CHAPITRE X
lIISTOCiÉNKSK
Lliidier I histogenèse nous semble toujours le meilleur moyen de prendre contact avec un organe dont la structun* et les fonctions sont encore peu connues. Comme nous l’avons fait dans nos recherches personnelles, commençons donc par là, et profitons en pour esquisser sommairement l’histogenèse de ronsemble de la glande.
Prenons comme e.xemple l’embrum de.Moulon (liSpo-cel 1S97). Nous pouvons grouper ainsi (1897) les stades successifs { 1 ) que parcourt la glande :
Stade I, — ^1 Stade dadieerticule pancrkUdjue.
Stade 2, — ou des ('ordons varajaeux primitifs pleins.
Stade 3, — ou des Tid>es pancréatiques primitifs, et îles dots de iMiKjerhuns primaires (2).
Stade /|. — Formation des cardés sécrétantes et du zymo^cne.
Stade 5. Lobation et dirision des cardés sécrétantes ; formation des îlots secondaires.
Stade I. L ébauche pancrealKjue dorsale existe d’abord seule sous forme d’un diverticide creux de l’épithélium intestinal, sorte de poche allongée couchée le long delà facedor.sale de l’intestin (embryon de ^1 nullimetres). Stoss a constate qu elle s’en sépare peu à |)eu par un étranglement graduel, marchant d’arrière en avant. Cette poche se pedicuhseplus tard, puis devient un simple tube creux, et constitue le canal de Santorim, qui de bonne heure est destiné à s’atrophier dans sa partie proximale, et à perdre tout rapport avec l’intestin. Secondairement se développé sur le conduit hépatique primitif, à son insertion
(i) Mais ninpiétaiU l'un sur l’autre.
'l'Pil MOUS avait ifnl)orc
l’einbrvou s'K"ale au |.assa(fc la présence des îlots cliei
disent Ou k II centimètres), ilôts semlilubles à ceux de l’adulte
discnt-.ls, mats avec un grand nombre de mitoses.
Stades
développement.
— Diverliiiile creux .
môme, »me double ébaudie ventrale creuse (d’après Stoss, embryon de !\ millim., 5) bientôt lusionnée en un court canal unique : le canal de irsung. Les diverticules primitifs sont constitués par un simple épithélium prismatiipie (/ùy. 30, 1).
Fiy. 3 fi. — Scliéina du déreloppemcnl du pancréas (L., 1897, in Vcrhandlungen dcr Analomisclien Gesellscliaft, Gaud. p. 4ti).
I, a, 3, 4j représentent des schémas de yiortions de la glande pancréatique aux cin<[ stades principaux correspondants; — en a, un cordon variqueux primitil,— en 3, un tube pancréatique primitif, ramifié, anastomose eu au, élargi aux extrémités, portant des îlots primaires : — en 4, l'orniation des acini ; en 5, un acinus plurilobé est en voie de division, un autre se transforme en îlot plein secondaire; ac, cavité sécrétante (acinus); - ca. cellules centro-acincuscs ; - cp, cellules principales ; — ce, cellules end(>crines ; — ie, îlot endocrine ou de Langerhans.
— Sur lui Stade 2. — Sur les diverticules primitils, et particulièrement sur le bourgeonnent précocc, plus développé, ct qui fournira la majeure par-
cordons varii/ticux fie; de l’orgauc, se forment un certain nombre de bourgeons seconprimiiih pleins. ^ ^ive prolifération, s’allongenl
rapiclemenl. Ce sont hienlùl (cinbryoas de i3 à i8 rnillimèLies) de gros cordons allongés, irréguliers, lorlueux, considérahlemenL rcnllés par places ; les cordons mrifjiieiix primillfs pleins ( fuj. 30, 2). Ils se ramilienl sans ordre apparenl an sein d un mesencliynie abondant, et même s anastomosent entre eux a la laçon tles cordons tle Kemak du loie. Leur ensemble foime une sorte de buisson très toullu. Les cordons provenant des deux ebauclies arrivent au contact. Ils ne se souderont guère cju au stade suivant. Pentlant assez longtemps encore onpoui'ra distinguei 1 un de 1 autre le pancréas dorsal cl le pancréas ventral, et constater que ce dernier, toujours un peu en retard dans son développement, ne donne qu’une portion de ce qu’on peut considérer ici, jwr comparaison, comme la tête de l’organe. Les cordons sont constitués par des cellules polyédriques assez régulières, à noyaux arrondis. A la périphérie elles tendent vers la forme prismatique. En grande majorité ces éléments sont formés d’un protoplasme très clair, peu granuleux et peu colorable ; mais par places, vers la périphérie surtout, on trouve, isolées ou par petits groupes, des cellules qui tendent à subir une différenciation spéciale, souvent encore jDeu accentuée. Elle se colorent plus vivement (safranine, violet de gentiane), et prennent un aspect trouble, comme grumeleux, caractéristique plus tard des cellules d ilôts. La fonction que nous considérons comme endocrine, et à laquelle d’autres donnent une signification dilférente, tend donc à s établir dès le début. Dès le début aussi nous signalons un énorme lenflement cordonal tout à 1 extrémité du pancréas, au voisinage immédiat de la rate.
Premières cellules troubles (endocrines).
Stade 3. De bonne heure les cordons variqueux primitifs pleins commencent a se creuser. Cette transformation, déjà indiquée chej 1 embryon de i5 millimètres au point d’implantation des bourgeons secondaires sur le diverticule, s’étend rapidement et presque simultanément à toutes les parties de l’organe, par retrait des noyaux, semblet-il, formation vers le centre du cordon de vacuoles intra-cellulaires, puis de méats intercellulaires. Sur l’embryon de i8 millini. i/a, le buis.son plein est déjà remplacé, .sauf en certains points (au niveau des nœuds), par un buisson ou arbre creux de plus en plus ramifié. Les cordons se sont transformés maintenant en tubes creux, toujours irréguliers, coudés, tortueux, variqueux ou plutôt nioniliformes ( i ), rami-
3. — Les cordons se creusent pour devenir les tubes pancréatiques primitifs.
vili chiipelcl de vé.'^ieules creuses, dilalé i
àirU lp® donnant l)ientôt tout un Kroupe de vésicule'
ttirables a leur base en tubes nionililonnes (//^. y<y)
l’extréinilé en une lilles, de nouveau
Cellules troubles endocrines) isolées
« en bordatites ».
I.,eur réunion |)ar places en îlots de I .angerhans primaires.
liés et anasloniosés. Ils icslenl encore inclilléienls, c’esl-à-tlire c|u’on ne pcnl, el ([u’on ne |)onrra pendant longlein|)s y distinguer ni cavités sécrétantes, ni canaux excréleurs. l’our cette raison nous les avons aj)pelés liibes panrréntl(/nes priinilifs 3). Us se multiplient par
croissance interstitielle (j)résence de caryocinèses .sur toute leur longueur). et aussi à l’aide de diverticules collatéraux, mais surtout par leurs extrémités peu à peu dilatées en vésicales terminales irrégulières, qui se lobenl el se divisent sans cesse d’une façon analogue à celle que nous avons déjà décrite |)our les acini (caryocinèses très abondantes, surtout dans les cellules les plus internes, et formalion de cloisons stalactiformes). La paroi des tubes est constituée par un épithélium peu élevé, à cellules prismatiques claires très peu colorables (liquide de Fleinming, safranine) disposées sur une seule assise (avec deux couches de noyaux), sur deux ou trois dans la paroi épaissie des, vésicules terminales.
« De place en place dans tous les tubes (dès leur apparition), mais plus ou moins nombreux ( 1 8()5-c, p. -'198) on rencontre, soi! encas très au milieu des voisins et atteignant par les deux extrémités les deux faces de l’épithélium, soit relégués sur la face externe en une seconde assise [c/i bordantes, Beleyzellen, disons- nous plus loin (1), comme dans les glandes gastriques], des éléments généralement plus gros que les voisins, gonllés. saillants, tendant à s’arrondir. » Leur c\ toplasme d’aspect particulier, trouble, se colore par la safranine bien plus vivement que celui des cellules voisines, prend par l’hématoxyline une coideur rougeâtre, lie de vin, caractéristi(pie. Le novaii est généralement plus gros, plus arrondi, plus colorable, plus riche en chroma-
tine el en petits nucléoles, avec une membrane d’enveloppe plus éjiaisse. (les éléments, semblables à ceux que nous avons signalés au stade précédent, mais mieux caractérisés, représentent comme eux les [)remières cellules spécialisées [lour la sécrétion. Par places, en |uoliférant, ils donnent les premiers ilôts pleins (Jhj. 36, ce, ie, eifiy. 37.) On voit en elfet les cellules de cette deuxième assise se grouper çà el là pour former, à la surface externe des tubes, de petites saillies verruqiieuses jilus ou moins accentuées, en lunules ou hémisphériques (Av- 1^’auli'es se détachent davantage, sous forme de masses spliériipics ou ovalaires sessiles sur les |iaroisdes tubes, raremenlpédiculées. Ln un mol, on ob.servc facilement loulos les phases du phénomène. etil m’n a selon nous aucun doute à conserver : les ilôts de Lamjerhans
(I) 3' partip. p.
[k)"}] IIISTOGKM'-.SK CHK7, LK MOI TON 2 1
primaires sont des formnlions épilliéliales dérivées de hoargeons pleins spéciaux di/férenciés sur la paroi des Luhes pancréalû/ues primilifs.
l'iij. .V7. — /émbryon de Moulnn de <>■'> mm. — Coupe lunyiludimile presque totale du pancréas, [(iissnnl par le cenlre de la glande, el inontranl raccumulalioii, en ee centre, d’mi très grand noinhre d'ilols de Langerhans.
i/<, i/j, îlot» appeiidii.s aux tubes priinilils Ipp; les mis sont isolés, les uiiires plus ou moins lusioniiés en larg'es complexus (îlots composés). Leur réunion constitue dans la j{l»n(lc une véritable substance médullaire. Verick, Oc, i.Obj. a, cnmer.n, (L., iHjiü-e, ligure ;8 du ./oiirnat dt; l’.iiuilainie).
iiist()(;i';m';sk an:/, i-k mo( ton
Ce UC sont pas de Nous écarlcrons donc immcdialernent au [)assage une objection de SArEuiîKCK (i(jo/i-/>). Cet auteur dit n’avoir pu se défendre, à la lecture de notre travail, du soupçon que nous avons pris pour les îlots
Fig. HH. - Fmhnjon de Mouton de 05 mm.— DérelojipcmenI des ilôts primaires.— I)euxtul)cs pancréatiques primitil's, Ipp. Sur ces tuhes a cellules claires, les deux
îlots i,i’ l.ourjfconnent a la façon de tumeurs, cousiilues d eleiueuts loiices;- U
second <•’, plus avancé, est rempli .i’I.ematies ; - i”, i”'. deux autres petits .lots coupés tanRentiellement ee, vaisseaux.- Décalqué sur une m.crophotog. apliie.
cite/ l’embryon de simples botiigcons pleins, destines uniquement a l’accroissement de la g-lande. De sorte que toutes nos déductions auraient ptmr base une erreur d’observation initiale. Nous sommes
msTocicM'Sii: Clin/ U' moutov
étonné que la lecture de notre travail, et surtout rcxameii de nos figures (i) ait pu laisser cette impression, et ii’ait pas montré tout d’abord : i“ la dilTérencc manileste entre les « cellules troubles », isolées ou réunies en masse, et le reste de la glande, — 2" la ressem-
30. — Embrijon de Moulon de 0-5 mm. — llol compoHé gémit, formé par la fusion fie plusieurs îlots simples nés sur les tubes pancréaliques primitifs moniliformes et lortueux, Ipp; (il y adhère eu sept points sur cette coupe).
be gros îlot voisin, en haut et à gauche, se fusionne également à la masse principale sur l’une des coupes suivantes; — V, i”, petits îlots en voie de formation g, ganglion nerveux. Dans le gros îlot, au centre, des cellules troubles plus claires et plus grosses, à la périphérie, des rangées d’éléments plus foncés; en deux points un amas d’hématies; vers le milieu de la hauteur un capillaire inclus. — Décalqué sur une microphotographie.
blance au contraire avec les îlots de l’adulte. La première fois qu’on rencontre ces masses pleines, on peut être tenté en ellèl d’\ voir de simples bourgeons d’accroissement, cl nous avons eu un moment fl’hésilalion ; mais nous avons dù abandonner bien vite cctlc bypo-
(I) Hien que nous soyons loin d’avoir obtenu de l’éditeur ce que nous désirions.
ItlSTOr.KM'lSE cm-,/, I,r, -MOUTf»’
Ilots composés
Les premiers Mots sont déjà formés de
cellules troubles
lli(‘se, en remarquant que les caryocinèses sont en nombre égal ou supetieui clans les vésicules terminales, et que c’est fatalement aux dépens de ces diverlicules creux périphéric[ues, plus nombreux cpie les îlots, que se lait surtout l’accroissement de la glande (i). Les parties de celle-ci qui restent pleines de par leur fonction prolifèrent très activement aussi, mais pour leur accroissement propre (2). Garces prétendus bourgeons pleins, constitués d’ailleurs d’éléments spéciaux, ne se rencontrent cpie d une laçon exceptionnelle à l’extrémité des branches de végétation, sont ramassés au contraire pour la plupart vers l’axe de l’organe ,V7) ou au niveau des bifurcations ; « ils manquent précisément à la périphérie, là où lisseraient le plus nécessaires » (i8()5-c, p. /|()2) dans l’hypothèse qui en fait de simples bourgeons.
Sur les embryons de 18 à 20 millimètres, les plus petits îlots pleins ont de i5 à 4o \j- en moyenne, les plus gros jusqu’à 80 et 100 y., et la plupart sont plus ou moins arrondis. Mais ils continuent à grossir (1 une autre laçon. Lu ellet, ils ont conservé, très développées, les propriétés anastomotiques des branches de végétation creuses. Aussi les voit-on se souder quelquefois en très grand nombre, pour .se fusionner en d’énormes masses lobées, disposées surtout veis le centre de la glande, attenantes parfois en vingt ou trente points différents aux tubes voisins (/ùy. .77). Tel de ces îlots composés était formé d’une série d’au moins vingt-cinq masses soudées, encore distinctes, et se présentait après reconstitution comme un amas irrégulier de plus de 2 millimètres, près de la moitié de la longueur de l’organe (embryon de (j.ô millimètres) >7.9).
Les îlots de Langerhans primaires, une fois développés, sont uniquement constitués par un amas des mêmes cellules troubles <pie nous avons vues à leur origine (poix édricpies assez régulières, ti à 1 ."i y, en moyenne, rarement jusqu’à 18), serrées Tune contre l’autre {JUj.JJ). Leur aspect trouble est dù à ce que leur protoplasme est creusé d’innoud)rables et très petites vacuoles serrées, souvent plus larges el communicantes vers la périphérie (3), rem|)lies d une substance cpii semble être comme gélatineuse ou gommeuse, et avoir un indice de réfraction peu dilTéreut de celui des cloisons ou travées séparatrices.
(i) Nous nous soiiiiiies loiigueimMil expliqué à ce sujet (i.Sçiiw).
(a) Ils ne concourent, et dans une larjfe mesure, à 1 accroissement du reste de l.i ){lande, comme nous le verrons plus loin, (pK! (?race à leur translormatioii possible (Ml aciui à [lartir d’une certaine époque.
(S) Aujourd’liui nous considérons plus uetlenuMit cette disjiosition comme aicliitecturale, et non comme structurale.