CHAPITRE II
Les phénomènes de la période d’invasion terminés, le paludisme entre dans une phase silencieuse où le malade semble guéri, même s’il a été insuffisamment traité ; cette période se prolonge quelquefois de deux à quatre semaines, rarement plus. La plupart des malades rejoignent leur dépôt intermédiaire ; ils sont même retournés à leur corps quand ils sont repris d’accidents qui peuvent revêtir quelquefois une haute gravité. Ces accidents sont dûs à une rechute ou à une récidive de paludisme. Dans le premier cas, il n’y a pas eu de nouvelle infection, mais l’organisme du malade n’a . pas été stérilisé par le traitement, le sujet est resté porteur de gamètes et le parasite présente des repullulations plus ou moins périodiques et plus ou moins intenses, qui sont l’origine de nouveaux accidents. Dans le second cas, le sujet qui est resté en pays palustre, exposé à la contagion, subit des réinfections successives et souvent massives. Il présente alors de nouvelles manifestations paludéennes, généralement graves.
Certains auteurs ont voulu, en s’appuyant sur des caractères chniques, faire une distinction entre une rechute et une récidive. ,
En ce qui concerne le paludisme macédonien, il nous paraît impossible d’établir une telle distinction qui, d’ailleurs, n’a pas d’intérêt pratique, la thérapeutique devant être identique.
Les accidents qui traduisent les rechutes et les récidives n’ont plus exclusivement le caractère d’infection générale des syndrômes de première invasion. Les viscères sont plus profondément touchés, et quelques-uns le sont avec prédi-
lection, en particulier les organes hématopoiétiques (rate et moëlle osseuse) le foie, le tube digestif et les capsules surrénales. Les autres appareils, comme l’appareil respiratoire, l’appareil circulatoire et le système nerveux, peuvent l’être jusqu’à im certain point.
Ces localisations multiples et diversement associées- donnent des aspects cliniques très variés à la maladie.
Tantôt les manifestations fébriles prédominent et on sè trouve en présence d’une maladie générale d’allure typhoïde. Tantôt, au contraire, les symptômes viscéraux passent au premier plan et le malade semble atteint d une affection viscérale à marche aiguë.
Dans certaines conditions, l’infection générale est si intense, si brutale, qu’elle altère profondément certains organes essentiels et qu’elle détermine un S3mdrôme dramatique ; c’est l’accès 'pernicieux.
Mais heureusement, ,1e paludisme ne se manifeste pas toujours par une sjrmptomatologie aussi accentuée et son évolution n’est pas toujours aussi grave. Il peut ne se traduire que par des symptômes d’infection atténués, par des poussées fébriles très discrètes : c’est le paludisme fruste.
La fièvre peut même passer inaperçue, et l’on n’observe que des lésions localisées, des signes d’une affection organique : c’est le paludisme larvé.
Pour la clarté de l’exposition, nous commencerons par décrire les principaux types de courbe thermique, puis nous étudierons ensuite les syndrômes viscéraux, les accès pernicieux, le paludisme fruste et le paludisme larvé.