‹ Le panache d'Henri IV, ou les phalanges royales de 1815Chapitre 7 sur 28 · LA NORMANDIE · texte numérisé non relu

LA NORMANDIE

On voyait près de lui briller tous ces guerriers , Compagnons de sa gloire, et ceints de ses lauriers ; D'Aomomt, qui sous cinq Rois avoit porté les armes *.

Henriade, chant vin.

Quand les phalanges royales, armées par un même sentiment sur divers points du royaume, appelaient les Français à la défense, du trône , les peuples de la Normandie , fidèles à la bannière des tils de Saint Louis , s'unirent, avec un zèle fervent , à cette croisade de l'honneur.

* « Jean d'Aumont , maréchal de France, qui Ci

influence çj n noble descendant de ces preux,

du duc

d^umenten dont les noms se rattachent à tous les

Normandie. ,

succès glorieux de nos rois, le duc d'Aumont, par un courage brillant et éprouvé, qu'attestent d'honorables cicatrices > et par cette urbanité si puissante sur les cœurs , quand elle est unie au pouvoir y commanda le respect, et devint l'objet de l'amour des fiers et braves Normands* Ces heureux avantages donnèrent au duc d'Aumont l'influence nécessaire pour

« des merveille* à la bataille d*Ivri , était fiU.de Pierre * d'Aumont, gentilhomme de la chambre , et de Fran- « çoise de Sully , héritière de l'ancienne maison de « Sully. H avait tervî sous les Rois Henri II , Praîi- « çois II , Charlés IX , Henri HI et Henri IV. »

Nous ajouterons à cette note de Voltaire, que le duc d'Aumont | commandant l'armée royale de la Normandie , descendant en ligne directe du maréchal , a servi sous quatre fceis.

mettre en action l'énergique volonté des Normands , et profiter de la juste aversion qu'ils ont toujours témoignée contre une puissance usurpée.

Lors même que Buonapartç ét&il parvenu au Faîte de son pouvoir , lès peuples de la Normandie lui refusèrent leur admiration, ils ne se laissèrent point éblouir par le faux éclat de l'apogée de sa gloire militaire.

Sous l'apparence de la simplicité , le Caractère Normand cache un discernement prompt v JZnàu et une finesse qui est devenue proverbiale. Observateur froid, peu susceptible d'enthousiasme , il est 0n garde contre les dehors brillans, et compare assea orditian remént l'homme à la châtaigne : « C'est

« $ous l'écorce (dit-il dans son patois), « qu'il faut voir si elle fest bonne» »

A ttaché à ses vieilles coutumes, comme au sol qui le vit naître, il s'y défendrait jusqu'à la mort. Là où tiennent tous ses intérêts , il déploie les qualités qui le distinguent; près du toit de ses pères, il est courageux et persévérant; en le transplantant on le dénature. Gomment eût-il pu ne pas haïr le novateur insatiable dont les lois tyranniques venaient si souvent l'arracher à ses habitudes et à ses foyers ?

Buonàparte était en garde contre ce peuple ; aussi est-il des cantons où jamais il n'osa se montrer, quoique souvent il sy fût fait annoncer. Il trouvait le Normand d autant plus dangereux , que conservant, jusque dans sa colère, la prudence qui le caractérise, il sait garder un long ressentiment ; et jamais , quand il éclate,, le coup qu'il porte à son

adversaire n'est précédé par la menace.

Il est lent à se décider, mais une fois qu'il a pris un parti, il s'y attache avec ténacité , et son opiniâtreté naturelle rend alors sa constance inébranlable.

Ennemi de la persécution, il vit avec horreur les excès révolutionnaires ; et les cruautés qui s'exercèrent en Normandie,

furent toujours l'ouvrage de commissaires

étrangers.

Discret jusqu'à la dissimulation , son apathie apparente contraste , d'une manière singulière, avec l'énergie de ses résolutions , et produit cet étonnement que fait naître l'éruption d'un volcan dans une région glacée.

Défiant, et dans la crainte de se laisser pénétrer , le Normand répond presque

toujours dune manière évasive ; cette humeur, peu expansive, le rend trèspropre à garder un secret.

Dans le cours de la guerre des Chouans, il y avait peu de paroisses qui n'en continssent un nombre plus ou moins grand ; ils étaient connus des chefs seulement ; et des parens, des amis, suivirent souvent le même parti , en ignorant entre eux l'existence de ce nouveau rapport.

Le duc d'Aumont sut tirer le plus avantageux résultat de cette réserve in^née chez le Normand; elle devint Tarne de l'union qui continua d'exister entre les royalistes de la Normandie, lorsque les événemens les forcèrent à une inâc-

tion apparente.

Dispositions £ ] a première nouvelle du déharque-

iufruL tueuses pour ment de Buonaparte sur le territoire fran-*

çais, ils s'unirent et formèrent une ar- «'opposer*

l'invasion

mée d'environ dix mille hommes; ils a e ia France,

n'attendaient qu'un ordre pour marcher, Buo ^ arte lorsque, par suite des progrès de la trahison, ils recurent celui de se licencier.

Le duc d'Àumont , qui commandait la i4 me division militaire, forcé de renoncer momentanément à un système de défense qui aurait inutilement causé l'effusion du sang, et qui, par ce motif, aurait été en contradiction avec les intentions du Roi , employa les derniers instans de son séjour en Normandie, comme il avait consacré chaque jour de sa vie, à servir utilement son souverain. .

Sa vigilance et ses relations avec* les M °y e,,s

° prépares pat

autorités, lui avaient fait connaître les ,c duc

d'Aumont ,

hommes sur lesquels on pouvait réel- avant de lement compter, et les dernières circons- * ultlcr ZQtk

tances avaient achevé de les lui signaler.

Il se réserva , par ses intelligences , les moyens de reprendre l'offensive , quand les événemens , au-devant desquels l'usurpateur était poussé par ses destinées , auraient enfin éclairé les soldats égarés , et offert plus de chances de succès aux efforts des royalistes.

La Normandie , par son voisinage de la Bretagne et de la Vendée , et par sa situation maritime, était propre à favoriser ce projet; elle offre, sur plusieurs points, des lieux dê débarquement, et des moyens de communication aussi prompts que faciles. Sa proximité d'un royaume allié , en permettant aux Normands de recevoir les ordres émanés des princes français , ne laissait pas d'interruption à l'exercice de l'autorité légitime.

Après les plus sages dispositions, le J ass * ge duc d'Aumont passa en Angleterre, et d'Aumoot y servit le Roi chez cette puissance, sans Angleterre, cesser de surveiller le pays confié à son gouvernement.

Les chevaliers de Grimouville et Rous- inteiiîgenseau, bravèrent plusieurs^ois les dangers mies eutrc , a de la' traversée, et devinrent de précieux Norroa " dic

' r et les Etats

intermédiaires entre les Français fidèles Britanuiqui, dans les deux royaumes, se dévouaient à la cause de la légitimité ; leur zèle trouva sa récompense dans l'accueil plein de bonté qu'ils reçurent à Londres de S. A. R. Madame. .

Les officiers des corps royaux , et par- Efforts ticulièrement les chevaliers de Lanoë et

des chefs royalistes

de Montfleury, parcoururent , pendant P our ra,,icr

les Nor-

rinterrègne , les divers cantons de la raands. Normandie , et cherchèrent à faire tour-

ner, au profit de la cause royale, les ressources destinées à soutenir les projets ambitieux de la tyrannie.

Les hommes appelés à servir contre le Roi , refusaient de marcher, ou abandonnaient les rangs de la rébellion , lorsque la force les avait contraints d y entrer.

On vit même des jeunes gens se mutiler volontairement pour se soustraire à la conscription, et ceux qui ne pouvaient y parvenir , s'exposaient à la proscription, et souvent à la mort, plutôt que de servir contre leur opinion et leurs sentimens.

Il est peu de villes, et presque pbint de. villages , où ces traits ne se soient ré* pétés.

Le jeune Orange, fils d'un habitant «de Gran ville, était du nombre de ceux

que le sort avait désignés; il jura qu'il ne partirait pas, et résista avec fermeté aux menaces des autorités locales.

-Après plusieurs ordres réitérés, auxquels il n'avait point obéi , le préfet du département enjoignit de l'y contraindre. Le jeune Orange fut arrêté, mis au cachot, et soumis, pendant quinze jours, au traitement le plus rigoureux, sans que sa résolution en fût ébranlée.

Enfin, on le livre à la gendarmerie, et sa famille , loin d'amollir son courage , par la crainte des malheurs que sa résistance pouvait attirer sur elle, l'engageait au contraire à fuir, s'il en trouvait l'occasion : c'était bien la volonté du jeune conscrit , mais on avait prévu son dessein, et il fut enchaîné comme un criminel.

Il marchait au milieu d'un détache-* ment de gendarmerie , lorsque cette escorte fut attaquée sur la route de Coutances par un parti royaliste, qui défit les gendarmes, et le délivra. Le jeune Orange entra dans les rangs de ses libérateurs , et prouva bientôt que s'il n'avait pas craint de s'exposer pour résister à la tyrannie , il savait aussi braver la mort pour le service du Roi.

Des actions semblables se répétaient fréquemment. Peu de temps après , plusieurs conscrits furent conduits à Granville et enfermés dans la caserne ; ilsprojetèrent leur évasion. L'élévation des murs semblait la rendre impossible; mais que ne peut une volonté ferme , inspirée par un sentiment légitime ?

Ils attendent la nuit, s'excitent au cou-

rage , pressent sur leur cœurs le lis qu'ils avaient conservé, s embrassent, et invoquant tout bas le nom sacré de Louis ,

ils s'élancent. Les corps brisés de

ceux qui succombèrent, dans cette entreprise périlleuse , offrirent une nouvelle preuve de l'énergique résolution des jeunes Normands.

Ainsi , les mesures arbitraires , en exaltant le dévouement, attiraient à la cause légitime autant de partisans qu'il y avait de victimes de la persécution.

Comme le reste de la France , la Normandie gémissant sous le poids de Toppression , appelait de ses vœux le retour d'un gouvernement libérateur. Ses habitans, dans une attitude fi ère et des plus avantageuses , n'attendaient qu'un signal pour se déclarer.

IL i5

Déjà ; dans le Calvados, desrassemblemens s'étaient formés sur les côtes de la Délivrande et près de Vire ; ils étaient prêts à se renouveler sur Vancietr théâtre de la guerre, depuis Falaise jusqu'à Àlen- Çon , et déjà la nécessité d'y envoyer des troupes , avait opéré une heureuse diversion dans les forces rebelles, ordres Telle était, au mois de juin i8i5, les Il doc dispositions des Normands , lorsque les a'Aumpnt. or dres du Roi, transmis par le ministre de la guerre au duc d'Aumont, lui prescrivirent d'opérer un débarquement en Normandie. • Départ Le duc d'Aumont ne perdit pas un

du duc , de

Poiismouih. seul instant pour exécuter des ordres si conformes à ses désirs; il prit, de concert avec les ducs de Castries et de La Châtre, les mesures nécessaires

pour assurer le succès de son expédition.

Bientôt soixante officiers français furent prêts à le suivre. *• " p ' *\ . /

Le duc d'Aumont partit de Ports^rnouth le 18 juin, et arriva le ai à l'île de Jersey. " 4 > ■ •

Le ministère anglais promit de mettre à sa disposition un régiment d'artillerie ; mais l'impatience du duc ne lui permit pas de différer la descente, et servit le sentiment national, qui lui faisait désirer de ne partager qu'avec des Français rhonneur d'un si beau jour.

Le major Pim fut le seul Anglais qui A

Un détachement de la: maison du Roi arriva de Gand, sotis lè commandement du maréchal de camp de Saint-Simon ,

et porta à deux cents hommes environ les forces royales.

Formation C'est à la téte de ce petit nombre de

de l'armée «■ • r i i • 1

royale de braves 9 <I U1 formèrent le premier cadre Normandie. ^ es phalanges royales de la Normandie ,

tuer son débarquement , certain de voir son armée s'augmenter dès qu'il aurait touché le sol de la patrie.

D«n«f g ué8 MM. de Berrenger, Moulin et Le Noir, dirigés sur f urent dirigés sur le département de la

les côtes de ° r

la Manche. Manche^ pour reconnaître les forces en-

nemies, prévenir les chefs royalistes, et se concerter avec le marquis de Montmorency - Laval, commissaire du Roi , en Normandie , afin de concentrer leurs opérations sur Bayeux.

Déjà ces trois zélés défenseurs du trône, avaient été employés, avec succès,

par Tinfortuné et célèbre Frotté, dans de semblables missions, qui demandaient autant d'intelligence que de dévouement \ ils connaissaient les localités et les moyens de faire mouvoir des ressorts dès longtemps préparés : aussi réalisèrent-ils tout ce qu'on attendait d'eux.

Ces dispositions achevées , le duc d' Au- *W unîon

de l'armée

mont dirigea sa troupe sur Grouville,point à Grouviiie. le plus rapproché de la côte de France.

Avant de donner Tordre du départ , le Béuédietion duc d'Aumont fit procéder à la bénédic- donné V» tion du drapeau de son corps ; il avait Jjjj^' été donné par S. A.R. Madame duchesse d'Angoulême.

Cette cérémonie religieuse et touchante, acheva d'enflammer les officiers français. A p # eine fut -elle achevée, qu'un cri unanime se fit entendre t

« Allons le mériter , en l'arborant sur la « terre natale. » On se lève , on s'embrasse , on se félicite d'avance d\m succès dont chacun a pour garant l'ardeur qui l'anime , et le gage sacré qu'une hé- Embarque- ro ï ne confia à l'honneur de tous. On se

roent.

précipite sur le rivage ; on s'élance sur la Bermuda , et l'on salue d'un cri de joie le premier mouvement du bâtiment qui faisait faire un premier pas vers la patrie.

La Bermuda y deux transports de l'Etat chargés d'armes et de munitions , et une goélette composaient cette flotille.

Dispositions A la nouvelle de l'arrivée du duc d'Au-

bosriles des

rebelles, sur mont, l'alarme se répandit sur toute la

les côtes. t • iii/»

ligne ennemie : on rassembla des torces it Cherbourg et à Granville , et les côtes du Calvados furent aussi soigneusement surveillées. Ce fut néanmoins sur ce der-

nier point , à Arromanches , que le duc d'Aumont se décida à opérer son débarquement.

Les difficultés étaient grandes , mais il était chevalier français, il arrivait en Normandie , le danger ne pouvait l'arrêter , ni les secours lui manquer.

Si près du sol natal , ce bataillon d'é~ Transports lite , ces fidèles amis du trône firent écla- aes^uyaiL* ter le plus vif enthousiasme ; ils allaient à la vue

r de la France.

revoir cette patrie qu'ils n'avaient quittée que pour obéir à l'honneur.

Dans la première émigration , l'orage révolutionnaire qui menaçait la France ; les horreurs dont elle étai t devenue le théâtre ; les longues calamités qui suivirent ces premiers instans de délire , en rendaient le séjour odieux ; on l'abandonnait avec empressement. Mais, en 1815, on s'en

éloignait après- y avoir joui de tout le bonheur attaché au retour des Bourbons, en recouvrant l'espoir de le retrouver, pour n'en plus être privé. Quelles durent être les sensations de ces enfans de la belle France , qui n'eurent point à rou- * gir, et ne la quittèrent que pour la servir ! Dangers La Bermuda était dirigée par un

que coaiut

la flotte. ancien pilote français ; cependant , malgré son expérience , le bâtiment courut les plus grands dangers. Il avait à peine mis en mer, qu'un vent contraire le poussa vers les rochers qui bordent presque toute la côte du Calvados , et l'on fit d'inutiles efforts pour le dégager. Cette position était d'autant plus critique, que l'on se trouvait en face, et seulement à demi -portée du canon de la batterie d'Arromanches,

fe.

'il fallait doubler. On mit aussitôt eu mer toutes les chaloupes ; une partie de l'équipage des bâtimens de transport s'y jeta, et voulut remorquer la Bermuda ; mais tous ces efforts réunis ne purent parvenir à la dégager.

Cependant le bruit du canon qui tirait sur la flottille , en avertissant les troupes de terre de son approche, apportait à chaque instant des obstacles au débarquement.

Le duc d'Aumont se fait alors du péril Déposition* même un moyen de succès, il n'hésite doc pas, fait embarquer, dans les chaloupes , d ' Aumo,lt les Français qui étaient à bord de la Bermuda y les dispose de manière à en imposer aux rebelles sur ses premières forces , et leur en exagère encore l'étendue , en faisant donner Tordre aux autres bâ-

timens de venir mouiller sous la batterie.

Les récifs qui garnissent la côte du Càlvados, ne permirent pas l'entière exécution de ce plan , et trente hommes seulement purent approcher. Néanmoins l'ardeur de ces braves s'accroissant par la difficulté, ils s'avancèrent sous le feu de la batterie avec cette audace qui distingue partout les Français, et que redoublaient en ce moment l'aspect de leur pays et l'amour de la gloire* Débarque- Le duc d'Aumont saisit d'une main aZIL Renseigne sacrée donnée par la fille c4lcs * de nos Rois, et de l'autre, montrant à ses valeureux compagnons les canons qui défendaient la côte : « Mes amis, « s'écrie-t-ii , la France est derrière eux* » A ces mots , ils s'élancent tous des cha-

loupes à la mer, pour atteindre la côte plate du revers de la batterie. Réunis sur la plage , le duc d'Aumont se met à leur tête, et marche droit aux pièces, distantes d'un quart de lieue du point où ils avaient pris terre.

La fortune, qui se range souvent du p r .s©

•il» t • . » j'i 1 des canons

parti de la témérité, se déclara pour les . défen . défenseurs de Louis \ ils se précipitent da,cullefo,u sur la batterie. Elle fut enlevée aux cris de vive le Roi ! vive Madame ! et le

drapeait sans tache, confié par l'héroïsme à de preux chevaliers; signala, en flottant sur ces parages, au peuple d'Albion, le triomphe de la fidélité française, et aux habitans de la Normandie, la présence de libérateurs, enfans et orgueil d'une même patrie.

La Bermuda, dégagée, vint mouiller

non loin de terre, ainsi que les autres

bâtimens 5 et le débarquement général

des troupes de cette expédition, s'opéra

sans obstacles.

Marche La colonne royale s'avança sur le vil-

d'Aumont ï a g e d'Arromanches ; un détachement « Bayeu,. 0CCûpa les hauteurs qui le dominent ,

position nécessaire et favorable i sa sureté*

Le duc d'Aumont marcha «avec le reste de sa colonne sur Bayeux. Les mesures concertées avec les chefs royalistes de la Normandie , et le marquis de Montmorency-Laval, lui assuraient des ressources dans cette ville populeuse , devenue le centre de leurs opérations.

Réunion A la nouvelle de l'approche de la troupe

des forces i i r , » , , •«■ • •

ennemies r °y a * e y quelques/eaeiw qui , depuis trois commandées mo i s> étaient la terreur des habitans , se

disposaient à marcher contre elle sur la parie générai route de Bayeux , en même-temps que le général Vedel se préparait à l'attaquer sur celle de Caen , et qu'une colonne ennemie , qui , dans l'incertitude du point du débarquement , avait longé la côte , venait sur ses derrières.

- Pour prévenir la réunion de ces obstacles , le duc d' Au mont précipita sa marche sur Bayeux, et résolut d'y entrer de vive force.

Avant d'engager une affaire, et vou- Envoi lant, s'il était possible, éviter les suites par i ero entaiqu'elle eût entraînées, le maréchal de mk »7« u *camp de Saint-Simon, fut dépêché pour s'assurer si la ville était réellement décidée à se défendre. Cet officier ne put pénétrer au delà du premier poste.

Cependant une partie des habitans se

portèrent hors des murs, précédés de quelques officiers de la garde nationale , et témoignèrent, par leurs acclamations, combien ils étaient heureux de se trouver réunis à la colonne royale.

L'accroissement des forces du duc d'Aumont ne diminua pas son désir d'obtenir une reddition volontaire. Pour atteindre cet heureux résultat, le lieutenant colonel , comte de LaBarthe, son premier aide de camp , fut encore envoyé, avec ordre de pénétrer dans la ville , et de s'entendre avec les autorités.

Bon esprit Le moment était pressant ; les magisleshabitans. trats étaient réunis et animés du meilleur esprit. L'arrivée du comte de La Barthe , accompagné du commandant de la garde nationale, qui avait protégé son entrée dans la ville, fortifia leurs bonnes disposi-

tions. Le courage et le zèle de cet officier le rendaient propre à une semblable mission; aussi s'en acquitta-t-il avec autant de zèle que de bonheur.

Les habitans manifestèrent leur enthousiasme, en ornant leurs maisons des emblèmes de la royauté. Les amis du trône agirent alors plus ostensiblement , et les factieux tremblèrent.

Les magistrats , que ne put intimider le nombre des troupes rebelles stationnées dans la province, loin de témoigner aucune inquiétude sur les suites de l'occupation de la ville par les royalistes, ne songèrent qu à obéir à un sentiment légitime, en coopérant à proclamer, dans . leurs murs, le triomphe de la cause royale.

Le retour du comte de La Barthe fut

( Ho )

du duc

le signal de l'entrée de la première co-

d'Aumout

à Baycux. lonne royale dans Bayeux, et la seule arboration du drapeau blanc décida la soumission de la ville.

Attîmde Pour se maintenir dans cette cité , il d« aruu-es. ^ ta - 1 essenl i e l <} e se me ttre à l'abri d une

surprise ; aussi le duc d'Aumont ne négligea-t-il aucune précaution.

Les reconnaissances envoyées sur divers points, signalèrent les dispositions hostiles des rebelles.

Le général Vedel se portait avec du canon, et quatre mille hommes, sur la route de Bayeux; il en occupait les embranchemens. Ses troupes , échelonnées jusques à la vue des avants-postes royaux , et soutenues par de la cavalerie,coupaient à l'armée du duc d'Aumont , toute communication avec la mer et la ville de Caen.

Les forces des rebelles allaient encore s'augmenter de quatre cents hommes , et de plusieurs pièces d'artillerie , partis de Cherbourg et de Granville.

De son côté, le duc d'Aumont, avec autant de promptitude que d'habileté, avait disposé ses troupes de manière à opposer à l'ennemi une résistance graduée , et qui serait devenue plus sérieuse à mesure que les secours des habitons se fussent joints aux efforts des soldats royaux.

Pendant ces préparatifs de défense, surprise

dpn • il? t i *l arrestation,

es otliciers de 1 armée royale } au nom- de s ^

bre de sept , qui s'étaient portés hors de officiers *

l'enceinte de la ville pour surveiller les tra- royale.

vaux entrepris sur la route de Bayeux à

Caen, furent enveloppés , et tombèrent

au pouvoir d'un détachement de rebelles

du9 mc régiment de chasseurs, qui se porta envers eux aux plus coupables excès.

Le maréchal de camp de Saint-Simon, se faisant courageusement jour avec son sabre , parvint à leur échapper , et rentra à Bayeux , où il apporta cette fâcheuse nouvelle.

Ru,c Le désir de délivrer leurs compagnons

militaire. L °

d'armes, redoubla l'ardeur des troupes royales. Elles n'attendaient que Tordre du 'combat, lorsqu'un événement, dû à la prudence ingénieuse de leur chef, prévint les coups qu'on était prêt à se por-

ter, et plaça l'armée royale dans une position qui ajouta encore à ses avantages.

Malgré, la difficulté des communications, le duc d'Aumont réussit à transmettre ses instructions au commandant de la flottille , mouillée près d'Arroman-

ches. Elles étaient de nature à persuader au général Vedel , que les Anglais étaient prêts à débarquer des troupes sur ce point.

Les bâtimens appareillèrent , et les équipages revêtireièt des uniformes rouges. ,

Ces dispositions changèrent les projets Traîlrf

violé par les

hostiles du général Vedel, et. le détermi- rebelles, nèrent à envoyer à Bayeux le colonel Corbet, chef de son état major, pour proposer une convention.

Le duc d'Aumont accéda à sa demande , et stipula : « Que l'armée royale « continuerait d'occuper Bayeux ; que les « vedettes et les avant-postes du général » Vedel se retireraient à deux lieues de «< cette ville , et qu'après avoir rendu les « officiers de l'armée royale faits prison-

« niers, on prendrait , de part et d'autre, « tous les moyens nécessaires au maince tien de la tranquillité publique. »

A peine les paroles étaient-elles échangées, que le général Vedel, mieux instruit, regretta d'avoir provoqué cet arrangement. Il ne rougit pas de le violer, et menaçant d'attaquer l'armée royale, avec toutes ses forces , il osa enjoindre au duc d'Aumont de se rembarquer.

La loyauté du duc ne lui avait pas laissé prévoir la possibilité de la violation de la foi militaire.

Sa réponse fut un refus aussi ferme qu'humiliant pour le général Vedel. Elle se bornait à Tordre qu'il lui donna , au nom du roi , de mettre bas les armes.

Afin de laisser aux rebelles toute la honte de leur conduite , sans qu'ils pus-

sent en retirer aucun fruit , le duc d'Aumont fit de nouvelles dispositions.

Livry fut occupé par l'armée royale.

Cette position était d'autant plus importante, qu'elle couvrait la forêt de Cerisy, et rendait les royalistes maîtres de cette pariie du pays , si favorable à une guerre défensive. r ■

Un détachement , sous le commandement du comte de La Barthe , se maintint à Bayeux.

C'est dans ce moment que le marquis ïnM » Wft

d'opérations

de Montmoreacy, et tous les chefs roya- des chefs de

Pinsurrec-

listes agirent avec un concert et une ac- tian# tivité dignes de la cause sacrée qu'ils avaient juré de servir.

M. de Germigny, commandant la garde nationale de Bayeux , lui imprima l'esprit qui l'animait; il était vivement

secondé par le sous-préfet de cet arrondissement et le maire de la ville, MM. de Gênas et Letellier.

A Caen , MM. de Hautefeuille provoquaient également, par leur influence sur la garde nationale, le même mouvement royaliste qui avait affran«hi Bayeux.

Autour de l'armée royale, MM. de Livry, de Druval et Desessart effectuaient , de leur côté , de nombreux re- # crutemens.

Chacun donnait des preuves de son dévouement absolu. Le chevalier de Lanoë, avec une rare intrépidité, à la tête d'un détachement d'anciens chefs de paroisses royalistes , enleva quatre-vingtsix chevaux , au milieu des postes du générai Vedel.

Mille traits de courage et de fidélité signalèrent les amis du trône. Un ancien officier de la garde nationale , destitué par Buonaparte ( M. Colin) , fit à lui seul déclarer spontanément, pour le Roi, quarante communes»

A chaque instant, les forces de l'armée Accrois« e du duc d'Aumont s'augmentaient, et p a e ^ c d e c bientôt il fut en état de reprendre lof- r °y a,c * fensive.

Il s'y préparait, lorsque le général Vedel , effrayé de la vigueur et de l'ensemble de ses dispositions , sollicita des .

conditions nouvelles. Il demandait alors:

« à occuper le département de la Manche, « en laissant l'armée royale en possession « de ceux de l'Orne et du Calvados. »

. Cette proposition fut rejetée.

H aurait été trop dangereux d'étayer,

par des forces militaires , les factieux du département de la Manche , où se trouvaient encore quelques troupes imbues des principes de la rébellion.

Par sa position, la phalan ge royale coupait Tannée du général Vedel , et lui interdisait toute commun icatioij avec ce pays qu'on venait de délivrer sans effusion de sang.

Il était important de conserver cet avantage , et le duc d'Àumont sut en profiter, en chef expérimenté, condition* Il insista, avant tout, sur la remise imposées ^ prisonniers, qui lui fut faite aussitôt.

aux rebelle». r 7 *

Il exigea: «pour première garantie, la dis- « location des troupes du général Vedel , « et le contraignit à subir la loi imposée à « l'armée française, parle traité de Paris, ci de se retirer sur les bords de la Loire. »

On touchait au moment de l'entier Affranchis-

. m temeot du la

affranchissement de cette partie du Normandie, royaume. De tous les points de la Normandie on accourut sous la bannière de la fidélité courageuse ; les rangs de l'armée royale étaient à toute heure grossis de nouveaux volontaires, jaloux d'imiter les autres corps royaux, en offrant au Roi leurs services.

Le sentiment qui les avait armés étant partout le même , devait leur dicter une conduite uniforme.

Un élan général détermina la reddition des villes. Caen ouvrit ses portes, et salua d'un cri d'alégresse l'entrée de la phalange royale ; la population entière vola au-devant des nobles défenseurs de la royauté.

Dans ce jour fortuné , le triomphe des

guerriers devint la fête du peuple ; son bonheur fut le laurier cueilli par ces braves défenseurs du trône , qui ,. sous les auspices d'un d'Aumont et d'un Montmorency , s'associèrent , dans les champs de l'honneur, à la gloire de ces noms si chers à la France*

Les premiers pas de l'armée royale de la Normandie, sur le sol de la patrie, prouvèrent ce que peut le courage des Français armés pour la cause de leur Roi*

Accrue de la masse des habitans fidèles , elle put , sans trop présumer , ne pas borner ses espérances , cette armée, qui , avec quelques centaines d'hommes seulement , mais forte de son amour pour ses princes, et guidée par un d'Aumont, rendit à l'autorité royale une des provinces les plus importantes de la

France, et fit subir aux troupes rebelles de la Normandie , les mêmes conditions que la réunion des forces européennes n'obtint qu'au prix du sang de ses plus redoutables cohortes.

SOMMAIRE

RéuHiov des sujets fidèles auprès de la personne du Roi.— Première composition de l'armée royale. — Commandement donné à- Mgr. le duc de Berry. — Mesure poux s'opposer à l'invasion de Buonaparte. — Trahison des généraux, défection des troupes de ligne. — Rcdditiou des villes sur le passage de l'usurpateur. — Progrès de la rébellion. — Départ du Roi. — Arrivée de S. M. à Abbeville. — Entrée du Roi à Lille. — Ordonnances de S. M. — Promulgation de la décision du congrès du i3 mars. — Insubordination des troupes de ligne. — Départ du Roi pour Ostende. — Arrivée de Mgr. le duc de Berry à Béthune. — Rencontre d'une colonne de rebelles. — Vains efforts du Prince pour les ramener. — Paroles touchantes de Mgr. le duc de Berry , en passant la frontière. — Excès commis sur les officiers de la maison militaire du Roi. — Arrivée subite à Lille d'uu officier de l'état major du ministre de la guerre de l'usurpateur. — Départ dn Roi pour Gand. — Réunion dans cette ville des ministres français, et des membres du corps diplomatique. — Quartier général du duc de Berry à Alost. — Cautonnemens de l'armée royale. — Arrivée à Alost des élèves de l'école de droit de Paris. — Appel aux Français, par les braves volontaires royaux de l'armée. — Mesures des autorités rebelles pour empêcher l'émigration. — Revue passée par S. A. R. Madame. — Dispositions de Mgr. le duc de Berry à Termonde. — Bataille de Waterloo. — Sollicitude du Roi pour les blessés. — Secours prodigués, au nom du Ro! , sur le champ de bataille , aux militaires français. — Départ du Roi , de la Belgique. — Arrivée de S. M. en France. — Itinéraire. — Entrée du Roi 'tans sa capitale. — Conclusion.

ARMÉE ROYALE

DU

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