‹ Le paludisme macédonienChapitre 15 sur 18 · I. — PALUDISME PRIMAIRE · texte numérisé non relu

I. — PALUDISME PRIMAIRE

D’üne manière générale, et quelles que soient les formes cliniques revêtues par les attaques fébriles dont la succession irrégulière constitue le paludisme primaire, la caractéristique du traitement, à cette période, doit être : l administration énergique de la quinine.

Le médecin doit se familiariser avec oette idée que le paludisme d’été, en Macédoine, est une maladie redoutable, contre laquelle les doses de quinine communément employées ailleurs restent sans effet. Cette inefficacité tient à plusieurs causes : à la nature de l’agent pathogène qui, dans plus de 85 pour 100 des cas, est le plasmodium falc parum, l’hématozoaire le plus résistant à la quinine ;■ à la multiphcité des inoculations infestantes, qui sont proportionnelles au nombre parfois colossal des anopheles ; enfin aux conditions multiples (chmat, fatigues, surmenage physique), qui affaibhssent la résistance de l’organisme.

Le but que l’on doit poursuivre en traitant le paludisme primaire, est essentiellement différent, suivant qu’on est en présence de la première atteinte fébrile (paludisme de première invasion) ou, au contraire, des atteintes ultérieures qui constituent les rechutes. Cette distinction est, à notre avis, capitale. Il est nécessaire d’en souligner la portée.

(1) P. Aebami. Le Paludisme primaire en Macédoine et son traitement. Presse médicale, 22 mers 1917 et Bull. Soc. MéA. Hôpitaux Paris, 12 mars

Pendant la première invasion, la préoccupation principale du medecm doit être d’empêcher la formation des gamètes CeUes-ci n’apparaissent jamais avant le huitième ou le dixième jour' de la maladie. Leur présence dans l’organisme comporte deux conséquences redoutables : d’une part ce sont les seules formes du parasite qui, absorbées par le moustique, soient susceptibles de perpétuer la race de l’bématozoaire. Ce sont donc les seules sources de l’épidémie palustre ; sans gamètes .il n’y a pas de paludisme social. D’autre part’ ce, sont ces éléments, extrêmement résistants à la quinine’ qm entretiennent la chronicité de la maladie, en donnan^ . naissance à de nouveUes générations de parasites, sources de rechutes. Sans gamètes, il n’y a pas de paludisme individuel. Avant la formation des gamètes, le paludisme est une maladie aiguë, stéribsable par la quinine. Après la formation des gamètes, le paludisme devient une maladie c^omque, dont la guérison ne peut plus être obtenue, le plus souvent, qu’à très longue échéance.

Il nous faut donc envisager successivement, dans le traitement du paludisme primaire :

1° L’attaque de première invasion ;

2° La période des rechutes.

1° Paludisme de première invasion

Le traitement de l’attaque de première invasion doit être précoce et intensif : précoce, parce que plus on intervient tôt dans l’administration de la quinine, plus on a de chances de tuer les parasites avant qu’ils n’aient eu le temps de se transformer en gamètes ; intensif, parce que des doses faibles de qumme favorisent le développement de ces formes de résistance.

Après avoir fait prendre au malade un purgatif sahn (SO à 40 gr. de sulfate de soude), répété, au besoin, à doses moindres, les jours suivants, on le soumettra, pendant la. durée de l’attaque fébrile, à l’administration de 3 gr. de quinine par jour.

TRAITEMENT

■ Deux questions sont à examiner, à ce point de vue : d’une part, celle du mode d’administration'de cette dose ; d’autre part, celle du moment où elle doit être donnée.

1“ Mode d’administration de la quinine. — Trois modes d’administration principaux sont à la disposition du méde- . çin : Yingestion, Yinjection intramusculaire et Y injection souacutanée. Quant à Yinjection intraveineuse, elle reste nécessairement un procédé d’exception, utilisable seulement dans certains services hospitaliers et dans les cas particulièrement graves, comme les accès pernicieux (1).

lYingestion de quinine se fera, en pratique, soit sous forme de comprimés, soit, et de préférence, sous forme de solution (par exemple : bichlorhydrate de quinine 10 gr. ; eau 400 gr. ; chaque cuillerée à soupe contenant 0 gr. 50 de quinine). On fera suivre la prise du médicament de l’absorption d’une certaine quantité de liquide (thé chaud, café léger, tisane, limonade), destmée à en atténuer l’action irritante sur la muqueuse digestive.

L’ingestion sera réservée de préférence aux cas légers, où ' manquent les symptômes gastriques (vomissements) ou intestinaux (diarrhée). Elle est surtout indiquée dans les derniers jours de 1 attaque febrile, quand s’esquisse la défervescence.

Le médecin devra s’assurer, par lui-même, que la quinine ainsi prescrite est réellement ingérée. Le réactif de Tanret permettra la recherche facile du médicament, dans l’urine.

L’injection intramusculaire ou sous-cutanée de solutions quiniques constitue le mode de traitement de choix du paludisme de première invasion. Mais c’est à la condition expresse d’observer certaines règles strictes, dont la méconnaissance rend la méthode thérapeutique illusoire ou même dangereuse.

3') Choix des solutions. — Les solutions usuelles (solution de quinine-antipyrine ou de quinine uréthane) offrent le grave inconvénient d’être hypertoniques par excès de concentration quinique. En outre, la solution de qbinine-

(1) Voir Carnot et de Keedbei.. Paris-médical, Décembre 1018.

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