CHARPENTE CONJONCTIVE, VAISSEAUX ET NERFS
I. Tissu conjonctif. — Renaut, Klein, Opie, Flint ont particulièrement décrit les dispositions générales du tissu conjonctif. Un tissu assez lâche, de texture réticulée pour Renaut (sh’o//?a rélifuvme), riche en éléments lymphatiques pour Klein (18S2) (i), plus ou moins abondant selon les points et les espèces, forme une gangue dans laquelle sont sertis les lobules. Sur la coupe, ce tissu est représenté par des bandes limitant les aires polygonales plus ou moins régulières que forment ces lobules. iNous avons cherché, dans le premier chapitre, à préciser cette notion de lobule ; nous avons appelé lobulins ses divisions. Autour de chaque lobule, chez l’Homme, nous Aboyons le tissu conjonctif, peu dense, former une mince capsule fusionnée à celle du lobule voisin. Assez souvent elle se charge de graisse, et s’épaissit alors ; mais cet envahissement et cet épaississement sont très inégaux, généralement limités à certains points de la glande (2). Flint y signale
(1) Il nous paraît peu riche en cellules lymphatiques chez l’Homme, ma.is les cloisons interlobulaires contiennent en outre des vaisseaux lymphatiques où circulent des globules blancs.
(2) D’après Assmann (1888), la graisse représente en poids, chez L’adulte, environ 9,8 p. 100 des matériaux solides. Le pancréas, d’une façon générale, est une des glandes qui s’engraissent le plus facilement, comme du reste tout le tissu conjonctit sous, séreux dans lequel il est immergé. Chez les Poissons osseux, les traînées du pancréas diffus sont complètement noyées et comme perdues dans d’abondantes coulées adipeuses (Legouis, Ca.iktan,Laguesse). Chez le Protoptère, il existe, en outre, et jusque entre les acini, de très abondantes et belles cellules pigmentaires, qui donnent à la coupe de la glande un aspect ardoisé caractéristique a l’œil nu [L., 1890, W. Paiikeiv, 1892 (Oi-p.)). On en trouve aussi en assez grande quantité chez certains 'l'éléostéens (Pholix giim-lUiH, d’après Hennik (igoS), et, à l’état epars, chez les Amphibiens. Iîli.kn- BERGEH-Il0E.UKisTBit (i885), d’après Pisciii.SGEn, signale dans le tissu conjonctif du pancréas.chez le Cheval, quelques libres lisses analogues à celles qui ont été trouvées dans les glandes salivaires ; Piscuingkh (1895), les y retrouve et en signale aussi chez l’enfant: K antokowicz (1899) le-i voit également chez le Cheval.
Tissu conjonctif.
CM AlU'lvNTK CON.IONCTIV i: 1)L l'ANCHKAS
Espaces conjoncli/s interlobulaires.
Espaces conjonctifs intralobulaires.
Fine trame interacineuse .
Ce qu elle esl d’après
IImiris et Go'v, Boi-i.,
LATSCtIENüEHUEIt,
Men\ut ..
avec raison, chez l'Homme, un certain nombre de libres élaslicjiies, surtout autour des vaisseaux ; elles seraient bien plus abondantes chez le Lapin. Au contact du lobule nous voyons le tissu alTectcr nettement la forme d’une série de minces lamelles amorphes, contenant généralement sur une seule assise des fibres conjonctives dedidérentes tailles, plus ou moins sei rées, quelquefois très espacées, souvent très aplaties (les plus grosses surtout). La dernière lamclles’applique intimement au pourtour du lobule; elle a été décrite par Flixt sous le nom de membrane limitante {Grenzmembruh).
1 out cet ensemble constitue ce que nous pouvons appeler les espaces conjonctifs interlobulaires ou périlobulaires. De là parlent de très fines cloisons, qui en dépendent encore, pénétrant entre les lobulins, et généralement réduites à une, deux ou trois minces lamelles conjonctives analogues à celles précédemment décrites, la dernière correspondant à la membrane limitante de Fliînt (L., iqob-t).
Avec les principaux vaisseaux, mais surtout avec le canal, pénètrent d’autre part dans le lobule de fines gaines conjonctives, qui vont se ramifiant avec eux, constituant ce que nous appelons les espaces conjonctifs tntralobulaires . Mais celte vue est un peu schématique, car ce tissu est le plus souvent très réduit, et se confond plus ou moins avec la couche externe lâche de la paroi conjoncture du canal, dans laquelle viennent souvent s’incruster les acini les plus Aoisins.
Dans l’intérieur même des lobules, entre deux cavités sécrétantes voisines, la trame conjoncthre est généralement réduite au strict minimum. Chez le fœtus, la gangue conjonctiAre, d’abord abondante, disparaît peu à peu. Chez certains animaux seulement (ainsi chez le Tatou d’après Hauris et Dow, 189/1) trouve autour de chaque
acinus une enveloppe conjonctive bien nette de notable épaisseur. Mais le plus souvent, d’après tous les auteurs, cette enveloppe est très réduite. Ft même déjà pour Bore (1869), Latsciiexberger (1872), les acini sont tellement serrés que la même cellule conjonctive, comprimée entre deux ou trois culs-de-sac voisins, prendrait part à la formation de leurs membranes propres respectives (2). l.e réseau décrit
(I) D'après eux, le tissu conjonctif interstitiel en question varie beaucoup en abondance et en répartition selon les espèces. Il serait au inaxiinuni de développement dans le pancréas humain, formant une série d’envelo])pes de moins en moins e|)aisses aux lobes, lobules, « alvéoles ». Chez le l’orc, il serait très développé, mais entre les lobes et les jçros lobules surtout, peu abondant au contraire chez le (.hat cl le Chien, réduit presque a rien chez les Reptiles, dont le pancréas est presque massif.
(a) Pour K ANTOBowicz (1809), chez le Cheval, les acini nus. sans membrane propre, seraient entoures directement par le tissu conjonctif interstitiel traverse de libres élastiques et musculaires.
d’autre part par I\kn.\ut u’esl pas pour lui (i8()-.<) du véritable Lissu réticulé, mais un stroma rétiforme, c’est-à-dire un tissu dont 1 architecture réticulée peut être mise en évidence par le pinceautage, Nous avons vu plus haut comment le maître lyonnais reliait cette conception à celles des cellules cenlro-acineuses et de la membrane basale, et comment il a modifie sa théorie.
Fu.nt voit seulement dans l’intérieur du lobule (Homme) une line trame formée par l’ensemble des membranes propres, qu’il considère comme étant de structure réticulée, constituées de fines fibrilles entrelacées, mais ayant peu de tendance à s’ordonner en faisceaux. De place en place des cellules conjonctives, parfois des Mastzellen. Les fibres élastiques y sont rares, sauf autour des conduits et des vaisseaux. S0K.OLOFF de même (i8S3) signale l’abondance du tissu conjonctif chez le Porc, sa raréfaction chez le Chien, le Chat, le Lapin, le Cheval, le Bœuf et le Mouton.
Comme Boll. L.vtschemierger, Feint, nous ne trouvons en général, entre deux cavités sécrétantes voisines de l’Homme, que les deux membranes propres interposées fusionnées en une mince lamelle. Nous rencontrons de place en place un noyau aplati, ou pyramidal aux canefours, inclus dans son épaisseur, et autour duquel il n est pas rare d’apercevoir un mince espace plus clair (par les colorants spécifiques du collagène et précollagène ; colorations de van Gieson, Hansen, Mallory, CcRTis, etc.). Pour nous, aujourd’hui, cet espace est l’endoplasme de la cellule, dont la substance conjonctive amorphe de la lamelle représente l’exoplasme, fusionné avec celui des cellules voisines, dédoublé çà et là pour engainer un vaisseau capillaire et former sa vitrée. Comme nous 1 avons dit plus haut xiii), c est seulement par places que nous trouvons dans cette substance quelques très fines fibres conjonctives entrecroisées, et comme restées en voie de différenciation : nous en voyons donc beaucoup moins que Feint (i). G est seulement au pourtour des fins canaux excréteurs, et aussi des vaisseaux, ou dans les points où les acini s écartent un peu l’un de 1 autre, que ces fines fibres deviennent plus abondantes, souvent meme plus grosses, et forment une sorte de plexus. Toutefois, au pourtour du lobule, des fibres, même assez volumineuses, pénètrent jusqu a une
F i.i.NT y voit de nombreuses fibres.
ÎNous n’y trouvons le plus souvent que les membranes propres, généralement .
fusionnées, amorphes ou très pauvres
en fibrilles. •;
Ta
(i) La méthode de digestion artificielle, qu'il emploie de préférence, cause dos , ■
rétractions, des plis, des stries, et donne un laux aspect libriilaire qui probablement
l’aura trompé. Les bleus de Cuhtis, de Mallouv. el autres colorants de même genre, , -q
délimitent bien mieux la fibre; mais là encore il laul se garder d’interpréter chaque trait foncé comme une fibre: la membrane amorphe vue en coupe oblique ou ses
plis apparaissent aussi sous cet aspect; il laul essayer de la voir de lace. Kilo est ^
alors loin d’apparaître partout libriilaire. iC
VUSSICAl'X SANGLINS 1)1 r\NCUl’^\S
certaine profondeur entre les acini i)érlphériqties. Déplacé en place dans les carrefours interacineux, se développent une ou plusieurs vésicules adipeuses, très rares en certains lobules, abondantes en d’autres.
Cet ensemble délicat constitue le tissu conjonctif interstitiel proprement dit, ou inieracincux, en continuité avec les deux autres variétés. 11 représente, avec les espaces interlobulaires péricanaliculaires et périvasculaires, la voie tracée à la sclérose interstitielle. Le nombre des libres augmente alors la où elles sont présentes ; de nouvelles se dilférencient dans la substance amorphe des membranes, comme nous l avons vu avec Gontier de la Hoche dans le pancréas du Cobaye après ligature du canal.
Nous avons décrit plus haut les modifications du tissu conjonctif au niveau des îlots (Cb. xui).
Artères.
Elles sont multiples et petites.
Des anastomoses rétablissent l’unité de circulation.
Hcseuu
capillaire.
IL Vaisseaux sanguins. — Le pancréas ne possède pas. comme le foie, le rein et beaucoup d’autres glandes, une artère et une veine spéciales. Il puise son sang a des sources très dilférentes : artère splénique, artere hépatique, artere mésentérique supérieure. Il en lesulte que sa circulation ne saurait etre complètement indépendante de celle des organes voisins.
Les brcinchës cirtericlles sont très variables suivant les espèces animales. Chez 1 Homme nous pouvons distinguer ; de petites artères pancréatiques supérieures, se distribuant au corps et à la queue, et provenant de la splenique, qui seiqiente le long du bord supérieur de la glande; — Y anse pancréatico-duodénale (souvent double), destinée à la tête et au duodénum, et qui représente une branche anastomotique entre 1 hépatique ou la gastro-épiploïque droite et la mésentérique inférieure; — la pancréatique inférieure (de Testut), née de la mésentérique inférieure, et longeant le bord inférieur du corps et de la queue auxquels elle se distribue. Du « cercle artériel péripancréa tique h (Testct), constitué par les deux dernières branches, par l’hépatique et la splénique, partent donc de nombreux et fins rameaux qui pénètrent dans la glande après avoir quelquefois rampé à sa surface. De riches anastomoses entre eux rétablissent une certaine unité dans la circulation de l’organe. Les artérioles d’un certain volume se ramifient dans le tissu interlobulaire sans s’astreindre à suivre les canaux excréteurs ; et elles envoient, en général sans grand ordre, plusieurs fins rameaux dans chaque lobule.
Un réseau capillaire leur succède, relativement riche, comme tous les réseaux glandulaires, figuré depuis longtemps par Kôluker (i8ü8)
chez le Lapin (en bouqueL). Püiirlanl, les mailles en sont assez larges. IvüHNE et Lea (i88'i) iont remarquer que, quelquefois, des centaines de cellules pancréatiques j)cuvent être sans rapport immédiat avec le sang. Sur les bords de la glande étalée en nappe entre les deux feuillets du mésentère, chez le Lapin, on voit de petits lobules foliacés entiers {/lynres île Ivüiime el Lea) proéminer en dehors des limites du réseau sanguin. Le plasma sanguin ne peut donc leur arriver que par imbibition sous forme de lymphe interstitielle. Dans la glande observée vivante cl en activité, ces auteurs notent encore des inégalités de circulation, l’existence d’une foule de petites anémies et hypérémies localisées. Dans les lobules à la phase d’excrétion, les vaisseaux sont dilatés, le sang a un cours très rapide, et reste rutilant jusque dans les veines. A la phase d'élaboration, le courant sanguin est lent, les vaisseaux resserrés : les veines sont remplies de sang noir.
Claude Bekxahu avait déjà montre (i856) : qu’au repos la glande reçoit peu de sang et reste jaunâtre, qu’en activité elle se congestionne et devient rosée. 11 en donne deu.v belles planches comparatives chez le Chien.
Au niveau des îlots de Langerhans enfin, les capillaires sanguins deviennent plus nombreux, plus laiges, et se glomérulent d une façon spéciale que nous avons déjà étudiée (Ch. xiii). C est la principale particularité de l’appareil vasculaire dans le pancréas (Rexaùt. Ivühxe et
Lea, Pexsa, etc.).
Pexsa (190/i) signale quelques particularités propres à diflérents groupes. Chez les Poissons (Anguille particulièrement), les mailles du réseau capillaire seraient larges, polygonales, régulières. Chez les Reptiles et les Oiseaux, elles le seraient bien moins, s’allongeraient, montreraient, comme l’a dit déjà Rexaut (Oiseau.x), tendance a courir parallèlement aux longs tubes sécréteurs (i); les capillaires seraient généralement très fins... Il fait exception pour le Vanneau (^Vanelliis). Chez les Mammifères, le réseau est plus riche qu’en toutes les autres classes, surtout chez les Carnivores, et à mailles polygonales ou arrondies. Chez les Rongeurs, les capillaires sont relativement plus lins et les mailles plus larges. Chez le Hérisson, ils sont plutôt entrelaces et repliés que fréquemment anastomosés.
Les veines ont quelquefois un trajet indépendant, la plupart suivent pourtant les artères dans leur distribution (hvprEv, Ioxkoi^e), une
Sa richesse, relative seulement.
Capillaires des îlots.
Particularités
du
réseau capillaire dans les
dilïérentes espèces d’après Pe.nsa.
Veines
(I) Eu certains points, chez la Couleuvre, nous trouvons, en ell'et, des amas de ces tubes assez régulièrement jtarallèles sur d’assez grandes longueurs.
seule veine accompagnant en général chaque vaisseau artériel, hiles aboutissent a la splénique, aux deux mésaraïques. quelques-unes au tronc porte lui-même.
Lymphatiques.