III. A. LES ÎI.OTS PARTICIPERAIENT A LA SÉCRÉTION EXTERNE
A l’exception de VON Hansemann, tous les auteurs qui se sont occupés de riiistogénèse les ont vus naître de l’épithélium (Laguesse, 1898, HrACHET, 1896, GuNNELLI, 1898, PeARCE, 1908, K.ÜSTER, I9O/4).
PisciiiNGER pourtant (1896), tout en adhérant aux idées de LewascHEw, se demande s’il ne faut pas admettre, pour expliquer l’abondance des îlots chez l’embryon (abondance qu’il vérifie simplement), une transformation localisée possible du parenchyme pancréatique en tissu lymphoïde. Cette transformation pourrait en imposer pour des « amas intertubulaircs ». Il se base, pour émettre cette idée, sur la présence frequente de rates accessoires et de follicules lymphatiques dans le pancréas, et sur les descriptions de son maître von Kupffer, qui fait dériver du pancréas de l’Esturgeon la rate et une partie du tissu lymphoïde de cet animal.
De même, Orru Efisio (1900) fait dériver une partie au moins des îlots de l’épithélium pancréatique; l’autre serait lymphoïde et proviendrait de la rate; mais personne autre n’à vu cette duplicité d’origine. Pourtant, dira-t-on, ne pourraient-ils être lymphoïdes malgré leur origine épithéliale ? C’est ce qu’avait compris un moment Retterer ( i ) ; il les rapprochait des plaques de Peyer et des amygdales, qui ont pour lui cette origine. C’est ce qu’admettait encore Pugnat (1897), mais sans preuves histogéniques à l’appui. Pour ce dernier, la formation des îlots peut se continuer pendant toute la vie. Il est pour l’origine pancréatique ou entodermique de la rate ; les îlots seraient « un tissu splénique intra-pancréatique », qui pourrait agir par sa sécrétion sur le pancréas, ou qui formerait une substance transportée au contraire dans la rate pour y provoquer la formation du ferment de Scuiff et de Herzen.
Nous croyons que l’étude des îlots dans les precedents chapitres sulfit à montrer que, nés de 1 epithelium, ils conservent le caractère épithélial pendant toute leur duree ; jamais on n y voit de réticulum conjonctif de soutien entre les cellules.
III. — Dans un troisième groupe nous rangeons les auteurs qui considèrent les îlots comme Jaisant partie intégrante de la glande exocrine, dont il n’y a pas lieu de les distinguer .
Mais ici nous devons faire des subdivisions.
A. — Pour Harris et Gow (189/1), Wildt (189/1), Giannelli et Giacomini (première opinion, 189Ü), .Iarotsry (1899) dans une cer-
(1) Des glandes closes dérivées de répilhélium digestif, Journal de l’Anatomie, 1893, p. 345.
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taine mesure, pour Richter (1902), el semble— t-il bien aussi pour Mankowski (1900, 1902), les îlots parlicipent vraisemblablement à la sécrétion externe.
Harris et Gow n ont pas une opinion très arrêtée ; ils admettent trois explications ; ou bien les îlots sont le reste d’uné formation embryonnaire (vojez plus loin), ou ils sont destinés à constituer des alvéolés, ou plutôt ils sont spécialement chargés de sécréter l’un ou 1 autre des ferments, et de preference le ferment diastasique. On a voulu aussi, ajoutent-ils, leur attribuer la sécrétion des carbonates alcalins du suc pancréatique, mais ils n’offrent pas de réaction alcaline.
WiLDT dit simplement qu’ils lui paraissent constitués « d’une sorte particulière d’utricules glandulaires ».Giannelli etGiAC0MiNi(i896),se basant surtout sur l’existence de canaux et de lumières, les croient destinés a sécréter 1 un des constituants du suc pancréatique, et semblent pencher pour le ferment diastasique. Giannelli (1898) revient d’abord sur cette hypothèse ; il l’appuie sur l’existence dans la cellule d’îlot de « grains métaplasmatiques n en quantité variable. Mais le manque de lumière chez les Mammifères le gêne, et le conduit à supposer que cette sécrétion se fait voie par des méats intercellulaires très étroits, difficilement démontrables. Un peu plus tard (1900), il abandonnera cette hypothèse pour en omettre une autre, que nous retrouverons, et Giacomini de son côté se ralliera à la sécrétion interne (1900).
Jarotskt (1899), tout en admettant la sécrétion interne, pense que les îlots doivent contribuer à la sécrétion externe, et aider par diffusion à l’élaboration du ferment des graisses.
Manrowsky (1900-1902), dans ses travaux français et allemands tout au moins, semble éviter de prononcer les mots de sécrétion externe et interne. Pourtant il décrit des granules, et l’ensemble de ses conclusions (voir le chapitre précédent) paraît être en faveur de la sécrétion externe ; mais il se rapproche davantage des auteurs qui suivent (sous-groupe B)!
Richter (1902) voit chez les Amphibiens une sécrétion évidente dont il ne peut déterminer exactement la nature ; mais en tout cas les îlots sont des organes constants, ayant une fonction déterminée en rapport intime avec la sécrétion externe.
Sajous (1904), dans un volumineux travail de compilation, émet une théorietoule personnelle et un peu singulière. Partant des idées de SciiiFF et de Herzen sur la nécessité d’un ferment splénique pour convertir le trypsinogène en trypsine, il imagine que ce ferment passe de la rate dans la circulation générale et arrive ainsi dans le pancréas. Là, au niveau des dilatations et dos « ampoules » vasculaires des îlots
•Il- H- Ï'KS ir.OTS SERAIENT DES ACINI ÉPUISÉS
B. — Les îlots seraient simplement des acini
ou groupes d’acini modifies, probablement épuisés ; Lewaschew, Dociel,
M\hicowsiu, etc.
de Langerhans, se ferait une véritable filtration de ce ferment, analogue a celle de l’urine dans le glomérule rénal. « La sécrétion consiste en deux substances dilférentes, les granules des véritables cellules de sécrétion, et le plasma sanguin dérivé par filtration des îlots. Les véritables cellules sécrétantes et celles des îlots étant en continuité, et entourant une lumière commune (Opie) ; les deux substances : — i“ granules formant le zymogène ou trypsinogène ; — 2” plasma contenant le ferment splénique et la substance oxydante, — se réunissent dans cette lumière commune, qui est en connexion avec les ramifications terminales du canal pancréatique. » Arrivé de cette façon dans la lumière, le ferment splénique pourrait y convertir le zymogène en trypsine. Appuyée sur des citations mal interprétées (notamment celle d’Opie ci-dessus), cette théorie nous paraît être de pure imagination, et en contradiction flagrante avec la plupart des faits, notamment avec le manque de lumière des îlots.
En réponse é\ tous ces auteurs, nous dirons que, pour nous, l’absence totale de lumière dans les cordons pleins des Mammifères, bien constatée depuis Dogiel, l’absence de canaux dans l’intérieur même del’îlot, chez les mêmes animaux (quelques vestiges à part), s’inscrivent nettement contre la sécrétion externe. Même dans les classes (Reptiles, Sélaciens) où existe une lumière, nous avons montré que la cellule en est plutôt séparée, et que son matériel de sécrétion s’accumule à l’extrémité la plus éloignée de cet émissaire.
Dans le même sens plaide la persistance des îlots après suppression de la sécrétion externe par ligature du canal (W. Schulze, Ssobolew, Laguesse et Gontier de la Roche, Dale, etc.).
Enfin, Diamare et Kulxabko (igo4) ont montré que l’extrait des gros îlots, isolés chez le Lophius, manque complètement de fermen amylolytique, tandis qu’il est facile de mettre ce ferment en évidence dans l’extrait du pancréas exocrine.
B. — Pour Lewaschew (1886), Dogiel (i8g5), Statkewitsch (i8g4), PiscHiNGER (i8g5), Diam.are (première opinion, i8g5), Orru Efisio (igoo), Tschassownikow (igoo), Mankowski (igoo-igo2), les îlots sont des acini ou groupes d acini modifiés et probablement épuisés.
Nous avons déjà exposé l’opinion de Lewaschew (cbap. précédent): les îlots représentent des acini manifestement épuisés par une secietion longue ou exagérée, des acini au repos, et vraisemblablement capables de reprendre leur forme et leur activité premières. Pischinger se range à cet avis, mais avec quelques réserves (voyez Historique et