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PARTICULARITÉS DES ILOTS DE LANGERHANS DANS CERTAINS GROUPES

Avant d’aborder certaines autres questions touchant de plus près au fonctionnement et à révolution des îlots, il est indispensable de décrire brièvement ici des dispositions particulières à certains groupes, et qui n’ont pu trouver place dans la description générale.

Lémuriens. — Levi (igo4) trouve, chez le Lemur rnangos (var. riibifrons) adulte, une disposition tout à fait particulière. Non seulement, comme nous l’avons déjà vu, les îlots généralement volumineux, I 1/2 à 3 dixièmes de millimètre, sont extraordinairerneni abondants (27 fois plus nombreux que chez le Poulet, 16 fois 1/2 plus que chez 1 Homme), mais le tissu interposé a des caractères tout spéciaux. Les « canalicules à zymogène » [cavités sécrétantes] sont en très petit nombre. La plupart des formations que l’on rencontre à leur place sont des tubes ou canalicules moins larges, à épithélium indifférent. Leurs cellules sont hautes et serrées. Ces tubes confluent peu à peu pour former les canaux excréteurs proprement dits. Ce seraient probablement des « tubes pancréatiques primitifs de Laguesse », et il y aurait un véritable arrêt de développement, d’où augmentation plus apparente que réelle du nombre relatif des îlots. Alalheureusemcnt l’auteur n’a pu étudier qu’un seul individu. Il est donc réduit à se demander, si cette particularité caractérise les Prosimiens en général, ou le Lémur seulement, ou enfin si c’est une simple variation individuelle. Nous doutons, en tout cas, qu’elle puisse s’étendre à tous les Lémurides : elle aurait certainement frappé IIakris et Gow chez le Perodiclicus polio.

Certains groupes atTeclent des dispositions particulières.

Lémuriens :

D'après Levi :

îlots volumineux et extraordinairement abondants ; peu d’acini ; le reste du parenchyme à l’état de tubes indilTérents.

Un seul individu examiné.

Téléostéens.

Existence d’un pancréas difTus.

Cela influe sur la répartition des îlots, rares,

très volumineux, cantonnés surtout vers le centre des principaux amas.

(Crenilabrus

melops).

l’AHTlCUI.ARlTKS DES II.OIS CHEZ LES TÉLÉOSTÉEAS

Téléostéens. — Nous parlerons de suite des Téléostéens, pour les mettre rapidement de cote; car les particularités qu’ils présentent, bien que très intéressantes, sont d’ordre secondaire. Elles tiennent surtout à la forme et à la disposition spéciales du pancréas. Dans la plupait des especes, comme la montre Legouis (i8'ÿ3) dans ses dissections, comme nous l’avons confirmé par l'étude histologique et embryologique (1889, 1891, 189/1-a, 1890-d), il est à l’état extrêmement dillus, ramifie dans toute 1 étendue de la cavité abdominale en de longues coulées, qui suivent non seulement le tronc de la veine porte, mais d’un coté ses racines intestinales les plus lointaines, de l’autre sa ramure jusque dans l’intérieur du foie (i). Il en résulte que ses canaux excréteurs très allongés (tubes de ^\eber) sont un instant noyés dans le parenchyme, en sortent plus loin, pour y rentrer après un certain trajet ou supporter des chapelets de lobules isolés l’un de l’autre. Dans le foie (pancréas in tra - hépatique ) ce sont encore de minces .traînées engainant les rameaux portes. Çà et là, notamment au A'oisinage de la rate, de la A'ésicule biliaire, il existe des amas de parenchyme plus considérables; nous avons appelé pancréas massif o\i confluent pancréatique le plus important de ces amas, qui siège généralement au voisinage de l’insertion même du canal pancréatique, au côté du cholédoque, l’entourant souvent. C’est de cette masse que rayonnent les canaux secondaires et les coulées qui les suivent. C’est de cette masse, seule existante d’abord chez l’embryon, que s’irradient peu à peu ces coulées au cours du développement (Truite).

Dans un tel organe, les îlots ont une disposition toute particulière. « Ils sont très rares, mais très volumineux (Crénilabre). Chez un individu de petite taille dont le pancréas massif ne dépassait pas i millimètre sur I millim. 1/2, le centre était occupé par un gros îlot ovo'ide de 4 dixièmes 1/2 de millimètre, parfaitement visible à l’œil nu sur les coupes. Les autres mesuraient en général i à 2 dixièmes de millimètre. Etant donné un amas de pancréas formant lobule, ils en occupent la partie centrale; je ne les ai vus jusqu’ici que dans les principaux de ces amas, dans le pancréas massif, dans les larges coulées, et une fois à la base d’une gaine intra-hépatique. » (1896-^.)

Di.vmare ( 1895) montrait en même temps, chez d’autres Téléostéens. qu’il en existe de nombreux petits dans les pancréas compacts (.Anguille), que les gros se trouvent surtout dans le pancréas dillus intra-niésentérique, où ils ont été considérés par Stax.mus, les uns comme des

(1) Vérifié notamment par Oitkl (lyoo-n).

i>\uTicrt.\itm':s ciikz r,KS tkuîostkens

ganglions lymphatiques, les autres comme se rattachant au grand sympathique. La grosseur extraordinaire de quelques-uns des îlots des Téléostéens, signalée plus haut, paraît donc tenir en partie à la forme spéciale et au mode de répartition du pancréas chez ces animaux. Ceux-ci commandent aussi leur architecture générale. Gomme Di.\mare (1899-a) le décrit et le ligure dans le pancréas didus d’Oiihagorisciis mola (et aussi de Balisles capriscas, de Motella Iricirrata), on trouve égrenés, le long des tubes de Weber, de gros îlots arrondis ou ovoïdes, complètement isolés en apparence entre les deux feuillets du mésentère qu’ils refoulent, et qui prennent ainsi autour d’eux l’aspect d’une sorte de capsule. Ils représentent à eux seuls un lobule pancréatique. On les voit seulement reliés au reste de la glande par un canal de Weber qui peut les traverser d’outre en outre. Généralement pourtant, ils sont encore entourés, sur une portion de leur périphérie au moins, par de minces traînées de tissu exocrine répandues dans leur coque mésentérique, et juste assez abondantes pour leur former une mince enveloppe plus ou moins complète. Mais ils peuvent être presque nus. Sur certaines couj>es mêmes, les rapports peuvent sembler renversés : c’est u le tissu de Langerhans qui contient le pancréas »; car les cavités sécrétantes 'sont alors emprisonnées à l’intérieur de l’îlot, et si abondantes parfois (Motelle), que le corpuscule entier pourrait être « comparé à une éponge imbibée de pancréas ». Mais, sur des coupes sériées, on voit que ces tubes pancréatiques ne sont que des émanations de l’enveloppe exocrine incomplète, et ont pénétré avec des tractus conjonctifs. Quoi qu’il en soit, il est très intéressant de voir que, en ces points, c’est le « tissu endocrine » qui domine, qui constitue presque à lui seul ces véritables petits lobules pancréatiques, sans pouvoir pourtant, ajouterons-nous, s’affranchir complètement de la présence de l’exocrine, qui tend toujours à l’entourer.

M.vss.vri (1898) a signalé simplement chez l’Anguille (dont le pancréas est massif) l’existence de très gros îlots, de 2 millimètres et plus.

Hexxie (1908) est revenu récemment sur la disposition que nous avons signalée chez le Crénilabre (1895), et l’a généralisée. Chez de nombreuses espèces, dit-il (i ), existe un îlot particulier, occupantune position fi,xe chez tous les individus, toujours arrondi ou ovalaire, et entouré d’une capsule définie, toujours supérieur en volume aux autres; il l’appellera Hot principal. Chez la plus petite espèce observée,

Diamare

généraliseà d’assez nombreuses espèces.

Lobules .

pancréatiques isolés, constitués presque exclusivement par un gros îlot, avec une coque exocrine plus ou moins complète .

Rennie :

nombreuses O Ijser valions d’ « îlot principal »

volumineux et de position fixe.

(i) Il en énumère douze très dilVércnles.

La co(jue exocrine nous semble indiquer la persista n,ce du lien

morphologique

et

fonctionnel entre les deux parenchymes.

Ophidiens.

Grains d’îlots volumineux de la région juxtasplénique.

PARTICUI.AHITKS CHEZ I.ES OPHIDIENS [3ooj

le Pholls (junndlas, il a i milllm. 5; chez de gros Cycloplerus et Lophkis i4 millimètres sur 5. Sa situation peut varier avec l’espèce : chez les uns, c est à la hase ou au côté de la vésicule biliaire, chez les autres, au côté ventral de l’artère mésentérique. Les autres îlots n’ont pas la môme fixité; pourtant certains des plus volumineux ont également une position bien déterminée. D’autres enfin sont variables comme siège, comparables par conséquent, dit-il, aux thyroïdes et rates accessoires. Il lui semble donc que le principal (ou les principaux) ait quelque chose de plus primitil; peut-être a-t-il disparu au cours de la phylogénèse, tandis que les accessoires ont augmenté de nombre et d’importance.

Toutes réserves faites sur ces dernières conclusions, les Téléostéens nous enseignent donc (comme les Reptiles) que les îlots ont tendance à se localiser en certains points, qu’ils peuvent d’autre part former à eux seuls de véritables petits lobules pancréatiques isolés, à la façon des pancréas accessoires des Ophidiens, mais toujours pourtant accompagnés, comme eux, d’une coque plus ou moins complète de tissu exocrine. Celle-ci a bien 1 air d etre indispensable; sa présence nous semble indiquer la persistance nécessaire, pendant toute la vie, du lien morphologique et fonctionnel entre les deux variétés du tissu que sépare si facilement Diamare. Nous y voyons encore cette indication : c’est que dans les traînées les plus minces et sans expansion possible (intra-hépatiquespar exemple), la fonction des îlots doit être entravée, puisqu’ils n’y existent généralement pas ; au contraire, ils se cantonnent surtout au niveau des principaux amas, dont ils occupent d’abord le centre, et qu’ils peuvent transformer presque complètement parfois en tissu endocrine. S’il y a des lieux prédisposés à contenir des îlots, c’est vraisemblablement que là les conditions nécessaires à leur développement et à leur persistance sont réalisées, c’est notamment qu’il y a précisément en ces points un carrefour, une petite accumulation de tissu pancréatique, une vascularisation spéciale. Chez l’adulte, nous y voyons surtout un reste de disposition ontogénétiques, c’est-à-dire que ce sont très probablement des îlots primaires persistants, développés sur un des axes de végétation de la glande.

Ophidiens. — Parmi les Reptiles, on a particulièrement étudié les Ophidiens, et ici encore nous trouvons certaines particularités importantes. C’est d’abord la présence constante de grains de sécrétion réfringents, safraninophiles et gentianophiles, dans la grande majorité des cellules d’îlot. Nous en avons parlé plus haut. Rappelons

^3oi] P.VmiCL LVUITKS CIIKZ lÆS OIMllDIENS 1 27

encore la présence d’amas volumineux localisés au niveau du bord juxta- splénique ou dans de petits pancréas accessoires terminaux (i). Rappelons enfin la présence de lumières 58).

cl J

Fig. 58. — Présence de lumières plus ou moins efjacées dans les cordons cellulaires des ilôts chez les Ophidiens. — (L., 1902-d, Archives d'Analomie microscopique.)

Couleuvre adulte. Imprégnation des lumières d’acini et d’îlots par la Inéthode de Golgi.— L’îlot il, assez gros et régulier, apparaît réservé en clair au milieu du tissu exocrine où il est inclus; — et, ctl, points de continuité des lumières d’acini avec les lumières bien plus étroites des cordons ; Im, limite de quelques cordons et acini.

Ici il faut nous arrêter un peu plus, car nous sommes en présence d un fait nouveau dont il sera nécessaire d’examiner les conséquences. Chez la Vipère particulièrement, le cordon est quelque chose d’un peu

Présence de lumières dans les cordons.

(I) Voir chapitre X et XI.

I>ARTIGUI,AI\ITÉS CHEZ LES OPHIDIENS

l’résence

de

cenlro-acineuscs autour d’elle.

Transitions ménagées entre canaux excréteurs, acini, et cordons.

diiïérenl de ce que nous avons appris à connaître jusqu’ici. Chez les Vertébrés en général ( 1899-a et 1 901), tout cordon est soudé, confondu aux voisins partout où un capillaire ne s’interpose pas entre eux; ici le cordon tend à garder son individualité, sur une certaine longueur tout au moins, et en certains points. Souvent continu à plein canal à son extrémité distale avec une cavité sécrétante, à son extrémité proximale avec un canal excréteur plus ou moins caractérisé (1900 c), il conserve de la première non seulement la lumière, effacée par places, très dilalée (ou même kystiforme) ailleurs, mais aussi la tige centroacineuse. En effet, le cordon est épais, et ses cellules se disposent en plusieurs assises. Généralement — au centre, autour de la fine lumière et de chaque côté d’elle, on trouve une assise de cellules centro -acineuses petites, claires, non granuleuses, allongées dans le sens de l’axe du cordon(Jîg. 63), — sur les bords une assise de hautes cellules prismatiques bourrées de grains, à sommet souvent renflé en forme de tête. Perdiu- GEAT et Tiubondeau (1900), qui ont également décrit ces dispositions, soit peu après nous, soit un peu avant (dans l’intervalle entre notre communication préliminaire et le mémoire), ont appelé ces deux sortes d’éléments : cellules centrales ei cellules marginales . Ils ne paraissent pas avoir vu que les premières sont simplement des centro-acineuses, et n’ont pas besoin d’autre nom ; mais la seconde expression est à conserver. Le cordon est donc ici une sorte de cavité sécrétante tubuleuse relativement peu modifiée, et dont les divers éléments sont bien reconnaissables. Mais il faut noter que la lumière traverse le cordon en étrangère pour ainsi dire, et, souvent au moins, pour gagner simplement les acini situés au delà ; car il ne s’en détache pas un seul capillaire de sécrétion imprégnable par la méthode de Golgi et se glissant entre les centro-acineuses jusqu’aux cellules marginales, tandis que la même méthode en montre d’abondants tout autour dans les cavités sécrétanles (1902-a). Les centro-acineuses séparent ici les cellules sécrétantes de la lumière, tandis qu’elles les y unissent dans les acini. Parfois même, tige centro-acineuse et lumière sont excentriques, rejetées vers la surface, comme le serait un conduit provisoirement inutile, et auquel les cellules tournent résolument le dos (1902-a, fig. 3). Renaut (i9o3) décrit chez Tropidonotus et Zamenis la même lumière, entourée de la même tige centro-acineuse parfois périphérique, et revetue de la meme cuticule que dans les acini.

Nous avons déjà dit ailleurs que, chez les Ophidiens, il existe des transitions ménagées entre canaux excréteurs et cavités sécrétantes, et qu’il est difficile de classer certains tubes dans une catégorie plutôt que

I* uiTfCi'L \iim':s ciii'./ lks si':r,vnii:vs

clans l’autre. Nous avons montré ( njoo-c, 1901, 1902-c/) qu’il en est cie même pour certains cordons, places à la périphérie de l’ilot surtout, et en continuité avec les conduits excréteurs. Dans ces conduits, on peut trouver de place en place, au voisinage de l’îlot, une cellule endocrine isolée reconnaissable à ses petits grains; plus loin, dans l’îlot, certains cordons revêtent les caractères embryonnaires de tubes pancréatiques primitifs, qui auraienten bordantes une rangée plus ou moins continue des mêmes cellules, présentes parfois d’un côté seulement. Dans le pancréas accessoire qui coiffe assez généralement l’extrémité du canal dorsal, la majeure partie du tissu exocrine peu’abondant qui entoure plus ou moins le réseau des cordons centraux est constituée par ces tubes pancréatiques primitifs d’aspect embryonnaire, avec des cellules exocrines nombreuses, et par places des groupes de cellules endocrines, aux points de continuité avec les cordons (1902-f/).

Sélaciens. — Diamare le premier (1899-a) a cherché les îlots de Langerhans chez les Sélaciens ; il est arrivé aux conclusions suivantes : les îlots n’existent pas chez les Sélaciens ; mais, en les recherchant, on rencontre çà et là dans le parenchyme certaines aires claires, de figure irrégulière, qu’on pourrait croire endocrines. Toutefois cette confusion serait due à une « technique insuffisante ». En effet, ces aires sont formées par plusieurs « canalicules, ou mieux par un canalicule tortueux » plusieurs fois recoupé par le rasoir sous des angles variés. Ces canaux (chez Scylliam et Torpédo particulièrement) ont une double assise épithéliale: l’interne à petites cellules, qui s’enfoncent par places en coin entre les éléments de l’externe, celle-ci à gros éléments d’aspect vésiculeux, très clairs. Quelques-uns sont bourrés de granules comparables à ceux de Cl. Bernard, mais bien plus fins, intensivement colorés en rouge par la fuchsine sur un fond vert (méthode de Galeotti) ; d’autres en sont privés ou n’en ont qu’un petit nombre, représentent donc simplement un stade différent. Dans la lumière, on trouve souvent des noyaux libres plus ou moins déformés. Entre les anses des canahcules, (( replies sur eux-mêmes dans un espace restreint », on trouve des capillaires sanguins très larges : cela augmente la ressemblance avec les îlots. Mais, en suivant ces canalicules, on les voit simplement provenir d’un conduit excréteur plus large, et pourvu d’un épithélium cylindrique simple, avec de place en place une ou plusieurs cellules vesiculeuses incluses vers la face externe. « Les canalicules ne sont donc lias des formations spéciales et indépendantes : ce sont des tractus unissant les cavités sécrétantes aux canaux pancréatiques, ce

Sélaciens.

Diamare ; les îlots

n’y existent pas;

particularités des fins canaux excréteurs :

deuxième assise cellulaire bourrée de grains fins.

PAimCUr.AlUTKS CIIE/, LIÎS SKr.ACir.NS

Diauare

tend à homologuer ces clémcnls à ceux des îlots, puis y renonce.

Oppel.

Vérification des faits décrits par Diàmare ; existence d’amas pleins,

probablement homologues aux îlots.

loo

sont les premières voies e.xcrélaiiles. « Elles ont ici, ajovite Di vmai\e, une slruclureim peu spéciale : Laguessk a montré que répithélium pancréati([ue se répartit en certains points, au cours du développement, en deux assises, dont l’interne l’orme les centro-acineuses ; les premiers canalicules excréteurs des Elasmohranclies présentent des conditions analogues, comme le montre l’étude de leurs embryons. Dans ces conditions, conclut Diamake, et en rapprochant ceci des faits d’histogénèse décrits par Lagüpsse chez le Mouton (i). il y aurait une hypothèse séduisante à faire : ce serait « de regarder la structure particulière des canalicules commeune ébauche [wi accenno) de ces corps [lesîlots de Langerhans], comme une sorte de condition plus primitive de ceux-ci ». Mais, ditil, en finissant, cette hypothèse n’aurait « aucun fondement sérieux dans l’état actuel de nos connaissances ». Plus tard (i8gg-6), parlant d’une opinion de Giannelli (2), il dit encore que, si cette opinion était vraie, on devrait trouver les ilôts plus développés chez les Sélaciens, forme primitive par excellence, tandis que, chez ces animaux, « l’existence des îlots n’a pu être même indiquée » (non paù essere indimta neppure).

Giaînxelli (1900-a), sans l’appuyer sur des recherches personnelles, accepte au contraire l’hypothèse.

Oppel (igoo-a et 6) a vérifié, chez la Raie et la Torpille, l’existence des canaux spéciaux décrits par Diamaue. Il s étend très peu sur ce sujet, et dit seulement que ses observations concordent avec celles de 1 auteur italien. Chez Raja niiraletus , il ne peut affirmer que les cellules internes envoient des prolongements jusqu a la membrane, ni decidei, par conséquent, si l’épithélium est a une ou deux assises. Par places au contraire, ce sont les cellules externes qui lui ont paru envoyer un prolongement jusqu’à la lumière; mais il s agit peut-etre simplement d’une bandelette obturante très développée.

Chez Raja asterias, il a remarqué, en outre, un fait non signalé par DiAMAaE, c’est l’existence parfois, autour {in (1er iimgebang) de ces canaux, de volumineux amas de grosses cellules, semblables à celles de l’assise externe, amas parsemés de cellules conjonctives. Il est foi t possible {es scheinl nichl ausgeschlossen) que ces éléments soient en connexion avec ceux du canal; pourtant on n’y voit jamais pénétrer de lumière. Oppel ne parle pas de grains ; il ne se prononce pas netle-

(i) Développeinenl des îlots prim.'iires aux dépens de 1 épithélium des comlui

primitifs et cellules endocrines bordantes.

(a) fies îlots, pour Giannklli, seraient des organes rudimentaires, vestiges ae formations autrefois utiles ,i l’organisme.

PAinicut. Miii'KS cm;/, i.f.s .si':i,.\cie.\s

[.so:>]

ment sur la signilicalion de ces lormalions spéciales des Sélaciens (i) : ou bien, el c’est ropluion la plus probable, elles représentent les îlots de Langerhans absents, et les « amas pseudo-tubulaires » de la Raja aslerias, comme les grosses cellules de la deuxième assise des autres

Sélaciens, sont l’équivalent de ces îlots ; — ou bien ce sont des sortes de bourgeons incomplètement développés, homologues des glandules de la paroi des gros conduits chez les Vertébrés supérieurs.

Ignorant les recherches d’OppEL ( 2 ) , nous avons (igo2-aet/j) voulu vérifier les données de Diamare. Nous avons retrouvé des formations

analogues chez le Scyllium canicula, le Mastelas lævis, VAcanthias vulgaris (3) ; mais nous les avons particulièrement étudiées chez le Galeiis canis.

Les plus fins canaux excréteurs ne sont pas, comme le croit Di AMARE, plusieurs fois repliés autour du canal moyen, mais y restent accolés pendant une portion de leur parcours, tout en se ramifiant eux- mêmes ;

Fig. 59. — Pancréas des Sélaciens (Galeus canis). — (L., 1902-6, Bibliographie anatomique. )

Coupe transversale de l’un des fins rameaux de l’arbre excréteur. Deux assises de cellules. — tn, cellules de l’assise interne Ibrmant mur autour de la lumière; — ex, cellules de l’assise externe, bourrées de fines vacuoles, et, en ex\ de grains de sécrétion ; mp, membrane propre ; ' — en a, une cellule à deux noyaux couchée tangentiellement, formant une sorte de troisième rangée. Liquide de Bouin. Hématoxyline au fer, Rouge Bordeaux. Caméra iucida. Nachet, Oc. 4- Obj. à imm. homog. i/i8.

les aires claires sont donc dues à la coupe de plusieurs canaux, et non d’un seul; ceux-ci n’y décrivent que de légères sinuosités [fig. 61). A part cela, l’aspect est bien celui décrit par Diamare; le nombre et

Recherches personnelles :

nouvelle confirmation.

Les « aires claires »

sont bien pour nous une

première forme des îlots.

(i) 11 en donne deux figures (noj et 5o8) dans son traité (igoo-a, troisième partie); l'une représente un simple canal à deux couches de cellules, sans détails d’ailleurs, sans grains, — l’autre un amas plein, de limites intérieures et extérieures peu nettes, entourant un canal.

(a) Nous n’avons eu connaissance des quelques pages qu’OpPEi. consacre incidemment à celte question (au cours d’une Revue annuelle sur les organes de la digeslion, Ergebnisse igoo-fc, puis dans son traité igoo-a), qu’à l’époque où notre travail était a l’impression, puis nous n’y avons plus pensé. Nous avons ainsi iaissé passer l’occasion de faire un Addendum lors de la correction des épreuves. Nous ne connaissions donc pas ses recherches en écrivant notre travail, bien qu’Oppui, semble croire le contraire. Nous les ignorions à plus forte raison au moment de notre communication préliminaire à \’Às.Hociation des Anatomistes (igoa-a).

(3) Kt plus récemment sur des fragments de pancréas de Squatina aiiffelus, que nous devons à l’obligeance du professeur Buaciiet.

PA KTICI I,A lUTKS CltEZ I.ES SÉLVCIENS

la largeur ries capillaires interposés, places an contact môme de l’epithelium, nous ont surtout frappe. Les petits éléments de l’assise interne sont ici particulièrement résistants, parliculièrement serrés l’un contre l’autre, formant

Fig. 60. — Pancréas du Galeus cam's. — (L.,li)02-i, Bibliographie anatomique . )

Coupe transversale d'un lin canal avec une portion de l’acinus voisin comme terme de comparaison. Ce canal, situe vers le centre d’un fragment, a des cellules incomplètement fixées, un peu rétractées. On l’a choisi néanmoins parce que la couronne d’éléments granuleux était à peu près complète, et pour montrer la délicatesse des cellules de l’assise externe e.v, déjà endommagées à la base, tandis que les cellules de l’acinus voisin sont simplement un peu rétractées en bloc. — En i. deux cellules de l’assise interne venant jusqu’à la membrane propre; — en r, fragment d’une cellule à vacuoles dont le noyau et la majeure partie se voj’aient dans la coupe suivante. Même technique, même grossissement que pour la figure ;3(j.

(fîg. 59 et 60). Leur noyau vésiculeux , pauvre en chromatine, dépourvu du gros nucléole caractéristique des cellules à zymogène, est assez généralement rejeté au sommet, du côté de l’assise interne, par l’accumulation d’un riche matériel de sécrétion constitué de petits grains réfringents. Ces derniers

sont bien plus fins

que ceux de zymogène, colorés comme eux en bleu indigo par l’hematoxyline au fer suivie de Rouge Bordeaux, apres (ixation au liquide de Bouin (2). Ces éléments se rapprochent donc singulièrement, par

une sorte de mur de revêtement, non percé de capillaires de sécrétion (1), qui sépare très nettement de la lumière l’assise externe. Celle-ci est constituée de gros éléments pyramidaux ou prismatiques beaucoup plus délicats, difficiles à bien fixer

(1) Il serait bon de vérifier par l’emploi de la méthode de Golgi.

(2) Chez le Scyllium, nous constatons en outre qu’ils se fixent facilement par le liquide de Flemming, qui dissout pius ou moins complètement ie zymogène, qu ils prennent, par le mélange safranine - gentiane - orange, une teinte violet pourpre, alors que le grain de zymogène est francheineul rouge, entouré d’un cercle violet, (iesont donc à i>eu près les mêmes réactions que chez les Hepliles. Diasiaiik obtenait nne réaction inverse par safraninc-gentiane ; mais il procédait un peu dilleremment, décolorait à l’acide, tandis que nous employons l'essence <ie girolle.

[3o"] i'Amir:i’i,Ai\rn':s chez i.es sélaciens

leur aspect, des cellules marginales des « cordons à lumière ellacée » des Ophidiens. Mais, à cote de canaux dont toutes les cellules sont remplies de ces grains, on en irouve d’autres dont tout ou partie des éléments de l’assise externe sont simplement bourrés de très fines vacuoles colorées en rouge, avec quelquefois un semis discret de très petits grains bleus. Ce sont, pour nous, deux stades de sécrétion analogues à ceux de la cellule d’îlot ordinaire.

Les canaux moyens ont un épithélium prismatique simple; les premières cellules de l’assise externe y apparaissent vers le point de transition, quelquefois d'emblée, somment disséminées « en bordantes », comme dans les tubes pancréatiques primitifs de l’embryon de Mouton. Par places enfin, dans les fins canaux, les cellules de l’assise interne envoient un prolongement, ou viennent prendre pied sur la membrane propre, et l’assise externe peut manquer sur une certaine étendue.

« L’analogie de structure frappante entre les éléments que nous venons de décrire et ceux des îlots endocrines des autres Vertébrés, l’existence d’une barrière entre eux et la lumière, d’un riche réseau de larges capillaires immédiatement en dehors d’eux, l’accumulation de grains de sécrétion de ce côté, vers la Base, tandis que le noyau est rejeté vers le sommet, enfin la comparaison avec les cordons à lumière ellacée des Ophidiens (i), tout nous porte à croire que ce sont de véritables éléments endocrines, et que les fins canaux excréteurs des Sélaciens représentent l’une des formes primitives sous lesquelles sont apparus les îlots de Langerhans à la base de la série des Vertébrés. C’est cette forme de tubes pancréatiques primitifs à éléments mixtes qui reparaît en certains points du pancréas des Reptiles adultes, qui reparaît dans le développement ontogénique chez les Mammifères. » Nous reprenons donc ferme à notre compte l’hypothèse émise par Diamare (L., 1902-6) (2).

Chez le Galeiis canis, nous retrouvons bien marquée d’autre part la particularité signalée à notre insu par Oppel, mais qui n’existait dans les coupes de Scylliam examinées par nous qu’à l’état de vestige. Les aires claires sont souvent larges et constituées, outre les canaux, par de petits cordons cellulaires pleins, dissociés par des fibres et cellules

(I) Que l’on s’accorde à considérer comme fonnanl de véritables îlots de I.angkh- HANs, bien que Pkiidhigeat et TninoNOKAU (1900) en fassent une variété d’îlots un peu a part, et sous un nom particulier, mais une variété pourtant encore mieux caractérisée d’après ces auteurs mêmes.

(a) I.es recherches d’OrpKL et les nOtres setnblenl avoir engaffé depuis peu cet auteur à revenir à sa première opinion (Voyez Dia.maiiu et Kuuaiiko, 1901).

Les amas pleins dérivent

de l’assise externe des petits canaux.

conjonctives pénétrantes, en petitsanias(parfois en cellules isolées) assez

généialementdéponrviisdememhranepropre(/«^.<;/).Cesélémentssont

lînenient vacuolaires, et colorés en rouge comme ceux de la deuxième variété de 1 assise externe, privés de grains par conséquent. Ils sont ça et h\ on continuité avec eux, et l’on se rend compte qu’ils ne sont autre chose en elîet que des éléments de cette assise, « qui de place en

Fifj. 61 . — Pancréas du Galeus canis. — (L., 1902-è, Bibliographie anatomique.)

Une des aires claires du pancréas, de toutes parts entourée d’acini, ac (non figurés);— cm, coupe transversale d’un canal moyen, fc, d’un fin canal, fc' coupe oblique d’un canal analogue. Ces trois conduits sont entourés de groupes cellulaires pleins rp, dont l’un, en a, est en continuité avec la paroi du fin canal sous-jacent. Les fibres conjonctives interposées, rouges sur la préparation (méthode de Hansen)ont été ici figurées en noir. Simple fixation à l’alcool, faible grossissement (Vcrick. üc. i.

Obj. 4.)

place ont fait hernie, ont débordé pour ainsi dire dans le tissu interstitiel voisin ». Exceptionnellement, on voit même une lumière se détacher de la lumière centrale et aller s’y perdre.

En certains points, comme nous l’avons vu, l’assise externe peut manquer sur la paroi des lins canaux; en d’autres elle est formée d’éléments petits (bleus), bourrés de grains, et l’on voit peu à peu ces éléments se continuer avec des cellules rouges à fines vacuoles, enlin celles-ci venir faire hernie au dehors pour se dissocier en cordons pleins, eux-mêmes fragmentés {fig. b‘2), et formés d’éléments jiarfois de nouveau très petits, avec des images de régression. Il semble donc qu il y ait

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