COMPLICATIONS DU SYSTÈME NERVEUX
Nous avons déjà longuement insisté sur les complications qui surviennent du côté du système nerveux dans la phase des hyperémies phlegrnasiques, nous ajouterons pourtant encore quelques mots sur ce sujet si controversé.
Nous rappellerons encore que dans beaucoup de ces obscrvalions on signale souvent, outre la malaria, des maladies antérieures pouvant être invoquées pour expliquer la pathogénie des accidents constatés.
Paraplégie. — Ainsi Suclding, en 1888, a rapporté une observation de paraplégie malariale chez un soldat ayant résidé onze ans aux Indes et qui, deu'etour en Angleterre, aurait eu des récidives .d’accès suivies d’aphasie transitoire, puis, en 1886, nouvel accès avec paraplégie, enfin, en 1887, récidive de la paraplégie avec anesthésie, suppression de tous les réflexes, incontinence d’urine, perte de la parole, etc. Mais ce malade avait eu un chancre, et de plus, Charcot a signalé depuis longtemps ces arrêts des affections médullaires pouvant durer dix ans, quinze ans même, pour reprendre et s’arrêter encore.
Cependant Devight a cité dans le New York med. Rec., 1887, un cas de guérison par le sulfate de quinine d’une paraplégie chez un enfant paludéen de cinq ans.
S. Fayrer a également vu un médecin guérir d’une hémiplégie malariale contractée en Afghanistan.
M. Pascal [Arch. de méd. müü.) rapporte une observation
248 I,E PALUDISME CiinOA’IQUE.
analogue : hémiplégie consécutive à des accès paludéens
contractés au Tonkin et guérie par le sulfate de quinine.
Ces paraplégies de la cachexie se distinguent de celles du paludisme aigu par leur développement lent et insidieux, tandis que les paraplégies consécutives aux accès pernicieux, par exemple, ont un début brusque, subit, qui éveille immédiatement l'idée d’une embolie.
De plus, ces paralysies seraient d'ordinaire limitées, complètes, non progressives, curables,mais,ajoutentBoinetetSalêbert, elles peuvent parfois être persistantes et se généraliser.
.Atrophies. — Nous avons aussi à parler des atrophies, qui peuvent êire consécutives à des névralgies paludéennes rebelles. Ces atrophies envahissent quelquefois tout un membre ou se limitent à un groupe musculaire.
Bien que ces accidents se rencontrent consécutivement aux formes graves, et surtout aux accès pernicieux, « le plus souvent la cachexie est notée en pareil cas » (Boinet).
Ces atrophies, survenant en pays exotique, doivent toujours faire songer au beriheri; cette maladie, souvent compagne de la malaria, et que certains auteurs ont même voulu considérer comme une. manifestation du paludisme, a une forme atrophique.
Troubles psychiques. — Les troubles psychiques de la cachexie ont pour caractère spécial \s. stupeur (Sebastiani, Baillarger, Krœpelin). Ces troubles de l'impaludisme chronique ont été beaucoup moins étudiés que ceux de la malaria aiguë ou de la convalescence.
Krœpelin croit à l'existence d’une paralysie générale des cachectiques palustres.
MM. Berthier, Lemoine et Chaussier ont étudié la folie paludéenne à l’asile de Bron ; ils signalent la fréquence des hallucinations de l’ouïe et s’appuient, pour repousser
riiypothèse d’une coïncidence, sur ce fait que des accès fébriles ont toujours relié les premières atteintes du paludisme aux premières manifestations de l’aliénation. Ils n’hésitent point à admettre que le paludisme peut avoir une latence d’aussi longue durée que celle de la syphilis ; mais nous reprocherons encore aux auteurs de ce mémoire très consciencieux et très intéressant de présenter des sujets dont les antécédents sont trop complexes, ou dont les symptômes antérieurs de malaria sont peu nets.
Un des malades, par exemple, est un alcoolique, il a eu les fièvres pendant la campagne du Mexique et entre, à l’asile de Bron, en 1885, pour alcoolisme, qu’on guérit, puis il revient en 1886, et à celte époque a des accès qu’il reconnaît être identiques à ceux du Mexique : Quelle foi ajouter aux paroles, aux souvenirs de cet éthylique? il est vrai que la rate est un peu grosse, qu’il y a du pigment dans le sang, mais en petite quantité.
Un autre cas, où le sujet, âgé de cinquante ans, a eu pendant un mois la fièvre à l’âge de huit ans, mais depuis a eu des malaises fréquents.
Fayrer a rapporté un fait de mélancolie chez un officier paludéen de vingt-cinq ans, qui guérit à son retour en Europe, mais Fauteur lui-même ajoute qu’il y avait des tendances héréditaires.
Je ne veux pas insister plus longuement, malgré mon désir de croire à cette folie paludéenne ; je pense, comme Gray l’a dit à la Société neurologique de New York, que tons ces faits n’ont rien d’impossible, mais qu’il faut se méfier de l’intermittence comme signe de malaria et se bien garder do fonder le diagnostic paludisme sur ce seul caractère ; il faudrait pour être convaincu, ajoute Gray, qu’on nous montre Forganismé de Laveran.