‹ Le pamphlet: comédie en deux actes, en proseChapitre 122 sur 312 · LA MARQUISE, ALICE, GEORGES, MADAME · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, ALICE, GEORGES, MADAME

MADAME G EORGES , entrant et parlant k la* cantonade.

Puisque je vous dis de faire atteler.

GEORGES, essayant de sourire et allant è eQe.

Et OÙ vas-ttt donc ainsi, mauvaise mère, sans prévenk ton fils?

MADAME GEORGES

Ma foi, mon garçon, tu dis vrai... mauvaise mère !.. "** je vais fahre une mauvaise action.

GEORGES

Toi?

ni.mi' • - . '

Âolii; tu.

llADAUkE GEORGES.

Une action d'égoïste !

GEORGES

Je t'en défie.

J'en disais autant ce matin... et maintenant... tu te rap« pelles la promesse que je t*avais faite de vendre ma ferme pour demeurer toujours avec toi ?

GEORGES

Eh bien?...

MADAME GEORGES

Eh bien I... notre cœur est bien étrange, et l*on a bien raison de dire que l'habitude est plus forte que nature!...

GEORGES

Que veux-tu dire ?

MADAME GEORGES

Qu'il me semblait que je n'aimais que toi au monde, que je n'avais besoin que de toi : eh bien! croirait-on qu'au moment de dire adieu à cette ferme... à ces champs... à ces beaux bestiaux,... des bestiaux !... des créatures qui ne vous entendent pas !... je vous demande un peu si ça a le sens commun de les regretter,... eh bien! pourtant... c'est vrai !... au moment de les quitter.. .. j'ai senti le eœur qui me manquait !

•GEORGES

Gomment!... Explique-toi!

MADAME GEORGES

Je n'ose pas... ça me coûte. .. Je sais que je vais le faire de la peine; moi-même, j'en souffre aussi... Mais, enGn, il faut bien te l'avouer, puisque c'est irrévocable... ce contrat de vente que je t'avais promis de signer aujourd'hui, je viens de le déchirer... Je retourne à ma ferme.

Alice et la marquise se lèvent vivement ; Georges les regarde, puis st retournant vers sa mère, et avec beaucoup d*émolion.

^U pars ? Tu ne veux donc plus vivre avec moi ?

MADAME GEORGES

'est mal.., je le sais ! Mais, que veux-tu ?... les vieilles

|id PAR DROIT DE CONQUÊTE.

gens... ça a la cervelle dure... ça ne se plie à rient... Je serais dépaysée dans tes beaux salons !... je ne serais pas heureuse!...

GEORGES, avec une vive douleur.

Pas heureuse!... Ah! tu ne m'aimes pas comme je Taime !

MADAME GEORGES, avec élan.

Moi !... je ne faîme pas... {Plus calme.) C'est mal ce que ta dis là ! (S*cflbrcant d*étre insouciante.) Car, enfin, il ne s'agit pas d'une séparation... nous nous reverrons quelquefois, n'estce pas, madame la marquise ? n'est-ce pas, mademoiselle Alice?... Vous me permettrez bien, quoique je ne sois qu'une fermière, de venir l'embrasser quelquefois... ce cher enfant... Ce n'est pas pour toigours que je pars aujourd'hui !•••

GEORGES

Aujourd'hui!...

MADAME GEORGES, avec plus de fermeté.

Oui... aujourd'hui !... tout de suite... parce que j'ai beau faire la brave, j'ai le cœur un peu gros, et tu sais, moi, les choses douloureuses... il ne faut pas que cela traîne... C'est ce qui fait que j'ai dit d'atteler, et que maintenant il faut nous séparer... il faut nous dire adieu !

GEORGES

C'est bien, ma mère !... c'est bien !

Il tombe accablé de douleur sur une cbaise à droite.

MADAME GEORGES, allant àlni.

Est-ce que tu ne veux pas m'embrasser ? est-ce que nous nous quitterons, fâchés?... Tu aurais bien tort, va !... (EUe

Tembrasse longtemps, puis avec résolution.) Allons. . . adieu ! . . . Adieu . . .

madame la marquise!... adieu, mademoiselle Alice, je reviendrai... je reviendrai bientôt. (EUc sYloigne lentement, pendant que Georges, qui a deviné le motif qui la fait p^nir, la suit du regard, s'élance rurs elle et la ramène vivement près des deux femmes, et, lui prenant la icie dans ses deux mains, Inib- ise«vec passion le front, Icai cheveux, tout le vidage «n prononçant des mots entrecoupés.)

GEORGES, è la marquise et à Alice.

Mais vous ne voyez donc |»as qu'elle ment ?

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