‹ Le pamphlet: comédie en deux actes, en proseChapitre 41 sur 312 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

fendre tous ceux qui sont dignes de ce titre ; mais ceux qui Tusurpent^ ceux qui^ sous un masque d'héroïsme^ cachent une trahison !...

ISABELLE

Monsieur!...

CLAVIJO

Pardonnez-moi, mademoiselle, mais puisque vous m'interrogez, je répondrai. Eh bien ! ceux-là je les poursuis, je les flagelle sans pitié ! C'est mon rôle, à moi, c'est ma mission. On m'appelle pamphlétaire. •• que m'importe?... Il y a là une force qui brave tout et domine tout... ma conscience I...

ISABELLE

Votre conscience?... Eh bien ! c'est à elle seule que j'en appelle; car ne croyez pas que je viens implorer une grâce... c'est la vérité que je veux, rien que la vérité !... Vous citez mon père à votre tribunal... Qui l'accuse? Des preuves écrites? montrezles-moi... Des témoins? faites -les paraître. Confrontez-nous ensemble ; qu'ils apportent leurs preuves, j'apporterai les miennes, moi aussi... Cène sont pas quelques vaines paroles... un discours tronqué ou défiguré... Ce sont des milliers de défenseurs vivants et respectés: les vieux soldats qui ont combattu sous lui... les chefs qui Font commandé... les amis qui pleurent encore son absence... Ce sera ma mère!... Oh! monsieur, je me jette à vos pieds!...

CLÀVUO.

Mademoiselle!...

ISABELLE. ••'

Je ne parle plus de droit, de justice, non!... je veux tout devoir à votre bonté. Vous avez des motifs deiressentiment contre mon père, je le sais; mais vous ne briserez pas, pour une vengeance stérile, la vie de trois êtres qui ne vous ont jamais fait de mal... car, sachez-le, monsieur, cette parole... cette parole serai un triple arrêt de mort! J'ai une vieille mère malade... elle en mourrait!... J'aime, depuis trois ans, le marquis de Urreaz... Si cette tache ne s'efface pas, notre union est rompue!... N'est-ce pas, monsieur, que vous ne voudrez pas faire couler tant de larmes? Oh ! ne détournez pas les yeux ! . . . Écoutez-moi ! . . . écoutez-moi ! . . .

CLAVIJO

Mademoiselle, croyez que jamais sacrifice ne m'a été plus dou-

dO LE PAMPHLET.

loureux; mais, je vous l'ai dit, je suis ceitain de ce que j'ai avancé; et quand mon devoir parle... je suis inflexible.

ISABELLE, se levant.

Misérable !... sois maudit!... Tu oses couvrir du nom de devoir tes atroces projets de haine ? Tu oses appeler mission ton infâme métier? Sois maudit avec tous tes pareils!... Car, sachele bien, ce qui vous attend, ce n'est pas seulement le mépris de tout ce qui porte un cœur d'homme, c'est rexécration et l'anathème de toutes les femmes!... ce sont les mères, les filles, les sœurs que vous avez outragées dans leurs sentiments les plus chers, et qui vous disent par ma voix : « Violateurs du foyer domestique... profanateurs de la gloire publique et de la vertu privée... destructeurs de la paix et de l'honnetir deà familles... au nom de toutes les familles, soyez maudits !... » (siie ton.)

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