II
le Duc de Bourbon, se révoltèrent ouvertement.
Le Prince de la Trémouille, forcé de quitter Nantes, s'était retiré dans ses terres ; il y fut poursuivi et arrêté.
Le colonel Noirpt s'était emparé, au nom de Buonaparte, du commandement de la subdivision militaire* du comte d'Àutichamp.
Des officiers à demi «solde se répandaient danslescampagnes,etcherchaient,
au cri de vive V Empereur, à rallier des partisans sous sa bannière impie.
La personne de Son Altesse Sérénissime n'était plus en sûreté elle eut pourtant le courage de résister pendant plusieurs jours,-aux prières de ceux qui l'entouraien t, ne voulant quitter qu'à la dernière extrémité la partie de la France dont la dé-
fense lui était confiée. Mais la trahison avait bien ourdi sa trame, et Ton ne laissa voir au Prince que l'évidence d'un péril sans fruit pour la cause du Roi.
On avait sciemment dégarni les villes d'armes et de munitions, nen laissant qu'aux troupes dont la défection était prévue ou consommée $ et lorsqu'on affecta de vouloir composer une garde à Monseigneur le Duc de Bourbon ; pour sa sûreté personnelle, on feignit la crainte de ne pouvoir trouver, dans ce moment d'effervescence, le petit nombre d'hommes surs, nécessaires à sa formation.
C'est ainsi que fut trompé ce Prince Dcpart généreux , loyal par caractère, défiant par de S A expérience, aigri par un irréparable malheur. Victime lui-même de la plus atroce perfidie, il put croire à cette nouvelle tra-;
: les souvenirs douloureux du père expliquent la conviction du guerrier.
aucune trace de l'honneur, puisqu'elle semblait effacée de ces contrées qui lui servirent si ïong-temps de refuge, il s'éloigna, en détournant la vue avec amertume de cette Vendée outragée , que déjà sa population fidèle s'apprêtait à venger.
On ne cessa pas de faire agir les ressorts perfides qui avaient été mis en jeu, dès les premiers pas de Monseigneur le Duc de Bourbon dans la Vendée. Ses démarches étaient connues , sa trace fut suivie; le Prince n'échappa que de quelques instans aux satellites de l'usurpateur; deux aides de camp de Son Altesse Sérénissime tombèrent en leur pouvoir , ainsi que le baron Saint-Jacques, si dévoué à Tin-
fortuné duc d*Enghien, et dont la fidélité
tant de fois éprouvée lui fit partager tous
les dangers des Princes de cette auguste la mille.
Les chefs vendéens se rendirent dans Arrive leurs cantonnemens respectifs, y rassemblèrent le plus de forces possible, et les
des rhefs vendéens dans leurs
canton nctinrent en réserve pour n'agir qu'au mo- mens.
ment où les hostilités commenceraient
sur la frontière du nord.
Des envoyés du marquis de LaRoche- Jaquelein,MM. deBouyset d'Oisel ( plus heureux que M. d\A|faoville, chargé de la même mission et arrêté aux Sables), étant venus annoncer que le général en chef allait débarquer avec des armes et des munitions, cette nouvelle détermina la promptitude des opérations.
Le luhdi de lia Pentecôte frit fixé pour
le soulèvement général de la Vendée, correspon- On assura les moyens de correspon- £T éta ' dance , et on les étendit de pn>che en proche par une filière non interrompue.
Les comtes de Suzanet et de Chasseloire les entretenaient de Nantes avec les chefs vendéens, à Thouars, par l'intermédiaire de M. l'abbé Jagault; à Rennes , par celui du chevalier de Busnel , et dans les départemens circonvoisins, par l'entremise des commissaires extraordinaires du Roi.
serment Toujours les mêmes, les haf>itans de
vendéen. , •»•■■■.
l'Ouest tinrent tout ce qu on était en droit d'attendre d'eux; ce ne fut point au bruit du tambour , mais au son de l'airain du temple du Seigneur, qu'ils se rallièrent , et coururent au pied des autels renouveler le serment de rester Vendéens h * : Les
habitans de huit cents paroisses s'armèrent et menacèrent encore de leurs phalanges fidèles un gouvernement usurpe.
Dans ce bocage si justement célèbre , en vain les autorités rebelles cherché^ rent-elles à comprimer le aèle vendéen par les persécutions , en . s'assurant de simples commandans de paroisse , à dé* faut des principaux chefs, quelles ne pouvaient atteindre» <
Le Juste, chef de division et Maire Mesu ' es
vcxatoires
de Maisdon, fut frappé d'un mandat d'ar~ d «« rebelle*, rêt, et Ton chargea quelques gendarmes de le mettre à exécution, ♦
Le Juste, avait organisé secrètement sa paroisse, et huit cents hommes dévoués étaient à sa disposition. Il pouvait d un seul mot se soustraire k cet ordre arbitraire , en livraût lefr gendarmes à
FT
l'indignation des» paysans; mais ce généreux Vendéen demanda comme une grâce à sa troupe de le laisser aller en prison , craignant que la résistance, en amenant ivoirien t prématuré , ne compromît l'ensemble du plan de l'insurrection gé« l'éraie. Ainsi , : dès le commencement delà guerre de i8t5, le dévouement vendéen se ru ont ta sous toutes les form es. soulèvement Le 1 5 mai on sonna le tocsin , tout s'ébranla dan3,la Véndée \ déjà dans presque toutes les divisions plusieurs affaires particulières avaient eu lieu. En opérant leur rassemblement , le& royalistes ne laissaient échapper aucune occasion d-attaqner les forces locales qui «y opposaient; ils ^préparaient aiusi à de plus sérieux combats. CJe$ ieogagemeoSviaapFimaient i«ri»ouveï»eAt dadsif aux cantons qui
en devenaient le théâtre ; et bientôt tes étincelles produisirent un incendie gé^ néral. : ' v
Les autorités rebelles, stimulées par Di *P 08Îti<MM
des rebelles*
le général Corbineau , aidé de càmp de Buonaparte , firent des appels aux fédérés*, ceux-ci s'appuyaient du secours des troupes de ligne. -
Les révolutionnaires de la Bretagne, qui avaient les premiers attaché le grelot du fédéralisme,' envoyaient leurs émissaires pour foniiér des détachement à leur imitation. ♦ - • * ;i ,#
Niort , Poitiers , Nantes' marchaient sur leurs tiraces. * v >
Le genéçal TraVDtr dbana lu titre de colonne inobile Ji oes cohortes, sp'il pliait ' sousr sot* tottxfc^dettfeift , et xàa^cha contre ' l'srati& tctyàiitf cWjè fcn activité
sur la rive gauche de la Loire, nommée Vendée militaire.
Pour animer encore les Vendéens, par le souvenir d'un de leurs plus célèbres généraux, la veuve de Gharette avait envoyé, de Nantes, un drapeau aux armes de France, brodé de sa main , à la division de Saint-Etienne de Corcoue, où se trouvait avec le plus grand sombre de ceux qui avaient jadis combattu sous les ordres de Charette, le neveu de ce chef si redoutable aux cohortes républicaines.
A ffaires Une affaire s'engagea, le 28 avril, entre les premiers detachemens reunis par le général Travot e tles divisions Charette , Goulaines et la Roche-Saint-André.
Charente de la Contrie, dont le nom est si cher aux Vendéens, porta les premiers coups en i8i5, comme son oncle
avait été un des premiers à combattre dans la première guerre vendéenne.
L'ardeur des royalistesétait tellequ'elle suppléait au nombre, et dans cette journée , vingt Vendéens mirent en faite deux cents soldats ennemis.
Un riche paysan vendéen , surnommé le marquis de Carabas, avait fait toutes les anciennes guerres et s'y était distingué. Attaché au corps d'armée du comte d'Autichamp , il fut un des premiers à s'armer en i8i5; il rassembla cinquante hommes, et à la tête de cette petite troupe , à laquelle se joignirent messieurs Tareau,il marcha sur la petite ville de St-Florent , arracha le drapeau tricolore , arbora l'étendard royal , et s'avança sur Jallaife. Pour animer ces paysans , il leur avait donné un tambour; le bruit que fit
.l'un d'eux en s'exerçant , avertit des gendarmes cantonnés non loin de là. Renforcés par des fédérés , ces gendarmes attaquèrent les Vendéens. A leur approche, le marquis de Carabas rallie ses cinquante bravés, plan te au milieu d'eux la bannière sans tache, etlesexhorte à mourir plutôt que de l'abandonner ; peu d'instans après il est tué près d'eux. Le désir de venger sa mort double le courage des Vendéens , qui se battent avec intrépidité, et parviennent à sauver , avec le corps de leur chef, l'enseigne sacrée qu'il avait confiée a leur courage.
Le 2 me corps se trouvait aux Quatre chemins , nommé chez les Vendéens le Tombeau des bleus : cinquante mille républicains y trouvèrent la mort dans la première insurrection. Le général de
Saint-Hubert , à la tête de Favant-garde, brûlait de combattre dans ce lieu, oiT toujours les Vendéens triomphèrent.
La fortune sourit à ce vœu ; les Vendéens rencontrent un détachement de gendarmerie, tombent sur lui avec une intrépidité qui le met en désordre, et bientôt dix gendarmes blessés ou prisonniers, et quarante mis en fuite, attestent la victoire vendéenne qui devint un augure favorable pour l'issue de la campagne.
De son côté , le chevalier de Mauvilain, commandant Favant-garde du 3 mf corps, avec cinquante hommes du Loroux, la plupart armés de bâtons seulement, se porta aux Sorinières , défit un nombre égal de gendarmes, et marcha sur Villeneuve , dont il s'empara.
Le Pont-Barré fat aussi, en i8i5, té-
moin des premiers succès des armes vendéennes; dix rebelles y trouvèrent la mort dans une attaque aussi vive que promptement terminée.
Division Après ces engagemens et d'autres com-
des corps
de la rive bats , où les royalistes eurent toujours g auche. l'avantage, ces divisions, d abord peu nombreuses, se grossirent chaque jour, et formèrent successivement quatre corps qui défendirent sur la rive gauche toute cette partie de l'ouest.
Chacun de ces corps prit alors une position militaire.
Le i er était commandé par le comte d'Autichamp, le 2 me par le lieutenantgénéral de Sapineau,le3 me parle général de Suzannet, le 4 me P ar Auguste de La Roche - Jaquelein : le lieutenantgénéral Cannuel remplit les fonctions de major-général.
• Le commandement en chef fat ré-
Ces quatre corps firênt sur la rive Marche
vait s'opérer sur le point de Croix- de- Marquis de
Vendée ; les paysans qui n'avaient que des fourches et des bâtons ; demandaient des fusils; « c'est l'ennemi qui vous en fournira», leur répond Sapineau; « marte chons , mes amis, et reconnaissez votre « ancien général, comme il vous recon- « naît à vos anciennes armes. »
Animés par ces paroles , les Vendéens^ suivent avec transport le général de Sapineau , qui prit position à deux lieues de
Vie.
Le 2
la RocLc-Jaquelein.
corps se porta sur Bourbon-
Bourbon - Vendée , dans les Landes du Grand-Moulin.
Le 2 m ? corps tint , sur ce point , l'ennemi en échec, et tandis que le 3 me était destiné à soutenir le débarquement , les autres corps , échelonés sur la rive gauche, devaient, tour à tour, venir recevoir les armes et les munitions qui leur manquaient.
Premier L'expédition anglaise se composait d'une frégate et de deux bâtimens de transport ; le Marquis de La Roche- Jaquelein montait la frégate qui servait de point de mire aux rebelles : ils tiraient sans relâche sur les bâtimens, dont les manœuvres furent criblées de balles. Mais La Roche- Jaquelein, du haut du pont , contemplait un trop doux spectacle pour songer à le quitter;
débarque-
le mouvement qui se faisait sur le rivage, l'ardeur et le nombre des braves Vendéens, transportaient leur général, et c'est de cette place périlleùse qu'il écrivit à S. A. IL Madame : « Je vois dici « quarante mille Vendéens qui sont « prêts à mourir pour le Roi. »
La côte fut entièrement balayée des rebelles qui se retirèrent sur Noirmoutier.
Les divisions commandées £ar MM.
Robert et Benjamin -de - Menars, s'étaient portées «des premières sur le Marais; elles avaient désarmé à Saint-Jeandu Mont, quarante -six employés des douanes , et mis en fuite une, brigade de gendarmerie; quelques vétérans qui restaient encore devinrent prisonniers des Vendéens.
Le 16 mai, le débarquement s'opéra
à Croix -de -Vie, et le brave La Roche- Jaquelein se retrouva sur la terre du çouràgè et de la fidélité.
Arrivé du Rien ne saurait peindre les transports chef!™ Cn ^ Vendéens à la vue du frère , du digne héritier des vertus et de la valeur du héros de la première Vendée , portant sur son cœur le ruban blanc , où ces mots sacrés, Dieu et le Roi > étaient brodés de la main de S. A. R. Madame.
Leur ardeur bouillante ne connut plus d'obstacles, et l'enthousiasme de l'armée fut porté au comble par les proclamations du Roi , que le Marquis de La Roche - Jaquelein fit sur-le-champ répandre.
Distribution Les armes débarquées ne fuffîrent pas
d'armes et de T7 j , , -
munition*. aux Vendéens accourus au-devant de leur général ; une division de huit cents
hommes ne put en avoir, mais ils s'en inquiétèrent peu ; les ennemis n'en manquaient pas, et les Vendéens étaient accoutumés à s'en fournir dans leurs rangs.
Enfin la Vendée , si fertile en traits de courage, put s'enorgueillir dans ce jour, en reconnoissant ses epfans aux actions qui les signalèrent,
Le Marquis de La Roche-Jaquelein , avec toutes les forces qui étaient présentes au débarquement > se dirigea sur Saiut-Hilaire-de-Rié et sur Beaufou , et revint le lendemain sur Croix-xie-Vic.
Une division, commandée par M. Bascher, restée en position à Saint-Gilles pour protéger un second débarquement, se trouvait séparée de son corps d'armée par une colonne ennemie placée à Saint-PauUde-Commequiers.
second de*. Les Vendéens de cette division atta-
barquement. lit
quent, blessent un grand nombre de rebelles, en tuent vingt-cinq, et rejoignent le 3 me corps, dont ils faisaient partie, après avoir soutenu le second débarquement, qui s'effectua heureusement le 17 mai.
Le même jour, le 4 mt corps se signa-
lait aux Echaubroignes.
combat des Auguste de La Roche- Jaquelein avait
Echaabroi- t
6 ae$. opère son rassemblement gênerai aux Aubiers; sa marche fut aussi rapide que glorieuse ; Bressuire tomba au pouvoir d'une division vendéenne , commandée par M. de Lessert; et tandis que le général Duperrat , à la tête de cent cinquante hommes seulement, se portait sur Maulévrier , résolu d'attaquer les rebelles par la route d'Isernay , MM. de Launay et Nicolas marchaient sur les Echaubroi-
giies, où les reconnaissances avaient signalé une avant-garde ennemie.
Un détachement de Vendéens , sous les ordres de M. Allard, revenait de Châ*tillon, il surprit cette avant-garde, en même temps qu'elle fut vivement attaquée en flanc par M. de Lannay \ les rebelles pliaient , lorsqu'ils furent secourus par un régiment de troupes de lignes venant de Maulevïier.
Auguste de La Roche-Jaquelein fait alors d'habiles dispositions.
Les divisions du 4 me corps attaquent l'ennemi sur tous les points à la fois.
Le général Duperrat se jette à travers champs, et harcèle ce régiment qui se range en bataille à un quart de lieue des Echaubroignes; c'est là que s'engagea un combat > pendant lequel les chefs ven*
déens rivalisèrent de talent et de bravoure.
Le lieutenant général Gannuel soutint, dans cette occasion, une réputation militaire si justement acquise. U presse l'ennemi sur sa droite pendant que le général Duperrat l'entame sur sa gauche.
Les rebelles résistent d'abord, mais bientôt forcés de céder le terrain, ils faiblissent et se retirent en désordre sur
Châtillon ; leur déroute est complète
C'en était fait de ce régiment, si les Vendéens l'eussent poursuivi dans sa retraite 5 mais les munitions leur manquaient, ce qui les obligea à laisser leur victoire imparfaite. Néanmoins cette affaire coûta cent cinquante hommes à l'ennemi, dont trente -un prisonniers } et les généraux vendéens tirèrent un ^i habile parti des localités, qu'ils n'eurent à regretter que vingt des leurs.
On vit dans cette action un septuagénaire (Louis Barreau), il voulut guider au feu ses fils qui se battaient pour la première fois, et consacrer les derniers instans de sa vie à servir Dieu et le Roi ; il fut tué quelques jours plus tard auprès de ses enfans qu'il animait par son exemple. .
Le combat des Echaubroignes , ouvrit la campagne du 4 me corps ; il électrisa les Vendéens qui accouraient en foule se ranger sous le commandement d'un La Roche-Jaquelein.
Les troupes de ligne admirèrent aux Echaubroignes , la tactique vendéenne , qui leur fut toujours funeste à force égale, et rendit souvent inutile la supériorité en nombre.
L'ennemi en fit une nouvelle épreuve
dans les principaux combats qui se succédèrent.
Dispositions Les Vendéens de la rive droite agis-
des forces . . 1 i !• ji â
vendéennes saient aussi activement; le chevalier d An- Xoile mC à l 8 Q é commandait en chef sur cette rive.
Dès les premiers instans du danger il s'était rendu dans le département de Maine-et-Loire , il avait établi le centre de ses opérations à Saint- James jlà il organisa secrètement et prépara les moyens d'agir au moment fixé pour l'insurrection générale.
Le maréchal de camp de la Poterie, commandait en second, etlecomted'Andigné, en qualité de major général.
Le colonel de Turpin, Alart, chevalier de Saint -Louis , et Bédeau de l'Ecochère , chef d'escadron, formaient en partie l'état major du chevalier d'Andigné,
et ne lui cédaient rien en dévouement.
Louis d'Andigné , Tabeaugris et Caradeux remplissaient les fonctions d'aides de camp.
Le général d'Andigné avait, en outre, délégué des pouvoirs à des généraux habiles et d'un zèle éprouvé.
Les comtes d'Ambrugeac et de Coislin étaient de ce nombre : le premier , dans le département de la Sarthe, occupait une position qui servait d'avant-postes aux armées royales des deux rives ; le Second, placé entre la Bretagne et la Vendée, prit une attitude qui facilitait les mouvemens sur les deux points, et fut un de ceux dont l'exemple eut le plus d'influence.
Le général d'Andigné donna le commandement de plusieurs divisions du centre de l'armée qu'il commandait en
personne , à ceux qui avaient le plus contribué à les former. De ce nombre se trouvaient le comte Pantin de Landemont , et de simples laboureurs , dont les noms obscurs tout- à -fait oubliés, sont remplacés par ceux que leur dévouement et leur courage ont rendus célèbres , tant dans l'ancienne guerre vendéenne, où leurs services leur valurent la Croix de Saint-Louis , que dans la nouvelle, où ils se montrèrent si dignes de la porter :
Le Coq, dans le département de Maineet-Loire ; Sans Peur et Moustache, dans celui de la Mayenne; Cœur de Lion, dans le département de la Loire-Inférieure ; l'Intrépide , à la tête de la cavalerie.
Le comte d'Ambrugeac s'adjoignit également des hommes distingués par leur bravoure.
Le générai Tranquille commandait depuis la Sarthe jusqu'au Mans ;
M. Bernard les frontières du Maine et le sud de la Sarthe ;
M. Guyot de la Poterie dans le Perche et les pays adjacens de la frontière du Loir.
Tous les chefs vendéens firent leurs dispositions, et se tinrent prêts à agir simultanément.
Le général d'Andigné adopta une tac- Taeiiqnc tique qu'il employa souvent avec avan- ^^"„ i ,au * tage , et que la nature du pays ne rend facile et praticable qu'à ceux qui le connaissent parfaitement. Cette manière qui convient particulièrement au goût et aux habitudes des paysans , consiste à se rendre secrètement par des routes détournées sur un point opposé à celui qui a été choisi ostensiblement, et où d'adroites
combinaisons attirent l'ennemi, et le portent à une fausse attaque qui laisse à découvert ses positions.
Le comte d'Ambrugeac obtenait aussi des succès, en employant des moyens tout-à-fait différens.
Par suite du système qu'il avait adopté, il faisait observer à sa troupe guerrière la tenue , la discipline et la régularité militaire j loin de cacher sa marche, il s'emparait toujours des hauteurs, et se servait avec habileté des localités. Ses dispositions tendaient à donner à son c<frps d'armée une apparence de forces bien supérieures à celles qu'il avait, en mêmetemps qu'il tirait le plus grand parti des fossés et des haies dont le pays est couvert, et s'en faisait des retranchemens naturels qui le mettaient à l'abri de toute surprise.
Cette tactique lui donnait l'avantage de refuser ou d'engager le combat, selon le nombre des troupes qui lui étaient opposées ; et souvent, avec des forces qui n'au- , raient pu résister par l'infériorité de leur nombre, il imposait à l'ennemi, qui, trompé par son attitude, n'osait l'attaquer.
Dès le 17 mai, toutes les divisions de la rive droite furent mobilisées.
Cœur de Lion, à la tête d'un petit Attaque
, , , , chât eau-
nombre d hommes détermines, se porta
sur Chateaubriand, dans l'intention de s'en emparer par surprise.
Cette petite ville , à i3 lieues de Nantes , était fortifiée ; Cœur de Lion n'ayant pu la surprendre , pouvait encore moins l'emporter de vive force avec si peu de monde ; il le tenta cependant, et s'il ne réussit pas, il tira du moins de cette en-
treprise hardie une nouvelle preuve que les difficultés , ni le danger ne pouvaient arrêter les Vendéens.
A la même époqucf, la division du comte de Landemont, où se trouvait encore un Charette ( Athanase ), se signalait près de Roussière; là, elle soutint une attaque des plus vives du 7™ de dragons. M. de Thouaré , officier vendéen, et le commandant de la paroisse de Montmusson , furent tués au commet cementde l'action. Les royalistes allaient succomber sous le nombre, quand le curé de ce village assembla ses paroissiens , les harangua , et les animant du même zèle dont il était enflammé , les amena au comte de Landemont, qui reprit l'avantage et triompha avec laide de ces braves auxiliaires»
Le comte d'Ambrugeac se trouvait alors à une lieue de Durtal, occupé par l'ennemi. Il attendait quelques renforts
pour agir.
M. de Maussabré l'ayant joint avec une Marche <kt compagnie, le comte d'Ambrugeac éta- 8UrMoraucs , blit son quartier-général au château de Bennerie, fit prendre position à sa troupe sur les hauteurs qui dominent cette contrée , et marcha sur Moranes. Il se disposait à enlever cette ville de vive force, quand l'ennemi, redoutant un engagement , l'évacua.
Le comte d' Ambrugeac fit son entrée à Moranes ; bientôt M. de Gaulier augmenta son corps de quatre cents volontaires, ce qui le porta à six cents hommes.
Les rebelles se retirèrent sur Précigné :
le comte d' Ambrugeac donna Tordre de
marcher sur eux , et s'avança au pas de charge sur la ville de Sablé , où déjà l'ennemi s'était enfermé.
A Fapproche des Vendéens,les rebelles, ainsi qu'à Moranes, s'enfuirent précipitamment; le comte d'Ambrugeac se porta sur Vilaines , et fit deux jours après sa jonction avec le général Tranquille.
Défaite de. L'ennemi , renforcé , s'avançait de la Suze pour attaquer les Vendéens ; les généraux d'Ambrugeac et Tranquille résolurent de le prévenir : ils marchent à lui; et jaloux de marquer leur premier engagement par un succès, ils fondent avec impétuosité sur les rebelles , en tuent plusieurs, les pressent et les forcent de rentrer à la Suze.
L'armée royale, après cet avantage, se porta sur Mézeraù
Le comte d'Ambrugeac s'empara des grandes routes , et inspira une telle craiûta aux autorités locales, que les courriers n'osaient plus circuler qu'à la faveur d'tmê escorte de quatre cents hommes. !
Ce générai s'attacha à entrétenrf l'ardeur des Vendéens , en occupant assez l'ennemi pour donner aux autres corps le temps de se rassembler et d'à-*
gir. . / ".;.::»: i
Dès le 2 juin , il s'était avancé sttf-Courcelles y prévenu qu'un général ennemi et plusieurs malles devaient passer au village du Point dit jour avec yme forte es-
corte. j
Le comte d'Àmbrugêac , avec deux Affaire du
Point du
cents hommes déterminés , s'y tint en j 0U r. embuscade , et après une longue attente , les Vendéens impatiens se dirigeaient sur IL 4
Saint-Jean de la Mothe, lorsque Farrière* garde aperçut l'ennemi.
Le comte d'Ambrugeac , en ouvrant la campagne , avait expressément ordonne à sa troupe de ne jamais tirer la première , dans Fespoir de ramener les Français égarés,
M. de Maussabré aiTêta le premier la colonne rebelle , en criant : Qui vive ? — Français. — Quels Français ? — Français de FEmpereur. — En ce cas , Messieurs , reprit M. de Maussabré, tirez, ou criez vive le Roi.
En vain par Fexemple du couragfe.etde la modération les Vendéens font-ils un appel au repentir; les rebelles se rangent en bataille, font feu les premiers, et le combat s'engage.
Cinquante officiers de l'état major yen-
déen s élancent au milieu des rangs ennemis; M. de Bria, l'un d'eux, pénètre au travers du premier peloton avec une intrépidité qui lui coûte la vie. M. de Laporte, au plus fort de Faction, se fait jour jusqu'au commandant de l'escorte, lutte corps à corps, le démonte et le forçait de se rendre, quand ce brave officier vendéen , enveloppé , est contraint d'abandonner son prisonnier , pour songer à sa propre défense.... Deux gendarmes l'attaquent à la fois, il les tue, et parvient à se dégager.
Les Vendéens se signalent à Venvi , et semblent faire assaut de bravoure ; la cavalerie rebelle est mise en déroute ; elle entraîne l'infanterie , qui se replie en désordre, et f eftnemi, sauvé par la nuit, qui. ne permit pas de le poursuivre, fuit en
hâte, et s'enferme dans la ville du Mans.
Le général Tranquille déploya dans cette journée autant de valeur que de talent. Le comte d'Àmbrugeac, dans ses rapports et mémoires publiés , nomme Messieurs de Maussabré,de Sainte-Croix, de Bret, de Brignon et de Gastines, qui se distinguèrent particulièrement.
Progrès de Les royalistes avaient fait sur cette rive
l'armée vcn- . .
avenue sur de rapides progrès , et se trouvaient maiu nvedroite. tres ^ e tout j e ^ B y S depuis Briolay jusqu'à
Sablé ,1e long de la Sarlhe jusqu'à la Suze, et du château du Loir jusqu'aux environs de Mayet et Lucé.
Bataille Les corps de la rive gauche s'étaient
d'Aizenai.
aussi avancés , et avaient soutenu un combat sanglant à Aizenai , dans la nuit du
21 mai.
Dans cette affaire, le comte de Su-
zannet, à la tête du 3 me corps, occupa les postes d'avant-garde ; le 2 mc , sous le commandement du général de Sapineau, eut ordre de soutenir ses mouvemens.
Les colonies rebelles , commandées par le général Travot , tombèrent à l'improviste sur l'armée vendéenne.
La division Charette soutint l'attaque :
ce digne chef portait l'armure avec laquelle son oncle triompha si souvent; la même aigrette ombrageait son front, fier de la porter. Cet ornement, son nom, et surtout son courage, rappelaient aux Vendéens le héros qui les guida tant de fois dans le chemin de l'honneur. Enflammés par ces signes connus de la victoire, et révérés des Vendéens , électrisés par l'exemple de l'héritier de sa valeur brillante , ce n'était plus seulement le souvenir de Cha-
rette qui les animait , mais ce guerrier lui-même qu'ils croyaient suivre, lorsque placé à cinquante pas en avant de sa troupe, et rec^ant le premier feu, il leur criait comme son oncle , Ai moment du combat : « Braves enfans de la Vendée, « suivez Charette. » Ils le suivent , se précipitent sur l'ennemi et culbutent son avant-garde ; le combat devient général, tous les chefs se distinguent à l'envi.
Charette fît des prodiges de valeur ; brave jusqu'à la témérité, chaque instant ajoutait à son ardeur, et s exposant sans nié-* nagement, il fut atteint et percé d'un coup mortel. Son courage survivant à sa force , il combattit encore quelques instans, et tomba enfin sur ce champ de bataille où
il venait de s'immortaliser! Un cri de
désespoir, poussé par sa division, avertit
l'ennemi de cette perte ; l'espoir des rebelles se ranime, les Vendéens se battent avec acharnement. La Roche-Jaquelein , à la tête des plus intrépides , semble se multiplier ; on le voit partout où le danger est le plus imminent, au milieu du feu le plus vif; une plume de son panache est emportée par une balle , au moment où son beau-frère ( M. de Beauregard ) tombe à ses côtés.
Selon l'usage , l'ennemi marchait au bruit delà musique militaire; ces sons belliqueux auxquels les braves paysans vendéens, si aguerris à celui du canon , n'avaient point été accoutumés dans les anciennes guerres, leur inspirèrent un effroi indicible. Chaque coup de cymbale les portait involontairement à reculer^ cette impression recevant une plus gran-
de force des ombres de la nuit. Leurs officiers, pour en f prévenir les suites, s'écrièrent gaiement : « Entendez - vous, « rçies amis, ils ont peur, ils font du « bruit pour s'étourdir, et étouffer la voix « de leurs blessés. » Ces paroles suffirent pour faire évanouir la terreur de ces bons et simples habitans, et le courage qu'ils montrèrent dans le combat , prouva que leur effroi étoit l'effet de la surprise et non celui de la faiblesse.
Les officiers vendéens redoublent d'efforts, ils étaieqt au moment de saisir la victoire, lorsque les rebelles s'avancent au cris de Vire le Roi!
; I^es Vendéens trompés croient entende : viv* le Roi! et laissent approcher cqufc que déjà ils s'apprêtent à embrasser en frères. ]V|ais bientôt ils reconnais-
sent leur erreur, la confusion se met dans leurs rangs , l'ennemi en profite , l'armée royale est entamée dans son centre; le
Marquis de La Roche- Jaquelein protège la retraite, et se replie sur les cantonnemens de son frère Auguste, pour rallier de nouvelles forces.
Plusieurs traits signalèrent cette journée si glorieuse et si fatale pour les Vendéens.
On admira l'héroïque résistance de trois soldats royaux.
Enveloppés par six rebelles, la lutte fut aussi vigoureuse que promptement terminée ; quatre rebelles et deux Vendéens furent tués presque en la commençant; le Vendéen resté Seul contre deux assaillans, tua l'un, et mit l'autre en fuite : cette action se passa à la vue des deux
partis, qui applaudirent également à cette intrépidité.
On remarqua aussi le courage du jeune Etourneau , âgé de douze ans , fils
d'un paysan du Loroux : il avoit suivi son père à l'armée. Placé derrière lui pendant le combat, il vit un gendarme prêt à le frapper; cet enfant, intrépide, s'élance,. et se sert avec tant de justesse de la fourche dont il était armé , qu'il tue le gendarme , et sauve la vie à son père.... Se retournant vers l'ennemi, il s'écrie : « Je sommes petit, mais je som- « mes Vendéen , et je n'ons pas peur. »
Un autre, âgé de quinze ans (Lebreton), se défendit seul contre trois rebelles , en tua deux , et rompit sa baïonette dans le corps du troisième, au moment où il allait en recevoir la mort. Depuis lors, ces
deux jeunes Vendéens suivirent toujours l'avant-garde du 3 me corps.
Quelques officiers de l'armée royale s'étaient maintenus toute la nuit sur le champ de bataille , avec une valeur remarquable , même parmi des Vendéens; de ce nombre étaient MM. de Mauvillain, Walsch, Chabot, Guy ot, Y Aubepin, et le commandant de paroisse,Menu :
ce dernier se fit jour jusqu'à la place où il avâit vu tomber Charette; il le trouva au pied d'un arbre , respirant encore , et cherchant à étancher avec son mouchoir, le sang qui sortait de sa blessure.
Ses compagnons d'armes le relèvent Mort de
Cliarette.
de ce sol arrosé de son sang , lui font un brancard de leurs bras, et le portent dans une ferme voisine , où l'on requit une voiture ; on ne put trouver, pour
l'atteler, que deux vaches qui n'avaient jamais été soumises au joug, et qui la tirant inégalement dans des chemins difficiles et rabpteux , lui imprimaient des cahots , dont la violence faisait rouvrir la plaie du brave Charette. Les Vendéens , désespérés à la vue de son sang , poussaient des sanglots , et se vengeaient de ses souffrances sur les animaux qui les causaient innocemment, en les perçant de coups de baïonnettes. Enfin, après le plus pénible trajet, on arrive sur le Pont de la Chapelle de Palluau : les secours de l'art sont prodigués à Charette, avec un zèle infatigable , par le chirurgien du village (Colombier). On le transporta ensuite à Chabuzin , et là il fut soigneusement caché chez le g^rde-chasse de la Marquise d'Asnière , près la forêt de grande Lande.
Quelque chers que lui fussent les Vendéens, Charette n'en pouvait souffrir aucun près de lui; officiers et soldats, tous, disait-il, « devaient être au poste où l'on combattait. » Sa tante, M me Loisel, et M Ue Voisneau, qui l'avait élevé , accoururent de Touvois , et lui prodiguèrent les plus tendres soins ; mais sa dernière
heure était venue !
Lorsque la souffrance contractait ses traits , il essayait encore de sourire, et dises compagnons fidèles, ces mots éens si connus, » Vive le Roi quand même ! C'est en les prononçant qu'il expira !
Sa perte fit couler des pleurs sincères , et sa mémoire est en honneur parmi les Vendéens.
A chaque saison on renouvelle les ar-
brisseaux qui ombragent la tombe de ce guerrier. L'honneur de fournir de son champ cette pieuse offrande, est envié de tous les Vendéens *.
La mort de Charette avait causé une stagnation momentanée sur la rive gauche , et tandis que les chefs de cette partie de l'armée vendéenne s'assuraient les
moyens de reprendre l'offensive, les corps de la rive droite, quoique faibles encore, occupaient toujours l'ennemi.
Affaire Le général d'An digne s'approchait de
de Vert. jfr
* Peu de jours avant sa mort , Charette avaiWait
publier au prône de toutes les paroisses de la division
de Legé , un appel conçu en ces termes :
« J'engage à prendre les armes , tous ceux qui sont « portés pour le bien de la patrie, de V autel et du
« trône , et je leur promets qu'ils seront licenciés aus-
« sitôt que l'ennemi commun sera ou mort ou abattu. »
Les paysans entendirent ces mots , et la division
Charette se forma.
Laval; il rencontra près du village de Vert, deux cents gendarmes qui se portaient d'Angers dans le Bocage ; l'ennemi placé sur une hauteur entourée de fossés, avait l'avantage de la position. Néanmoins les Vendéens, animés par ces obstacles mêmes , l'attaquent avec intrépidité; le combat s'engage, et dure depuÎ6 quatre heures jusqu'à la nuit : le jour vit les royalistes maîtres de la position que les rebelles avaient abandonnée.
Après cette affaire, le général d'Andigné opéra la jonction de ses divisions, et se dirigea sur Cossé, l'un de ses canton-* nemens , distant de deux lieues de Laval.
Ce général fit camper sa troupe auprès des hauteurs de Cossé ; il plaça un poste en avant sur la route de Laval , et à l'abri de cette précaution , suivi de quel-
qties officiers, il crut pouvoir attendre le jour dans le bourg, surprise dei Les généraux ennemis , prévenus de sa l7s cossé. marche, assemblent quelques détachemens du 36 mc de ligne, y réunissent des gendarmes et des fédérés , et dérobant leur mouvement à la faveur de la nuit et de guides sûrs , surprennent le poste avancé des royalistes et l'égorgent, avant qu'un seul coup de fusil eût pu donner l'alarme à Cossé.
L'ennemi approche sans bruit de ce lieu, entoure les maisons et la place, de manière à faire feu de six pas sur ceux qui tenteraient d'en sortir.
Le général d'Andigné donne l'alerte à ses officiers ; la plupart de ceux-ci sortent, et se défendent vaillamment. Le baron Henry de Saint-Sauveur, d'une ancienne
famille de Normandie , s'élança un des premiers ; il eut la cuisse cassée d'une balle, et fut percé de plusieurs coups de baïonnette, au moment où il cherchait à se relever.
Le comte de la Poterie, plus heureux, mit hors de combat deux^genjlarmes qui l'attaquèrent, et il parvint à leur échapper.
La nuit était obscure , le général d'Andigné tira parti de cette circonstance favorable. Il monte à cheval, entouré de quelques officiers qui n'avaient pas voulu se séparer de leur général : ils passent au petit pas au milieu des rebelles qui, trompés par le bruit des chevaux ,. et surtout par leur admirable sang-froid, qui annonçait la plus grande sécurité, les prennent pour des gendarmes, et les laissent passer sans défiance; cette erreur les sauva.
Arrivés à portée du premier poste ennemi, on leur crie: «quivive.... Pour toute réponse , ils traversent au galop ; on fait sur eux un feu de mousqueterie, ils n'en sont pas atteints , et ces fidèles défenseurs du trône durent deux fois la vie, en peu d'instans, à leur prudence et à leur intrépidité.
Echappé à ce double danger, le général d'Andigné rejoint ses divisions, les rallie , et les met en position sur les hauteurs , à demi-lieue de Cossé.
Au point du jour il marche sur les rebelles, reprend Cossé, et poursuit l'ennemi jusque sous les murs de Laval. Reprise des Sur la rive gauche, la reprise des hos-
liostilités snr ... , .
ia rive gau- tlll ^s avait eu heu.
chc * Le jour de la Fête-Dieu, le premier
corps reçut Tordre du général en chef, La
Roche- Jaquelein, de se diriger sur Legé.
Le 3 mc marcha sur Soulans, pour y jonction
Soulans.
chait de Saint-Aubin, el lé dëjàréuni aux Herbiers. :U 1 . w •'
Les forces de ces trois corps, au moment de leur arrivée à Soulans , n'excédatent pas sept mille hommes.
Le premier corps, commandé par le comte d'Autichamp , s'avançait par Montaigu sur les derrières de l'armée.
Ces dispositions générales avaient pour but d'assurer un nouveau débarquement, dont le succès était d'une importance extrême pour les suites de la guerre.
De Soulans , le 3 mi corps s'était porté â la Mothe-Fouquerant , où le 2 m€ l'avait rejoint , sur l'avis qu'une colonne enne-
mie, partie de Nantes, se dirigeait sur Machecoul.
Le générai en chef dirigea ses reconnaissances sur les points menacés , et découvrit lajaussetë de ces renseignemens.
Direction ^ nest P°î nt de temps de repos»pour ses corps de uQ c hef vendéen , il médite ou exécute.
la rive gauche sur Ma- Les bâtimens anglais n'étant point à
checoul.
la côte , le général en chef se porta sur Saint- Christophe , pour hâter la jonction des forces déjà réunies avec le i er corps.
L'armée royale se mit en marche ; elle était déjà arrivée à Saint-Christophe, lorsque le général en chef reçut la nouvelle de l'arrivée des bâtimens; il fit faire halte, et ordonna une marche rétrograde sur les Marais qui avoisinent le point du débarquement.
Divers bruits , plus fâcheux les uns que codcoum les autres, se répandirent alors : sans rien de clrco " s ~
7 * tances fa-
préjuger sur le plus ou moins de fonde- c i ieuscs ment qu'ils pouvaient avoii*, et sans chercher à remonter à leur source , on jugera, par les événemens qui les suivirent , quel fut l'effet de leur existence. Ils tendaient à persuader que l'amiral anglais avait quitté la côte , et que le débarquement
annoncé ne devait s'effectuer que huit
jours plus tard. ' : • ■ 1
Dans le même temps , des prétentions sur le commandement de l'armée s'éievèrent entre quelques chefs , et amenèrent un défaut d'ensemble , qui produisit une stagnation dans les mouvemens de plusieurs corps de l'armée. '
Ce concours de circonstances fut rendu plus fatal encore par l'arrivée d'agens su-
périeurs des ministres de l'usurpateur, et des négociations qu'ils entamèrent , dans le but d'arrêter l'action des forces vendéennes, qui prenaient chaque jour plus de consistance.
L'intérêt de la cause royale , le souvenir de tant de services rendus au trône , d'actes d'un dévouçment aussi remarquable que soutenu, ne pouvant se séparer desnoms des anciens non plus que des nouveaux chefs vendéens , font un devoir à un écrivain français de jeter un voile sur
meut, parmi des hommes aussi recommandâmes, l'harmonie indispensable au succès d'une grande entreprise.
On doit déplorer les funestes conséquences de leur mésintelligence , sans qu'il paraisse possible de suspecter leurs
intentions, même dans leurs erreurs
Ecartant toute considération étrangère Marche du
> -, . , . - général en
a son but , qui était d assurer par les c h e r sur i* moyens les plus prompts le triomphe de Marai8# la cause royale , le marquis de La Roche- Jaquelein, n'écoutant que ce désir, marcha à la tête du 4 mc corps sur le Marais, e t prit poste au bourg du Perrier , où l'importance du débarquement qui allait s'effectuer , réclamait impérieusement la réunion des forces vendéennes.
En vain avait-on cherché à le détourner de s'y rendre, par la considération du petit nombre des braves qu'il pouvait opposer à l'ennemi. « Ce n'est, répondit-il, « que lorsqu'ils sont battus , que les Ven- « déens reconnaissent qu'ils ne sont pas « les plus forts, »
Mais malgré son çxemple et ses efforts*
l'inaction des antres corps de la rive gauche n'eut qu'une trop fatale influence sur les événemens qui se préparaient.
A l'exception de ceux qui composaient le 4 me corps , les paysans , trompés sur l'époque réelle du débarquement, harcelés par des marches et contre-marches , répugnaient à se porter sur le Marais , que sa position leur faisait craindre d'occuper trop long-temps; ils retournaient en foule chez eux -, résolus d'aller y attendre le moment où il s'effectuerait : chaque jour amenait un nouveau vide dans les
rangs. 1 Efforts de Avertie de la fâcheuse position de son
Mlle, de La ^ , , - , , -
Roche ja- » ere > P ar le retour des Vendéens dans queiem. l eurs foyers , mademoiselle Lucie de La
Roche- Jaquelein monte à cheval, se rend dans l'arrondissement des Herbiers, ra-
nime par ses proclamations et son énergie l'ardeur des habitans' qui se rallient à sa voix , partout où l'appellent son zèle et son courage.
Elle fut particulièrement secondée par Eugène Dulândroz, aux Herbiers, et le comte d' Anglards, à Combrand.
Pour prévenir les suites de l'affaiblissement des forces sur lesquelles comptait le marquis de La Roche-Jaquelein , le général Sapineau reçut Tordre d'opérer sa jonction avec le i cr corps, sur le point de Legé , et de venir occuper avec des troupes fraîches les positions laissées à découvert.
Ce mouvement était prêt à s'exécuter , lorsqu'à la nouvelle que l'ennemi s'était emparé des cantonnemens du I er corps, le comte d'Autiçhamp crut devoir s'y replier pour l'en débusquer.
sîiçnatïon Chaque instant ajoutait au danger de la position du marquis de La Roche- Jaquelein ; l'ennemi s'approchait avec de nouvelles troupes , tandis que le général en chef f privé d'une partie des siennes , attendait vainement , en se battant avec l'intrépidité du désespoir, l'arrivée des corps réunis de l'armée royale *.
* Cest en ces termes que le marquis de La Rocbe- Jaquelein écrivait aux chefs de divisions , pour suppléer aux secours qui lui manquaient.
« Le général en chef est à Croix-de-Vic , pour opé- « rer le débarquement des canons et munitions désir tinés à l'armée*
<r Des chefs supérieurs , qui devaient , d*aprcs des « ordres donnés , prendre des positions avantageuses , « se sont retirés, et ce mouvement réirogTade nous « met en danger de perdre tout le fruit de nos peines. « Cest trahir à la fois la cause de Dieu , du Roi et de « l'honneur 7 que de refuser d'obéir. »
Dans cette circonstance critique , saisissant les moyens les plus expéditifs , le marquis de La Roche-Jaquelein donna Tordre d'arrêter tous ceux qui > par des missions de l'usurpateur, ou par tout autre motif, entraveraient lea opérations de l'armée vendéenne *.
La célérité dans les mouveraens étant Marcha indispensable, il prit des mesures vigoureuses, pour faire cesser l'inactivité qui 8U < compromettait le sort de son importante expédition. Mais déjà il était trop tard;
* Quoique la position fût fâcheuse, la modération présida aux mesures cru' une pénible nécessité prescrivait au général en ckef. Ses ordres étaient ainsi conçus :
« H est ordonné de faire évacuer sur Nantes, toute « personne qui pourrait nuire au rassemblement des h divisions qui doivent se porter vers moi , afin de « recevoir en abondance désarmes et des munitions. »
d'une colonne ennemie
Fennemi , profitant de cette hésitation funeste, avait fait avancer sur Legé ( qui déjà n'était plus occupe par les royalistes ) une colonne de huit cents hommes.
Engagement Un engagement des plus vifs avait eu P 1 lieu entre cette colonne , l'avant-garde du 3 me corps et quelques détachemens du 2 m % composés presqu'entièrement d'officiers restés sous les armes , et sourds à toute espèce d'insinuations contraires à leurs ordres.
MM. Lemaignant , Chabot , Gazot , Duchafïault, de Reignau et-Sauvageo, à la tête de ces braves, tinrent pendant troU quarts d'heure l'ennemi en échec, et se couvrirent de gloire. Ils tuèrent quatrevingts hommes , et en mirent cent hors de combat.
La colonne rebelle , commandée par Travot , pouvait , et devait être détruite à Legé, si elle eût élé attaquée par l'ensemble des trois corps d'ar-
mée.
Un génie ennemi du héros vendéen, semblaitl'avoir protégée} c'est cette même
colonne qui, quelques jours après
Mais n'anticipons pas sur la funeste catastrophe qu'elle décida.
Le canon se faisait entendre du côté du Marais , sur le point de Croix-de-Vic , où le Marquis de La Roche- Jaquelein , par d'habiles dispositions , exagérait ses forces à l'ennemi , et par de forts retranchemens couvrait le point du débarquement. Chaque jour fut marqué par un nouveau combat.
Le i er juin, le Marquis de La Roche- Combat
de St. Gilles.
Jaquelein se rendit à bord de l'escadre anglaise , pour concerter le débarquement, qui commença à s'opérer le 2 au matin : le même jour, à midi , l'attaque devint générale à ^Jaint-Gilles; elle dura toute la nuit.
Le Marquis de La Roche- Jaquelein redoubla d'efforts j il égala , dans ce combat mémorable, tout ce que la renommée publie de son frère Henri.
Mon Le général Grosbon, étonné d'une résistance si opiniâtre , et qui lui paraissait surnaturelle, vu l'infériorité du nombre , voulut connaître la position réelle des Vendéens. 1
Il monta dans le clocher de l'église de Saint - Gilles , pour découvrir le point le plus favorable À un engagement décisif, et cherchait à s'en assurer à l'aide
du général GrosboD.
d'une lunette d'approche, lorsqu'un vieux paysan l'aperçoit , s'avance sur le bord de la rivière, qui le séparait du clocher, brave le feu de la mousqueterie, l'ajuste, le coup part, Grosbon est tué.
Le général Travot marchait sur Pasoupton, pour couper la retraite au Marquis de La RocheJaquelein Aucun
secours ne venait à l'armée royale; le général en chef désespérant alors de pouvoir conserver sa position, fit cacher dans le Maràis , trois pièces de canon , deux obusiers , des armes et des munitions ; le même soir, il porta son quartiergénéral à Saint-Jean-du-Mont.
Le 4> à la pointe du jour, l'ennemi combat
9 y 1> t 1 Tk.IT • • <* e * Mfitt»
s avança a 1 entrée du Marais , surprit un ou det deux convoi , et profita de l'avantage du nom- Marau * bre , pour envelopper les Vendéens. Le
uiginze
général Estève , avec la i cre colonne, marcha sur Saint-Jean-du-Mpnt , tandis que les autres occupaient Saint-Hilairede-Rié, Croix-de-Vic et Saint-Gilles.
Le Marquis de La Roche-Jaquelein vit opérer cette manœuvre , sans pouvoir s'y opposer ; il ne lui restait plus qu'à vaincre le sort par son intrépidité, ou à périr les armes à la main.
Les Vendéens jurèrent de se faire tous tuer auprès de leur général ; celui - ci se battit avec une valeur surnaturelle.
Quatorze enfans , conduits par le plus âgé d'entre eux, qui n'avait que douze ans (Cartaux, de la commune de Saint- Amans), marchaient en rangs serrés : ces petits Vendéens, dont les bras faibles encore pouvaient à peine supporter le poids de leurs armes, mais dont le cou-
rage égalait déjà celui de IfeUf s pères , témoins dans "cette journée de leurs premiers exploits, Couraient toujours devant l'armée , parce que , disaient - ils , « ieï « grands les empêchaient de voir les « bleus » . Près du général en chef. , et par conséquent au poste le plus périlleux , trois de Ces intrépides enfans Furent tués, et quatre blessés, en faisant tête à un peloton de troupes de ligue. Leur jeune commandant, Cartaux, atteint d'un coup de feu au commencement de l'action , ne quitta point le champ de bataille ; il se battait encore, lorsqu'il reçut trois coups de baïonette, et fut fait prisonnier *.
* Le jeune Cartaux fut porté à l'hôpital de Bourbon-Vendée; le général Travot blâmait en sa présence le» parcns de ce petit brigand, de l'avoir forcé