‹ Le Paludisme autochtone à Rochefort-sur-MerChapitre 9 sur 25 · CORTE · texte numérisé non relu

CORTE

précis sur les maladies particulières à Rochefort. Un ouvrage très important de Lucadou, médecin de la Marine, publié en 1787, nous montre la place capitale que tenaient les fièvres endémiques, dont il nous donne une étude clinique très complète.

Lucadou décrit les principales formes simples, tierces et quartes.

Les fièvres intermittentes simples s’observent surtout au printemps chez les personnes qui, arrivées depuis peu, payent leur premier tribut au climat ; caractérisées par des accès quotidiens, ces formes simples se terminaient souvent d’elles-mêmes après le 6° ou 7° accès.

Les fièvres intermittentes tierces sont de beaucoup les plus fréquentes. Ce sont les seules formes qui règnent pendant l'été. Il considère la fièvre tierce comme la plus bénigne ou la plus dangereuse des fièvres d'accès. C’est la seule qu’il à vu devenir vraiment maligne.

« La fièvre tierce, dit-il, est celle dont les accès sont les plus réguliers ; chaque état y est plus distinct. Le frisson est plus fort que dans les autres. Il se manifeste souvent un vomissement de matières bilieuses et de couleur verte.

« La chaleur qui succède au frisson est plus forte ; les vaisseaux sanguins sont plus saillants ; la soif est plus intense, quelquefois très grande. Enfin, le malade a plus de pente au délire. La crise qui termine chaque accès est plus complète, les sueurs plus copieuses et plus promptes, les urines plus rouges ct

déposant une plus grande quantité de sédiments, le plus souvent briquetés, que dans les autres fièvres. »

La fièvre intermittente quarte est pour Lucadou la plus rebelle de toutes, résistant parfois pendant plusieurs années au traitement. Cette forme commencé le plus souvent à la fin de l’automne et il est rare qu'elle s'attaque aux nouveaux venus la première année, à moins qu'ils n’y soient prédisposés par leur tempérament. Elle se rencontre surtout. chez les sujets déprimés et c’est vraisemblablement pour cela qu’elle est si tenace. Elle peut se prolonger pendant 15, 18 et même 30 mois et disparaître alors d’ellemême, après avoir été combattue sans succès par tous les secours connus, administrés de la manière la plus méthodique. «: Cette cessation, dit Lucadou, a lieu au moment où l’on s’en flatte le moins, et après que le malade a abandonné tous les recours de l’Art ».

Cette forme quarte pouvait devenir « double ou triple tierce ». Souvent elle succédait à la fièvre tierce. Comme elle, la fièvre quarte ne causait presque jamais la mort, mais elle occasionnait des maladies. chroniques très rebelles et souvent mortelles. Lucadou insiste sur la grande fréquence des formes. malignes, surtout en été où elles constituaient la cause principale de larmortalité.

« I périt, ditl, à Rochefort un nombre prodigieux d'enfants ; peu de personnes ÿ parviennent à un âge très avancé ; les octogénaires y sont très rares: et peut-être n’y a-t-on jamais vu personne atteindre l’âge de 90 ans. »

ALAN Tete

Il considère les marais comme la cause principale des fièvres de Rochelort, le moment où l’endémie est le plus sensible étant celui où les marais sont à demidesséchés. Cependant il ne considère pas les exhalaisons des marais comme la seule cause des fièvres, parce que le nombre des maladies ne répond pas toujours à ces conditions de l'air et à l’état des marais. Par exemple, en 1774, les fièvres tierces attaquèrent à Rochefort un très grand nombre de personnes, sur— tout parmi le peuple, et plus encore proportionnellement à leur nombre parmi les soldats, tandis qu’à la Rochelle il y eut cette année-là peu de malades.

L'année suivante, au contraire, ilrégna à la Rochelle une fièvre double tierce très grave et l’on n'observa à Rochefort qu’un très petit nombre de fébricitants.

L'état saburral des premières voies digestives, là fréquence des vomissements observés dans les accès étaient pour Lucadon la preuve de lPaffinité de l'affection palustre pour l'estomac. Aussi, il expliquait les fièvres intermittentes par unréflexed’origine gastrique. Les miasmes des marais, absorbés par l'inhalation et surtout par la digestion, provoquaient une action irritative sur la muqueuse gastrique. Cette irritation, transmise au bulbe par l'intermédiaire du pneumogastrique, provoquait une hyperthermie réflexe. Cependant, il expliquait mal l’intermittence de cette hyperthermie. d

Les principaux auteurs de l’époque étaient tous d'accord pour considérer les fièvres de Rochefort

J. François 2

Page 1