C. — La plupart considèrent avec Diamaue
les îlots comme des glandules
à sécrétion interne persistantes, invariables et indépendantes .
moitié de l’évolution normale: la dcconstruction des acini. Perdrigeat et Iriuondeau déclarent formellement n’adhérer qu’à cette première partie ; Braciiet n a pas lait de travail spécial (à part ses quelques constatations histogéniques) ; il adhère simplement dans sa Revue générale {iSg'j-b) à l’opinion que les éléments d’îlot sont des cellules panciéatiques modifiées ; plus tard, sur la vue de nos préparations (Lag., 1899-a, discussion), puis de nouveau en 1901, il considère la sécrétion interne comme bien anatomiquement établie. 11 penche (1901) vers l’idée d’OppEL sur le pancréas primordial endocrine de l’Ammocète. Il admettra donc volontiers que des îlots, même chez l’adulte, puissent se transformer en acini, mais « l’inverse semble moins plausible )), puisque ce serait un retour en arrière, à un état ancestral plus simple. Pugnat (1897), bien qu’il admette que les îlots sont des formations lymphoïdes, emet l’idée qu’ils peuvent naître pendant toute la vie aux dépens de l’épithélium, et peut-être former un ferment allant agir, soit dans la rate, soit dans le pancréas, enjoignant son action à celle du premier de ces organes. Mankowski, Tardent défenseur du balancement, se prononce moins formellement, semblet-il, contre la sécrétion interne elle-même, que contre l’existence de glandules a secrétion interne indépendantes du parenchyme exocrine. Dale (1904) vient pourtant de se ranger assez résolument à nos côtés. Ses expériences, comme on Ta vu plus haut, le conduisent à admettre le balancement. Elles laissent encore indécises, conclut-il, la fonction des îlots, mais leur néoformation après ligature du canal (qu’il vérifie également) est en laveur des vues de Laguesse, à savoir qu’ils représentent un stade de sécrétion interne dans la vie du tissu pancréatique.
C. — Les autres auteurs se prononcent tous plus ou moins nettement en faveur de l’ invariabilité et de la pérennité des îlots, et en font, avec Massaui et Diamare, des glandules à sécrétion interne détachées de l’arbre épithélial, et ayant perdu toute connexion avec lui.
Ainsi donc, nous restons presque seul à soutenir notre double théorie de la sécrétion interne et du balancement, dont les deux tronçons, disjoints dirait-on par quelque fée maligne, cherchent en vain à se l’essouder. Car si d’aventure on voit un auteur conclure en faveur du balancement, ou tout au moins de la continuité persistante des îlots avec le reste de la glande et de leur variabilité (i) (Tschassovvm-
(I) Certains admettant seulement la première moitié de l’évolution, c’est-à-dire la formation chez l’adulte des îlots aux dépens des acini (Tsciiassow.mkow), les autres admettant au contniire seulement la deuxième, c’est-à-dire la formation de nouveaux acini aux dépens des îlots (Haiihis et Gow, deuxième opinion, — Kahakascubek).
ÎLOTS FA’nOCIUNKS
K.OW, Manrowski, Kaiiakasgueff), on est presque sûr qu’il va prendre parti contre la sécrétion interne. Et inversement, ceux qui penchent vers la sécrétion interne se hâtent généralement de faire des îlots des formations invariables et indépendantes (i). Gela tient probablement à ce que les formes de transition ne sont pas d’une extrême fréquence, les îlots étant des formations qui durent probablement des semaines ou des mois, avec grande diversité suivant les espèces.
Nous devons donc ranger ici, à la suite de Massari et de Diamare, Ren AUT d’abord, puis Jarotsky, W. Schulze, Ssoboleav, Opie, Stangl, M.-B. Schmidt, Rennie, Sauerbeck, Oppel, etc. Les pathologistes ne se sont pas toujours expliqués sur ce point ; mais ils tendent en général à suivre ceux d’entre eux qui ont fait sur le pancréas des travaux d’ensemble, Opie et Ssobolew.
Cette classification faite, revenons à certaines opinions individuelles.
Massari (1898, Anguille) ne donne qu’une courte note. Il admet avec nous la sécrétion interne, sans discussion et sans faits nouveaux. 11 s’attache seulement à démontrer l’indépendance des deux tissus, l’absence de formes de transition, l’invariabilité de nombre, déformé, (de taille) et de structure chez les Anguilles tantôt gavées, tantôt inaniliées plusieurs mois, ou pilocarpinisées ; et il conclut que les îlots « forment dans leur ensemble une glande typique à sécrétion interne (îlots endocrines) intimement mêlée aux acini pancréatiques » .
Diamare (1899-a) reprend la même thèse, mais en l’appuyant sur l’examen détaillé d’un grand nombre d’espèces des diverses classes de Vertébrés. Ce qui caractérise essentiellement les îlots, ce sont les cordons épithéliaux pleins sans membrane propre, séparés par des vaisseaux capillaires. Contrairement à ce qu’on a décrit ailleurs (Giaxnelli et Giacomini), le cordon plein reste typique et privé de toute lumière dans toute la série des Vertébrés. Les îlots ou « corps épithéliaux » du pancréas {cor pi epitheliali, Epithelkœrper), sont « des bourgeons de l’arbre pancréatique dont l’évolution a suivi une voie dilTérente «. Détachés de cet arbre, nettement isolés parfois par une enveloppe close de toutes parts, ils ne gardent plus de relations qu’avec les vaisseaux.
Diamare combat R. Léimne qui croit la fonction interne localisée comme l’externe dans les cellules pancréatiques principales des acini.
(i) Nous «ivons dit .tu chapitre précédent les raisons qui nous engagent à persister dans notre attitude. Un certain nombre d’ilots peuvent être permanents, d’autres subir la première partie de l’évolution et dégénérer sans pouvoir reconstituer des acini. La majeure partie nous semble toujours suivre le cycle évolutif complet: lu sécrétion interne n’est qu’un temps, un stade dans la vie de laceliuic.
Mass.vri
Diam.are
ILOTS ENDOCnmES
L'auteur italien au contraire « conclut qu’il existe dans le pancréas une base anatomique réelle et bien définie au processus de sécrétion interne, en indiquant dans ce qu’on nomme îlots de Langerhans un tissu particulier, distinct du zymogénique (mais jumeau), constant depuis le commencement de son évolution, semblable par sa constitution au tissu des corpuscules intra et paralhyroïdiens bien connus ». ^ous avons plus haut (chap. Variabilité) donné les raisons qui nous empochent de souscrire a la distinction fondamentale posée ici entre les tissus exocrine et endocrine.
Renaut, dans lequel nous avons salué un précurseur de la théorie de la sécrétion interne, s y rallie en 189g. « Morphologiquement, dit-il en parlant des points folliculaires, ces formations répondent à des îlots de la glande où le remaniement par les vaisseaux sanguins a été complet, ceux-ci ayant pénétré l’épithélium, et l’ayant réduit à des rangées cellulaires uniques, intervasculaires, paraépithéliales. Elles ont acquis de ce chef l’organisation des glandes vasculaires dont la surrénale est le type (i). » A ce point de vue l’opinion de Laguesse « a sa raison d’être », mais il ne s’agit pas de la sécrétion interne ayant acquis son type définitif. Prédominants chez le fœtus et dans les pancréas restés fœtaux (petit et moyen pancréas du Poulet), les îlots sont essentiellement des formations à « fonction fœtale », à fonctionnement plus actif dans la période fœtale, comme la thyroïde et la pituitaire. L’histogénèse met en relief l’importance de ce rôle fonctionnel initial, « encore que ce dernier nous demeure totalement inconnu ». Renaut fait donc des réserves sur la répartition de la fonction chez l’adulte ; ici les îlots rempliraient un rôle secondaire, et la cellule des acini verserait sa sécrétion d’une part dans la lumière, de l’autre dans le sang. Plus tard (igo3), retrouvant dans les cordons des Ophidiens la lumière décrite par nous, le maître lyonnais pense à étendre à la cellule d’îlot cette double polarité. « De cette double orientation, dit-il, je conclurais volontiers à cette présomption : que la sécrétion particulière aux cellules de l’îlot n’est pas exclusivement endocrine, comme le soutient Laguesse, mais à double débit, — intestinal et vasculaire sanguin, — ici comme dans le parenchyme du foie tubulé auquel celui des îlots ressemble histologiquement trait pour trait. » Nous avons montré plus haut qu’autour de la lumière, très effacée, l’orientation n’existe plus
(i) Et, plus loin : « Je suis porté à considérer les pseudo-follicules comme des formations absolument régulières, et à fonctionnement constant, du pancréas des Vertébrés supérieurs. » 11 les rapproche (1899) de groupes cellulaires spéciaux du foie de la Grenouille, du Lézard, etc., qu’il considère comme analogues.
îl.OTS ENDOCRINES
guère; nous ne croyons donc pas à cette double sécrétion des dots. D’ailleurs, la théorie ne serait applicable qu’à certains groupes de Vertébrés, les lumières n’existant pas chez les Mammifères. Quant à la cellule d’acinus, en est-il besoin pour expliquer la sécrétion interne, alors que nous avons sous la main un organe dont la structure, comme le reconnaît Ren.vut, est celle d’une véritable glande vasculaire sanguine? Pourtant, nous ne pouvons affirmer qu’elle ne livre absolument rien aux vaisseaux, dans certaines circonstances tout au moins, d’abord parce qu’il n’est pas d’élément anatomique auquel on puisse refuser absolument cette propriété, ensuite parce que nous considérons précisément l’état endocrine comme un simple stade dans la vie de la cellule exocrine, parce que nous avons vu des cellules encore en place dans les acini posséder déjà de petits grains basaux ou répandus en tout le corps (Cobaye par exemple, Salamandre). Pour nous, c’est en général un signe que ces éléments sont déjà endocrines, et vont se rassembler en îlots; mais peut-être en certains cas peuvent-ils excréter dans le sang sans être fatalement obligés de passer par cette forme.
Nous le croirions volontiers, mais nous insisterons sur ce point que, dès ce moment, ils ont perdu le caractère de cellule exocrine, et acquis ceux d’élément endocrine. Dans certains cas mêmes, expérimentaux ou pathologiques (ligature du canal. Cobaye, Lapin, 1902, — greffe. Chien, 1902, — injections de glucose. Couleuvre, 1902), nous croyons que la cellule des acini ou des tubes pancréatiques primitifs, en présence d’un besoin pressant de l’organisme, ou d’un obstacle à la formation des îlots, peut, par une sorte de raccourcissement fonctionnel, sécréter directement dans le sang sans venir s’adjoindre à un îlot, et même sans prendre très nettement le caractère endocrine. Mais normalement, chez l’Homme adulte sain (i) par exemple, où les îlots sont si développés, ils restent pour nous l’organe essentiel et probablement unique de la sécrétion interne. La fonction n’est foetale qu’en ce sens qu’elle est exagérée chez le fœtus, comme le sont, chez lui, toutes les autres sécrétions internes.
VoN Ebneu (1899) montre que tout dans la structure favorise des échanges directs avec le sang, et penche nettement en faveur de la sécrétion interne, à moins peut-être, ajoute-t-il, que les îlots ne tra-
VoN Ebneu
(i)Nous disons a sain », parce qu’il nous paraît évident a priori que, dans un pancréas gôné dans son Ibnclionncinent normal et son remaniement par une lésion (scléreuse ou autre, dans le diabète par exemple), la sécrétion interne, impérieusement exigée par l’organisme, doit essayer de s’établir coûte que coûte et par tous les moyens, mais avec plus ou moins de succès pourtant.
Jarotsky
W. SciiOLZE
Von Hansemann
Oppel
*92 ÎLOTS ENDOCRINES [366]
yaillénl an contraire a I extraction du sang d’une substance spéciale jouant un rôle dans la glycosurie.
Jarotsky (1899) admet seulement que la sécrétion interne des îlots est possible, probable même; mais ils doivent jouer un rôle dans l’externe aussi. Il est pour l’invariabilité absolue. Ce sont des organes autonomes, inclus en la glande, mais prenant part pourtant à son activité sécrétrice.
W. ScHULZE (1900) voit peu d’objections possibles contre la sécrétion interne qu il admet, mais pas de preuves anatomiques pressantes ; il en cherche et en trouve, comme nous le verrons, dans une série d expeiiences ingénieuses. Ssobolew (1901-1902) se base aussi, non seulement sur la structure, mais sur des expériences analogues et sur des observations anatomo-pathologiques, Opie sur ces dernières surtout. Ces tiois auteurs n observant ni continuité certaine avec le tissu voisin (Opie seul admet quelque peu celle-ci), ni variabilité, se contentent de suivre Diamare sur ce point. Stangl, Rennie, Sauerbeck n’apportent aucun élément essentiel nouveau à cette conception.
VoN Hansemann '(1901) croit pouvoir affirmer que les cellules d dot, dans lesquelles il ne voit point de granules apparaître ni varier de nombre pendant le fonctionnement "^e la glande, ne participent pas à la sécrétion externe, et cela d’autant moins qu’elles n’ont aucun rapport avec les conduits excréteurs. Au contraire, elles sont en rapport évident avec le système vasculaire sanguin, et, d’autre part, avec le système lymphatique (?) (i). Il est donc probable, ajoute-t-il, qu’au niveau des îlots quelque substance est tirée des vaisseaux sanguins pour passer dans les lymphatiques, ou inversement (2).
Oppel (190/i) finit par admettre sans restriction la localisation de la sécrétion interne dans les îlots, mais à condition qu’il soit bien entendu qu’ils ne proviennent pas des acini, et qu’ils n’y retournent pas. Chez les Ophidiens au contraire, il admet volontiers la continuité, les lumières que nous avons décrites ; il acceptera même les transformations ; mais ces faits mêmes le conduisent à penser qu’il s’agit ici, non point d’îlots de Langerhans, mais de stades de fonctionnement particuliers du parenchyme exocrine (3).
(1) Il ne donne aucune preuve de cette dernière assertion.
(2) Aus den Gefæssen in die Lyinphbahnen oder uingekehrt belœrdcrt wird.
(3) C’est toujours la môme malechance qui pour.suit notre pauvre théorie. Hier (1900) Ori'KL voyait avec nous dans les îlots des Ophidiens une forme primitive des îlots des Mammiières, mais n’était que peu enclin a attribuer a ces derniers une sécrétion interne; aujourd’hui le voici convaincu, mais il nous laisse sur les bras les formations des Ophidiens : ce ne sont plus des îlots. Nous demanderons alors où sont les Ilots
l'IlKI \ KS ANATO.MIQI i;s DK I.Kl It ll('t|.K lî'VDOCIl I AK
PC'Tl
M. Liîpim; [Semaine médicale, 2 décembre i<)0.'5), qui soulenail depuis longlemps la thèse de la bipolarité de la cellule pancréatique, a 1 exclusion de la théorie des îlots endocrines, se rallie à la conception actuelle de Hexaut, et admet que notre (( hypothèse » est (( infiniment probable et légitime », mais e on ne peut affirmer que les dots soient les organes exclusils de la sécrétion interne ». Récemment (iqoô) il a invoque a 1 ajipui de cette opinion une de ses expériences anciennes. La preuve, dit-il, que les acini participent à la sécrétion interne, c’est que l’injection d’huile dans le canal de Wirsung, ou la simple ligature de ce conduit, est suivie d’une augmention du pouvoir glycoly tique du sang, exagérée encore si l’on fait mgeiei au Ghiendeleau acidulée, pour exciter la sécrétion. Or, nous allons Aoir que la ligature du canal provoque d emblée dans les acini une irritation violente, qui amène en quelques jours leur destruction. Des le début leur zymogene est en partie resorbe, et peut-être en passet-il dans le sang; mais sont-ce là des conditions normales?
Lépixe invoque encore la petitesse des îlots. Cela prouve simplement, nous semble— t— il, qu il n est besoin dans le sang cme d’une très faible quantité du ferment qu’ils sécrètent (i). N’a-t-on pas obtenu des coagulations du sang en masse quand on a- essayé l’injection directe d’extrait pancréatique dans les veines? Et ne sait-on pas combien faible est la quantité de ferment ou de toxine necessaire pour déterminer des changements considérables dans un milieu albuminoïde, pour modifier complètement un sérum ?
Rappelons pour finir que « la sécrétion interne spléno-pancréatique » de. Sajous (190/1) n’a en somme rien de commun avec la sécrétion interne du pancréas, puisqu’il s’agirait, d’après cet auteur, au niveau du (( glomérule » insulaire, de la simple filtration dans les canaux (sécrétion externe) d’une sécrétion interne déversée dans le sang par la rate.
.\prcs avoii note ces variations d opinion, nous pouvons maintenant plus facilement grouper en un seul faiseau les preuves en faveur de la sécrétion interne.
Opinion
Groupe!
preuves du rôle des
dans ce groupe? >ous demanderons à Oppel pourquoi il supprime ce chaînon dans la phylogenese, alors qu’il conserve le premier, l’îlot des Sélaciens, qui pourtant est encore plus intimement lie a la glande exocrine? A la théorie phylogénétique développée simultanément et un peu diiréremment par Giannelli, par Oppel et par nous nous resterons plus fidèle qu’OppEL lui-même. ’
(i)Nous avonsdepuislongtempsdooi et antérieurement) insisté sur ce fait qu’une très petite quantité de la substance sécrétée par les îlots était nécessaire dans le sang Les recherches récentes de O. Coii.miki.m (Zeit. fur phys. Chem.. ic)o3, vol. 3o et Ja) et
LS lUaëëiëe secrétion agirait comme substance
scnsiüiiisatnce, comme ambocepleur.