INTRODUCTION
C’est comme médecin dans un bataillon du ° régiment d'infanterie que j’ai eu l’occasion d’assister à l’invasion par le paludisme de ce bataillon et aussi même du régiment. Ce corps appartenait à une division métropolitaine venue récemment en Macédoine n’ayant pas fait l’éxpédition des Dardanelles et par conséquent vierge de paludisme.
Ce régiment avait passé la fin de l’hiver en Macédoine et plus spécialement au camp de Zeïterlick et c’est seulement vers le mois de mars qu’il s’achemina vers des positions voisines des marécages du lac de Dojran et de la vallée de la Butkova.
A cette époque encore, si toutefois les journées commencçcaient à être chaudes, les nuits étaient froides et l’anophèle n’était pas encore « sorti » pour traduire une expression du pays. Seuls quelques anophèles apparaissaient dans les creux abrités des Tortes variations de température. Et ce n’est guère que vers mai, à l’époque où je rejoignais mon batailion que l’anophèle commençait ses incursions, enva-
hissant par centaines les habitations et les tentes : Jes larves grouillaient dans les mares et les moindres trous un peu humides. Il disparaissait le jour vers les endroits abrités du soleil pour réapparaître la nuit sortant des recoins des tentes et des creux des arbres, harcelant nos troupiers de son bourdonnement incessant et de ses piqûres toujours pénibles.
J’ai donc eu, de par ma situation, l’occasion d’assister à l’éclosion du paludisme dans une forte agglomération d'hommes, d’en suivre l’évolution clinique et d’en saisir au fur et à mesure tous les symptômes, Pendant la période d’expectative qui précéda la marche en avant vers Monastir, nous pouvions garder la majorité de nos malades dans les infirmeries régimentaires, sauf les cas graves qui étaient évacués sur les ambulances et à l’arrière. [l me fut donc possible d’observer et d’analyser des faits cliniques qui pouvaient passer inaperçus aux médecins des ambulances. Du reste, pour mieux faire comprendre cette situation, il me suffira de rapporter une partie d’un article de M. le Docteur Maubau, médecin-chef d’une ambulance alpine de ma division et auquel du reste va toute ma reconnaissance pour la façon si paternelle dont il m'a soigné lors de mon premier accès paludéen.
« Cependant en fin de mars nos troupes sortaient du camp retranché et s’avançaient vers le Nord. La température était chaude dans la journée, mais les ruits étaient encore trop fraîches pour permettre des éclosions d’anophèles. Aussi pendant tout le mois d'avril, l’état sanitaire des troupes de la * division est-il resté bon. C’est en mai qu’apparurent tout
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d’abord quelques cas peu nombreux d’accès palustres typiques. Il s’agissait alors d’hommes impaludés antérieurement aux Dardanelles. En même temps apparaissaient quelques cas d’infection éberthienne, mais à la fin du mois la dysenterie commençait à sévir. et elle devait prendre en juin une intensité assez considérable pour reléguer au second plan l’infection pseudo-typhique et la courbature fébrile.
En juillet, la dysenterie cessait presque brusquement à la ° division, ce qui coïneidait avec un chansement de région et une amélioration des cantonne. ments. L'état sanitaire allait chaque jour s’améliorant, quand survint une recrudescence de ces cas douteux d’infection éberthienne ou de courbature fébrile et cependant tous les hommes de la division avaient été revaccinés au T. A. B.
Le diagnostic était difficile en l’absence de toute confirmation bactériologique possible ; les malades nous aïrrivaient nombreux à l’ambulance et les billets d'hôpital portaient invariablement un des diagnosties suivants : (Infection éberthienne » ou « dothiénentérie », « courbature fébrile », ou « dengue ».
Comme les régiments avaient encore peu de malades, les postes régimentaires pouvaient encore les garder en observation et mon ambulance ne recevait que ceux qui étaient gravement atteints. Nous ne voyons donc pas les malades dès le début de leur infection, mais en juxtaposant les symptômes (début brusque, asthénie, fièvre presque continue mais à oscillations irrégulières, rachialgie et céphalée) et en palpant systématiquement l’abdomen, où dans 80