TT LE PROBLÈME DE LA GUÉRISON DU PALUDISME
Pendant longtemps, on a voulu comparer Pévolution du paludisme à celle de Ia syphiliss MoNIER-VINARD n’avançait-il pas, en 1922, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris: «Jé pense... que l’infection palustre au point de vue évolution, est exactement comparable à la
syphilis, et il ne paraît pas inadmissible de concevoir que
4 le parasite reste des années dans certains tissus tels que la rate, la moelle osseuse, les surrénales, provoquant par-
fois, de loin en loin, de rares accès francs; ou même ce
que lon est convenu d’appelér les manifestations lar-
vées du paludisme. Et RAvAUT, dans son ouvrage Syphilis, Paludisme, Amibiase (1917) : «. il est possible, à la première période, d'obtenir par un traitement précoce et énergique, la stérilisation rapide de la maladie, alors qu’au contraire, la constatation des symptômes de la période secondaire, qui fait disparaître cet espoir, indique un traitement systématiquement prolongé » (page
153) ; ou encore, page 154: «..à la période secondaire, il.
(le parasite) pénètre au sein de quelques organes, $’y retranche et y Végète silencieusement. Puis, à certains moments, sous des influences très variées, il fait irruption dans:la circulation sanguine, s’y développe ».
« Cette crise passée, tout gendre dans l’ordre, maïs ie parasite n’en reste pas moins vivant dans la profondeur des tissus qui l’hébergent, guéttant Foccasion favorable pour reprendre ses incursions » (page 157). Enfin, page 158, il déclare nettement : « Nous voyons donc
combien le spirochète de la syphilis et l’hématozoaire
du paludisme présentent d’analogie dans leur parasitisme ». : QE
Pour ces auteurs, le paludisme se développe suivant . un cycle toujours égal à lui-même, à l'instar de la syphi-
lis, les formes cliniques provenant de la qualité du terrain réceplif ou du génie morbide particulier à chaque race d’hématozoaire, Par suite, le fait de la réinoculation passe forcément pour eux au second plan.
Les observations recueillies par les médecins colomaux, les recherches de certains médecins d'Europe, permettent, à l'heure actuelie, de soutenir une thèse toute différente ;
Le malade étant soustrait à la réinoculation, la maladie paludéenne guérit, en général, d'elle-même en deux ans au maximum.
On est arrivé à cette certitude à la suite des travaux d’une série d'auteurs qui sont : le Professeur Rieux, de
Le OMS se \
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Lille ; Sourier, d'Alger ; le Hollandais SWELLECREBEL ; PItalien MissrRoLt ; l'Allemand Z1Æmaxx et l’Ang'ais W. BRoUGHTON ALcOOKk: Ce dernier, en particulier, au laboratoire central du Ministère des Pensions à Londres, a réuni les résultats d’une statistique portant sur 28.720 recherches.
Ces auteurs ont, dans l’ensemble, procédé de la façon suivante :
Le
Ils ont observé et pu suivre les malades après l’épi- -sode de leur maladie paludéenne.
eZ. Dans une première catégorie de faits, ils ont groupé Pi" les observations de ceux qui n’ont plus jamais présenté % aucune manifestation fébrile imputable au paludisme.
+ Dans une deuxième catégorie de faits, ils ont groupé 14 les observations de ceux qui, dans le reste de leur exis- fénce, ont présenté des manifestations fébriles où viscérales qui auraient pu ‘être, au premier abord, de nature paludéenne.
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Or, dans la majorité des cas, un examen clinique sut. # fisamment poussé a permis de découvrir l’étiologie vérid table et nullement malarique de ces états pathologiques.
Dans un petit nombre de cas seulement, on n’a pu trouver d’étiologie précise, mais en particulier la preuve de létiologie paludéenne n’a pu être faite.
Voilà, en résumé, une série d'états pathologiques fébriles ou viscéraux, de nature indéterminée, survenant chez d’anciens paludéens. Ce sont ceux-là que M. CHaAurFaRp appelle : paludismes chroniques.
Au contraire, pour le Professeur RIEUX, ce sont les, pseudo-paludismes.
« Notre opinion s’est faite en 1911-1912, écrit le Professeur RIEUx». Il lexposa d’ abord à la Société de Pathologie Exotique, dès 1921, et il concluait en ces termes « il nous paraît, dès lors, qu’on est autorisé à dire que les manifestations vraies du paludisme chez des mala-
des soustraits par le retour en France à toute nouvelle | ‘infection et bien traités, durent «environ une année et, “après elle, la guérison de la maladie est faite ».
En 1922, il porte la discussion devant la Société Médicale des Hôpitaux de Paris. La thèse opposée y fut sou-. tenue par le Professeur CHAUFFARD, Monsieur le médecin général inspecteur LEMOINE, M. PAISSEAU, M. MONET- VINARD. 1
En 1930, au Congrès ateiatiohal du Paludisme : à Alger, J. RIEUX fut combattu par GaRiN, de Lyon; AUBRY, d'Alger ; sa thèse fut défendue par SOULIER, d'Alger : SWELLECREBEL, MISSIROLI, ZAEMANN. Et MARGHOUX, (Traité de Paludisme, 1926, p. 186), ajoute même : & Il faut envoyer rejoindre les vieilles lunes, les fièvres larvées»>. Ii est cependant quelques ‘observations troublantes : ainsi cette malade du Docteur Nocar, de: Hambourg, qui en 1927, contracta le paludisme à la suite d’une transfusion sanguine recue de son fils, lequel avait eu le. paludisme en 1914, Egalement, ce tubcreuleux rapporté par BLANCHARD et PIN, qui fit un cas de reviviscence à PL malariae, 6 ans après son retour. d’Ouganda. NRA
En outre, a-t-on le droit de do comme une maladie évolutive les cas où le sujet ne fit qu’héberger Ie parasite pendant de longues années, sans en être incommodé ? Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas des exceptions. qui peuvent infirmer une règle dictée par l'observation médicale la plus objective. D’autant plus que J. Rieux passant ces cas-là au crible de la critique, ne laisse pas de trouver quelques défauts à leur armure.
En conelusion : Le paludisme, tel qu’il se présente chez le rapatrié, guérit en général définitivement par mort naturelle ou thérapeutique du germe, en 18 mois à deux ans. Les cas de longue durée, pour incontestables qu'ils soient, doivent être regardés comme exceptüonnels.