‹ Le pancréasChapitre 69 sur 79 · PREUVES PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

PREUVES PHYSIOLOGIQUES

tissu adipeux. Parmi les îlots anciens, les uns sont d’abord par places lésés et détruits secondairement par la sclérose, d’autres s’accroissent. Mais de nombreux petits îlots de nouvelle formation apparaissent. Il y a lutte évidente de leur part contre le processus de sclérose, et triomphe final,

Helour au stade des

tubes pancréatiques primitifs ; formation de nouveaux îlots.

/<’;Vy. 71. — Pancréas île Cobaye au iiualorz-ièine jour après la Hyaline eu masse (vascularisation conservée), d’après Gontieruk la Rocue, 1002 (Bibliographie anatomique, et Thèse de Lille, 1903.)

[.es acini ont complètement disparu ; — I, îlot; — c, grand canal excréteur; — ii, tubes (pancréatiques primitifs) .indififérents — te, les mêmes englobés dans un îlot; — h, grosses cellules d’îlot; te, tissu conjonctif; — e, vaisseau.

Les petits canaux excréteurs ont changé de caractère et sont redevenus des tubes pancréatiques primitifs, avec, par places, des cellules endocrines éparses Ils émettent maintenant de nouveaux bourgeons, qui sont des sortes d’acini encore mal individualisés, où reparaît le zymogène (i); la glande a repris un aspect l’œtal. C’est surtout aux

(I) Vers la même épo((ue, 'I'iiikhti (lyoa. Lapin), qui malheureusement laisse de côté la question des îlots, signale après ligature un phénomène analogue. I.es cellules des acini. dit-il, « sont soumi.ses au processus connu sous le nom de dédillërencialion

l’UEUVKS l’JlYSlÜLOGlQLES

dépens de ces psendo-acini que s’accroissent les anciens îlots, et que s’en forment de nouveaux petits. Et c’est ainsi {fuj. 72) qu’au bout de cent cinquante et de trois cents jours (Gontieu de la Hoche, igod), le pancréas endocrine, c’est-à-dire « l’ensernble des îlots, a persisté dans une intégrité relative », toujours accompagné de pseudo-acini et de restes de canaux excréteurs.

Les Iragmentsque nous avons isolés avec Gontieu se trouvaient dans la condition d’une sorte de grelle intra-péritonéale, puisqu’ils étaient complètement séparés du reste de la glande, privés d’émissaires, vascularisés par leur extrémité seulement. Une grelTe sous-cutanée, chez le

Fi(j. 12. — l'ancréas de Cobaye au 30° jour après la ligalure, d’après Go.m iek

DE LA ItOCIIE (1902-1903).

Trois coupes successives sériées à travers le point où un tube indifférent aborde un îlot et s’y confond; — l de b, lumière de sa branche inférieure b; — a, sa. branche supérieure; — dans l’îlot, cellules du type 2, plus grosses et plus colorables, en h\ — c, cellules de pseudo-acinus à grains de zymogène, — d, cellule de transition à petits grains.

Cobaye, se trouverait dans les mêmes conditions après développement de nouveaux vaisseaux et occlusion de la fistule. Elle subirait très vraisemblablement les mêmes transformations. Or, c’est elle seule qui empêcherait l’établissement de la glycosurie en cas d’ablation du pancréas abdominal (i). Ou mieux, ce sont ses îlots seuls (et ses cellules endocrines isolées), puisque, du septième au quatorzième jour, il n’y a plus d’acini et pas encore de pseudo-acini. Quand ceux-ci sc forment, leur but semble être double : être prêts à fournir de nouveau une sécrétion externe au cas où le canal sc rétablirait: en son absence.

(Hntdifferenzierung), c’est-à-dire qu’elles reprennent les caractères des jeunes cellules enïbryonnaires ». Proliférant alors, elles recouvrent peu ;i peu leur spécificité, forment des nids cellulaires pleins qui présentent bientôt une petite lumière, puis redeviennent de véritables acini.

(i) Impraticable d’ailleurs chez le Cobaj'c, en raison de la diffusion du pancréas dans le mésentère et l’épiploon, et de ses rapports étroits avec la plupart des gros vaisseaux abdominaux.

l'IlKUVI'S 1

>iivsioi,o(!i^ i;s

travailler à la rormallon de nouveaux îlots secondaires cl à l’accroissement de ceux qui existent, en leur apportant sans cesse de nouvelles cellules, chargées de zymogène transformable en grains, puis en vacuoles de sécrétion interne ( i ). Nous arrivons donc aux mêmes conclusions que \N'. Scnui./.E, à cette dillérence près que nous ne trouvons rien ici en faveur d’une indépendance absolue des îlots, bien au contraire (2). L’expérience nous permet simplement d’obtenir la « dissociation fonctionnelle » de la glande, pour nous servir d’une expression déjà employée par 'Pumoroix dans d’autres circonstances.

Ajoutons que le Cobaye est particulièrement favorable à celle étude grâce au volume et à la netteté de ses îlots, grâce aussi à la pureté avec laquelle s’y montre la glande endocrine au cours de la deuxième semaine après la ligature, et que les autres espèces sont loin de donner des résultats aussi favorables.

Ainsi, vox Haxssemainx (1901) a obtenu des résultats dilïérents chez le Chien. Faisant la ligature totale du corps de la glande, il a constaté qu’une partie seulement du tissu est détruite en arriéré de la ligature. Le reste soull’re, mais se maintient, et se rétablit jusqu’à un certain point ; le fragment est encore riche en tissu glandulaire apres un an. Au voisinage de la ligature, l’irritation produite par sa présence fait proliférer le tissu conjonctif qui étouffe la glande. Dans ce tissu de sclérose, certains îlots persistent longtemps, mais d autres disparaissent.

SsoBOLEw (1901, 1902) avait, de son côté, continué de nombreuses expériences de ligature ou de résection d’un fragment de canal chez le Chien, le Chat et le Lapin. Chez aucun de ses sujets, il n a pu trouver de sucre dans les urines. D’une façon générale, il a observe 1 atrophie des acini, la persistance des îlots (jusqu’au deux centième et au quatre centième jour chez le Lapin), si l’on en excepte un certain nombre, détruits surtout du trentième au cent vingtième jour chez le Lapin. Mais si chez cet animal le processus est aussi net, il le serait bien

Von Hansiîmann, igoi.

SsOBOLEW,

(1) Des îlots primaires se forment aussi, mais plus difllcilement, infime après ce retour de la glande à l’état foetal, et vraisemblablement Us remplissent d’abord moins bien leur but, préelsémenl parce qu’ils ne décrivent pas d’éléments ou le 1eriiient est déjà plus ou moins préparé. Hapiielons que l’îlot primaire est tout au début une formation d'essai, livrant une sorte de présécrétion peut-être imparfaite encore. (A rapprocher des processus de préspermatogénèse, de prédilférenciation de l’épiderme, etc.)

(2) 11 y a indépendance fonctionnelle en ce sens seulement : c'est que le cycle de sécrétion de l’ilot est beaucoup plus large que celui de l’acinus, et qu’au cours de ce cycle, l’ilot, formation pleine sé[)arée des lumières glandulaires, a acquis de ce fait une sorte de semi-autonomie i>rovisoirc, suflisante pour résister aux lésions qui atteignent le tissu resté exocrine.

Mankowski, içioa.

Nouvelles recherches personnelles.

Existence d'une glande endocrine absolument pure vingt-cinq mois après ligature chez un Lapin.

Expériences de Dale, 190/1.

PREUVES PUYSIOJ.OGIQUES [38o]

moins chez le Chien (chez le Chai égalemenl), où l’on retrouve encore des acini au cinquantième jour, où la perrnéahilité des canaux se rétablit en oulie très souvent, et est suivie de la réajiparition normale de la sécrétion externe. Ssohoi.ew conclut dans le même sens que ScHüLZE, et aussi allirmalivemenl.

M.\nkowski (1902), chez le Cobaye, a obtenu de nouveau des résultats un peu diflerents de ceux de Sciiui.ze, en ce sens qu’il assiste à une destruction partielle des îlots; mais nous avons montré avec Goxtieu. SsoBOLE^^ a montré plus tard, que ce n’est là qu’une phase, secondaire d ailleurs, de la lutte, et que les îlots reprennent le dessus. L auteur russe se fonde en outre sur 1 élude du tissu isolé entre deux ligatures, et sur l’existence d’un certain degré de sclérose et d’atrophie de la glande immédiatement en avant de la ligature, pour refuser de s’associer aux conclusions de Schueze.

1 ont récemment, nous avons examiné un Lapin dont nous avions réséqué le canal entre deux ligatures, au niveau de son embouchure, sur I centimètre de longueur. L’animal avait près de quatre mois lors de l’opération (i). Après une quinzaine de jours il était complètement remis; il a continué à croître, et est devenu un très bel et gros adulte. Il lut tué vingt-cinq mois après. A l’œil nu le pancréas paraissait complètement absent, remplacé par une masse adipeuse qui en avait à peu près la forme. Sur une coupe transversale, cette masse montrait absence complète de tissu exocrine (ni canaux, ni cavités sécrétantes, ni tubes indilférents, etc.). Au centre persistait, seul vestige de ce tissu, le canal pancréatique principal, reconnaissable à sa forme et à sa tournure, mais absolument privé d’épithélium, et transformé en un cordon bbreux plein. A son contact ou à son voisinage, sur toute sa longueur, on trouvait dans le tissu adipeux un semis d’îlots de Langerhans parfaitement conservés. Le pancréas était donc réduit à une glande endocrine dissociée typique {2). Le résultat est si net qu'il nous paraît répondre sullisammenl aux objections de vo\ Haxsem.vn.x et de Maxkowski, surtout si on le rapproche des observations antérieures d’.AuxozAX et A^vii.laud, de celles de Ssoboi.eav et de Goxtier DE LA Hoche. Nous ne prétendons aucunement qu’on puisse en obtenir d’aussi probant chez toutes les espèces animales.

Pourtant voici que J3ale (190/1), chez le Chien, après occlusion du canal, voit les aires de pancréas non détruites prendre l’état d’îlot ;

(I) Le cas sera publié en détail.

(a) Nous montrerons plus loin que cette expérience ne peut être invoquée contre la théorie du balancement.

IMIKUVES ANATÜMO-P.VrilOI.OGIQTJES

mais les îlots préformés ne montrent pas d’inimnnlte spéciale contre la destruction. Cela sulllt à incliner railleur anglais a croire qu ils représentent réellement un stade de sécrétion interne dans la vie du tissu pancréatique.

.V part quelques réserves, les résultats de ces expériences sont donc

pleinement en laveur de rattribulion de la sécrétion interne aux îlots, l’aiblement raltacliés aux canaux excréteurs, dont la lumière ne pénètre pas en général, mais intimement liés aux vaisseaux, ils restent a peu près intacts ou même se multiplient quand on supprime la sécrétion externe; ils restent les seuls éléments sécrétoires dans les glandes

ou fragments de glandes réduits à l’état endocrine qui continuent à préserver l’animal du diabète (i).

Preuves anatomo-pathologiques. — Mous serons très bref dans ce paragraphe, qui sort un peu du cadre de cette Revue. Pourtant nous devons rappeler quelques faits.

« Si les îlots étaient profondément lésés, ou en nombre notoirement insuffisant toutes les fois que le malade a succombé au diabète pancréatique (ou maigre de Laxceueaux), si, d’autre part, les îlots restaient toujours intacts au milieu de lésions pancréatiques graves n’ayant pas déterminé le diabète, la pathologie viendrait apporter une confirmation définitive à la doctrine qui leur attribue la sécrétion interne. » (L., 1902-c) (2).

(1) Rappelons encore quelques faits expérimentaux de nature un peu différente. Statkewitsch (d’après Ssobolew) aurait montré que si l’on emploie une nourriture exclusivement constituée d’hydrates de carbone, on amène l’atrophie du parenchyme glandulaire, mais non des îlots. — FicnEBA trouve les îlots et leurs cellules plus petits, les grains moins nombreux, les capillaires dilatés à la sixième heure de la digestion chez le Chien, qu’il s’agisse d’animaux normaux ou d’animaux dératés. Il en conclut à l’existence d’une sécrétion interne capable de se produire sans l’intervention de la rate. — D’après Ssobolew, chez le Chien, le nombre des grains, dans les cellules d’îlot, est au maximum après un court jeûne (deux à trois jours), et diminue quand l’organisme est obligé de remanier une certaine quantité d’hydrates de carbone (gavage aux hydrates de carbone, puis injection de glucose). Les îlots eux-mêmes semblent augmenter de nombre au cours de l’activité de la glande, mais c’est une augmentation apparente due à la diminution de volume de l’organe. — Jean Lkiune (igo3. Soc. de Biologie), après injection de glucose (Cobaye), a trouvé aussi les îlots un peu diminués de volume et pauvres en granulations. Dans certaines glycosuries d’origine toxique, il a constaté quelquefois en outre une réaction assez nette des îlots : plus denses, ils semblent augmenter de volume; leurs cellules sont petites et nombreuses, très colorables. Ce serait probablement une réaction de défense du pancréas contre une glycosurie d’origine extra-pancréatique. — Quelques essais de Diamahe et Kuliabko ()8o4) sur l’extrait d’îlots isolés du Scorpœna xcrofa semblent montrer que les îlots possèdent la propriété d’intervertir le sucre de raisin. — L’étude des greffes sous-cutanées directes ou Iransplanlalions de petits fragments de pancréas (qu’il ne faut pas confondre avec la greffe à i)édicule secondairement sectionné de IIÉDON) n’a pas donné jusqu’ici de résultats bien nets entre les mains d’ÜTTO- LKNGiii et de Mauzocciii. Les fragments transplantés ont subi une rapide nécrose. Les îlots de Langerhans résistaient jusqu’au deuxième jour seulement (Ottolknohi).

(2) Nous renvoyons à cet article pour l’exposé de la question telle qu’elle se présentait à cette époque; — pour les données plus récentes et les renseignements bibliographiques voyez Sali'.bhkck (1904-!^ et c), et aussi la these de Gellk (igoS).

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