‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 10 sur 84 · PRÉFACE XXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXVII

peuples novices que l'exploitation par des Compagnies à privilèges. C'est pourquoi les défaites allemandes se succédaient. La grande expédition de Zelewski dansl'Est-Africain l'ut dispersée et massacrée presque en entier, y compris son chef, en 1891. Grafenreuth périt au Cameroun, en donnant l'assaut à Buca, la même année. Biilow fut battu au Kilimandjaro en 1892. On continuait donc d'incriminer Caprivi. On reprochait au baron de Soden, gouverneur de l'Est-Africain, sa faiblesse. C'est l'inexpérience allemande qu'il aurait fallu accuser; et l'on s'apercevait enfin combien cette « méthode française » de colonisation, dont Bismarck avait parlé avec hauteur, suppose d'intelligence, de tact et d'énergie. Mais l'armée allemande se faisait la main, au loin, pour d'autres sévices. Il n'y a peut-être jamais eu de l)rutalité comparable à celle de cette soldatesque coloniale allemande. C'est peu que les troupes coloniales fussent insubordonnées devant les gouverneurs civils. Les officiers allemands méconnaissaient le droit le plus élémentaire. Au Cameroun, la troupe noire allemande était composée d'esclaves <[u'on avait achetés, par un contrat en règle, dans le Dahomey voisin; et les hommes se mutinaient parce ([u'on refusait de les payer avant qu'ils eussent gagné leur prix de vente. Dans toutes les colonies, fonctionnaires et officiers jouaient du revolver, sous les plus futiles prétextes, « pour intimider cette canaille », disait Cari Peters. Au Cameroun, la bastonnade jusqu'au sang était donnée aux femmes des tirailleurs. Le i'onctionnaire Leist tirait de prison pour ses fantaisies privées des femmes noires,

XXVm LE PANGERMAXISME COLONIAL

jj:ardées en otages: crime qui, en Allemagne, vaut cinq ans de réclusion. 11 infligeait la torture du fouet à de simples prévenus. Le capitaine Kannenberg lit fustiger à mort des nègres qui ne se prêtaient pas arec une suffisante complaisance à ses études de philologie. Le prince d'Arenberg abattit d'un coup de feu un indigène coupable de ne pas lui avoir fourni des femmes en nombre suffisant ; et comme il râlait encore, il lui enfonça dans le crâne sa baguette de fusil. L'assassin, condamné à mort, fut gracié.

Nous appellerons pangermanistes les hommes qui ont pris la défense de ces méthodes inhumaines, par où s'est obscurci chez les militaires allemands le sens de l'honneur, et qui ont préparé dans les milieux civils la cynique impassibilité avec laquelle ils assistent à tous les massacres d'Arménie, de Macédoine, de l'Afrique occidentale du Sud ou de Belgique, pourvu qu'il cil résulte un [irolit pour l'Allemagne, (^arl Peters avait, « dans son énergie d'action impétueuse, défié insolemment toutes les maximes morales de l'Klat et de la société ». Friedrich Lange n'en disconvenait pas, mais il refusait de dénoncer les crimes dont on l'avait averti, deux ans avant que Bebel en eût connaissance; et ce sont les socialiates qu'il accusa d' « une hypocrisie poussée jusqu'à l'inconvenance », quaiul, du haut i\v la tribune du Reichstag, ils informaieni le peuple allemand de tous les crimes commis en sou nom. L' « indignation contre l'africanite » parait à un ♦pangermanisie un(^ atlituch' siuudée, dont le mobih" vrai est de a mettre systématiquement des

Page 1