CHAPITRE VI
Traitement
Le traitement du paludisme, de l’avis de tous, ne supporte aucune discussion : c’est la quinine qui doit être. employée à haute dose. La directine du traitement est la suivante : Attaquer vite et fort. C’est-àdire instituer un traitement d’emblée à haute dose de quinine. Cet alcaloïde est le seul remède spécifique du paludisme au même titre que le mercure est le remède spécifique de la syphilis.
LA QUININE. — Le quinquina fut introduit en Europe au xvrr° siècle, et son alcaloïde « la quinine » fut découvert par Pelletier et Caventou en 1820.
Mode d'action de la quinine. — Comment agit la quinine ? On a cru au début qu’elle agissait comme sédatif du système nerveux, il n’en est rien ; l’ouverture de l’ère bactériologique a permis de fixer mieux son rôle. Les sels de quinine sont peu toxiques pour les bactéries et les champignons, mais ils le sont pour
les infusoires et la découverte que l’agent du paludisme était un protozoaire explique l’action de la quinine. On peut étudier directement-l’action de la quimine sur les hématozoaires en mélangeant une goutte de solution de sulfate de quinine à une goutte de sang palustre. Les hématozoaires prennent rapidement leur forme cadavérique.
Les croissants résistent mieux que les autres fores, 1ls finissent eux-mêmes par disparaître. Et après la crise et le traitement par la quinine, l’examen des leucocytes mélanifères montrent que ceux-ci se sont emparés des éléments parasitaires et des pigments qu’ils contiennent.
Toxicité de la quinine. — La quinine est peu toxique. Maillot, dans les accès pernicieux, en a donné jusqu’à 8 et 9 grammes par jour. À raison de 10 à 12 grammes la quinine détermine des accidents très graves et même la mort qui se produit par hyposthénisation du cœur et du système nerveux.
Certaines personnes ont une sensibilité spéciale à ia quinine qui, même à faible dose, détermine chez elles des accidents : bourdonnements d'oreilles, vertiges, vomissements, urticaires, hémorragies gastrointestinales.
L’hémoglobinurie quinique peut se rencontrer ; les urines deviennent rougeâtres, elles renferment de l’albumine et de l’hémoglobine., On n’y trouve pas de globules rouges.
Enfin, dernièrement, Héron et Saint-Girons ont rapporté un cas d’anaphylaxie à la quinine.
Différents sels de la quinine. — On a abandonné la poudre de quinquina et les extraits de quinquina comme fébrifuge, on ne s’en sert plus que comme tonique principalement dans la cachexie palustre.
Le sulfate de quinine est le plus employé des sels de quinine, cependant le chlorhydrate doit lui être préféré (Laveran).
Le chlorhydrate de quinine contient 81 p. 100 de quinine, tandis que le bisulfate n’en renferme que 39 p. 100 ; il est plus stable, plus soluble et plus facile à obtenir à l’état de pureté que le sulfate de quinine.
Le chlorhydrate coûte un peu plus cher que le sulfate de quinime, mais on le prescrit à plus faible dose.
Modes d'administration de la quinine. — 1° Ingestion. — Sous forme de comprimés ou même sous forme de solution.
Hau PERRET Re 400 gr.
Chaque cuillerée à bouche contient 0 gr. 50 de quinine.
L’ingestion est d'habitude réservée aux cas habituels sans symptômes gastriques ou intestinaux.
2° Injections intra-musculaires ou sous-cutanées. — Les solutions usuelles sont celles de quinoforme ou de quinine uréthane. Elles offrent le grave inconvénient d’être hypertoniques et très douloureuses ; leur absorption est aussi du fait de l’hypertonicité très lente, plus lente que par l’estomac. Il faut de préférence faire usage de solutions étendues,