seconde était touchante et modeste. Elle ne voulait pas que sa blonde compagne fît leur histoire. Mais Muguette lui observa qu'il fallait obéir à maman Janus.

» — Si nous sommes plus particulièrement liées l'une à l'autre, c'est par la seule raison que nous avons le même vieillard. Nous sommes deux enfants que maman Janus a obtenues par protection, tentée par notre bonne santé. On lui remit en même temps deux billets, trouvés sur chacune de nous, et quelques bagatelles en verroterie et cuivre doré.

» Maman Janus nous a élevées avec ses autres protégées, jusqu'à l'âge de douze ans sans parler de nous ; mais à- notre douzième année, elle nous fit voir, et en même temps elle montra nos billets et nos brimborions.

» Un jour qu'il y avait grand monde chez son médecin, maman Janus parla de Jacinthe et de moi : on désira nous voir. Elle vint nous prendre, et nous présenta aux dames de la com-

pagnie. Puis elle fit lire nos billets. Une des dames pâlit et parut toute troublée. Maman Janus le remarqua, mais sans faire semblant de rien. Elle se promit d'employer des moyens adroits pour savoir la vérité. Une autre dame, au contraire, après avoir lu mon billet, fut d'une gaieté extraordinaire; elle m'embrassa, me caressa, me donna des bonbons et ne me quitta qu'avec peine.

» Les deux dames n'étaient point connues personnellement du médecin, chez lequel elles avaient dîné : c'étaient deux amies communes, qui avaient amené chacune la sienne, sur la demande que celles-ci faisaient depuis longtemps de connaître le docteur. Elles ne sont plus revenues; mais maman Janus s'est informée, et elle a découvert que l'une est fille d'un homme fort riche, qui avait deux enfants, un garçon et une fille ; que le garçon était un hypocondriaque, sujet à des accès de fureur, et par conséquent immariable. Que cependant, on l'avait marié àdix-septans; mais la première nuit des noces il manqua d'étrangler sa nouvelle épouse, qui se sauva chez son beau-père, veuf alors. Elle était si effrayée, qu'elle se jeta toute nue dans ses bras, et voulut coucher dans son lit. 11 l'y reçut tremblante, et. . . la chair parla. . . je suis le fruit de cette aventure, à ce que nous présumons. Ma mère n'avait que quinze ans quand elle me conçut... Elle retourna chez ses parents, leur avoua tout, et ils l'obligèrent à cacher sa grossesse. Elle accoucha secrètement, et je fus mise aux enfants trouvés. Le billet est de ma mère. La raison de cette conduite, est qu'on voulait faire casser le mariage.

» Mon père n'avait plus que sa fille; on fut obligé d'enfermer son fils. 11 se maria sur-le-champ avec une petite personne fort jolie, mais libertine effrénée, dont le père voulait se débarrasser. On maria la fille de mon père, avec le père de sa femme. Celle-ci, qui avait l'âme vicieuse, se trouvant à la campagne avec son mari, son père et un joli homme, voulut avoir ce dernier. Elle lui en parla. Il ne l'aimait pas; et il adorait au contraire la bellefille belle-mère. Il lui répondit durement, que si c'était la fille de son mari qui lui en disait autant, loin de se faire prier, il serait au comble de la joie et du bonheur; mais que pour elle, il la

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