‹ Le Paludisme chroniqueChapitre 7 sur 40 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

durée, marche, terminaisons, pronostic, mortalité

Ce que nous avons dit dans noire premier chapitre (page 55) nous dispensera d’insister longuement sur ces divers points.

La marche, la lerminaison, le pronostic, tout dépendra du traitement ou plutôt du séjour continu dans le pays insalubre ou de l’évacuation.

Si l’impaludé chronique reste dans la région où il a contracté son affection, l’aboutissant le plus fréquent, c’est la cachexie avec toutes ses conséquences et son issue fatale.

Néanmoins on peut voir persister l'impaludisme chionique pendant de longues années, quatre et même sept ans ou plus, sans qu’il en résulte de dommages bien apparents ; on peut même, dans les contrées à malaria peu sévère, veilles malades guérir pendant la saison favorable, et résister l’année suivante aux atteintes du paludisme aigu, mais, hâtons-nous de le dire, ce sont là des faits exceptionnels à tous points de vue, c’est-à-dire que ces guérisons sont rares, et qu’en outre ces guéris ou ces convalescents seront plus susceptibles aux récidives, au moment de la recrudescence de l’endémo-épidémie.

Les accès pernicieux, les maladies intercurrentes trouveront une proie facile en ces impaludés chroniques, gens débilités, sans résistance organique, excellents terrains de culture pour tous nos microscopiques ennemis. La dysen-

terie, le scorbut, les affections typhiques, les maladies du poumon, etc., tuent plus d’impaludés chroniques que la malaria elle-même.

Tout autre est le tableau si le malarial est évacué soit sur un sanatorium réel ou mieux encore sur la mère patrie.

Alors, sous rinfluence d’un traitement approprié, d’une hygiène sévère, d’une alimentation réparatrice, etc., on voit peu à peu disparaître les derniers vestiges du paludisme, le teint reprendre sa couleur normale, la rate, le foie, leur volume; les forces renaître.

L’hypersplénie sera parfois longue à céder et nous verrons combien la thérapeutique a cherché de procédés pour remédier à cette hypertrophie qui, tout en n’étant pas encore sclérosique, n’en reste pas moins rebelle à une foule de traitements.

11 est regrettable d’obscurcir ce consolant tableau, mais encore ici, vu l’importance du sujet, nous insisterons sur les dangers que peuvent courir les impaludés chroniques, soit dans leur voyage d’évacuation, soit même après leur retour; il ne faut pas oublier la possibilité de l’accès pernicieux; nous rappelons encore deux faits personnels où la mort a eu lieu par accès pernicieux près de trois mois après le retour en France. De plus, si l’on veut consulter les si intéressantes et consciencieuses statistiques de Bertillon, on verra qu’à Paris il est mort de fièvre intermittente 10 personnes en 82, 8 en 85, 9 en 84, 11 en 85 et en 87; en 80 et 81 le nombre de décès s’est élevé à 14, non compris les morts par cachexie, qui atteignent d’ailleurs un chiffre moins élevé. Bien que l’origine de ces fièvres ne soit pas donnée, il est hors de doute que ces décès appartiennent à des impaludés revenus de nos colonies en France

et l’on voit de plus que ces morts sont distinctes de celles causées par là cachexie.

Dans nos statistiques militaires, ces décès sont plus rares (un seul en 89), grâce, pensons-nous, à la largeur de vue de nos règlements qui autorisent, qui prescrivent les évacuations fréquentes et rapides.

Les accès de fièvre pourront également être d’une ténacité incroyable, et après deux, trois ans de séjour en pays salubre on verra encore ces fièvres persister ou reparaître à la moindre fatigue, émotion, traumatisme, maladie, etc.

D’après ce qui précède, on comprend que la question du pronostic dépend entièrement du traitement, c est-à-dire de l’évacuation.

Quant à citer le chiffre de décès des auteurs, déjà nous avons signalé les divergences profondes qui séparent les pathologistes sur ce point, et nous nous sommes précisément appuyé sur ces différences d’opinions pour montrer combien est nécessaire la distinction entre l’intoxication chronique et la cachexie.

En deux mots, nous dirons qu’autant le pronostic du paludéen chronique rentré en pays salubre et traité est favorable, autant il est grave quand le malade persiste à rester dans un pays qui n’a plus pour lui qu une tombe

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