‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 11 sur 84 · PREFACE XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXIX

entraves à l'énergie des pionniers coloniaux * do l'Allemagne (i). « La passion guerrière ne va pas sans crimes, » disait autrefois le général prussien von Hartmann; et la grandeur militaire suppose la passion. De même, si l'énergie coloniale fait commettre des crimes, il n'est pas un de ces crimes que le pangermanisme n'absolve, par souci de lucre et par besoin de domination.

Parfois, pour éviter d'être complice dans de trop compromettants scandales, l'Allemagne officielle contrôlait ces impatients pionniers. Gela causait de nouveaux mécontentements. On avait réussi à améliorer le recrutement des gouverneurs coloniaux. Les officiers coloniaux subissaient avec impatience les ordres des gouv(;rneurs civils même les meilleurs. La direction du ministère des Colonies les tenait en tutelle. Lange multiplie les anecdotes savoureuses sur la façon dont on administrait l'Est-Africain allemand. La lourde machine du militarisme et de la bureaucralie allemande, préparée à merveille pour l'etrort continental européen, refusait le service dès qu'il abordait les diflicultés diverses d'une action en pays lointain et neuf (2). Un dilemme redoutable était ainsi posé à l'Allemagne. Pour des raisons de prestige et d'économie politique, une minorité allemande énergique poussait impétueusement aux con- (piètes coloniales. Pourtant, tout le mécanisme de l'Empire allemand, trop serré dans tous ses écrous,

(Il Friedrich Lange, Reines DeiUschtnm, /|" éd., 1904, p. 280, 2<Si, aH5.

2! Voir plus bas, p. 61-65, les plaintes de Friedrich Lange.

toute la discipline allemande tatillonne, entravaient les libres initiatives nécessaires. Il (allait une longue lutte où, inévitablement, l'avantage allait appartenir aux partis énergiques.

Dix années s'étaient écoulées dans cet ap[)rentissage. Les explorateurs allemands témoignaient de cette audace encombrante, qui est le moindre défaut (lu peuple allemand depuis 18^0. Il fallut, au Cameroun, prendre des précautions pour em[)ècher l'enchevêtrement redoutable des explorations françaises et anglaises. Quand le Gouvernement allenuind osait se montrer conciliant, on le bafouait. Ce fut une exi)losiun de haine et de colère, en i8t)4. dans la Ligne pang-ermaniste alors nouvelle, quand on sut le règlement de la convention franco-allemande du Cameroun. Par 9" de latitude, celle convention enfonçait un coin profond de pénétration française dans le (Cameroun allemand. La régularisation laissait presque toutes les terres litigieuses à la France, qui gardait tout l'entre-deux entre la Sanglia et rOubanghi. la rive droite du Chari, le Baghirmi, l'accès tlu Tchad, (^ue l'Allemagne perdit l'accès du Soudan central, quelle ne fût pas maîtresse de rOuadaï, ouvert autrefois par Vogel et Nachtigall ; «|iic la France maiuliul le passage entre ses possessions du (^ongo et rAfri(iue du Nord, voilà ce que les pangernianistes ne pardonnaient pas. Couper les connnunicalions entre le (]ongo française! l'Algérie, c'était donc là l'ambition de ces explorations allemandes ({ui «'uccrciaienl le Tchad. La convention de lH^y^ y mil bon ordre; mais le (iouvernemenl allemuud avait d'autres espoirs.

PUKFACE XXXI

La grande espéiaiice, dont le iiaufrag:e a laissé inconsolables tous les Allemands, le pays et le Gouvernement, est celle qu'ils avaient fondée sur le Transvaal. Depuis i85o, la question se posait. Il y avait eu, en 1877, une tentative angolaise d'annexer la république Iransvaalienne. La bataille de Majouba-Hill, oil imc colonne an,u:laise l'ut défaite, décida Glatlstone à renoncer à celte polilique. Le président Krûger, en 1884, avait obtenu un traité en bonne forme qui garantissait l'indépendance de la République et réservait seulement à la reine d'Angleterre, le di-oit de s'opposer, dans les six mois, aux traités conclus par le Transvaal avec d'autres puissances. Concession grave évidemment, et ([ui équivalait à une tleniivassalité. Kriiger essaya d'en sortir. Il nouait l'alliance avec rOrange. Il faisait construire le cliemin de fer de Pretoria à Louren^o-Marquez. Il cherchait à desserrer rélreinte anglaise et, pour y parvenir, s'appuya sur la diplomatie allemande. Aussitôt les pangernianistes comprirent que « le germanisme de l'Afrique du Sud voulait se rattacher à l'Empire allemand (i) », Ktait-ce exact ? Pour échapper à l'annexion anglaise, le Transvaal allait-il se jeter dans les bras de l'Allemagne? De bruyantes manifestations augmentèrent les inquiétudes de l'Angleterre. La fétc de l'empereur allemand, le 27 janvier 1896, fut célébrée à Pretoria avec une solennité inaccoutumée. Le consul général d'Allemagne toasta avec emphase :

Il J'espère, dit-il, que le président Krûg'er sail à présent que rAUeinajifiie est une amie sûre. »

(i) Zwanzi^ Jàhre alUlentscher Kaempfe iiiul Arbeit, 1911, p. 717.

L'ambassadeur britannique à Berlin l'ut chargé de protester contre cette attitude. Marschall vonBieberstein répondit que <■< l'Allemagne protégeait tous les intérêts rattachés à la construction du ciiemin de fer de Delagoa, et tous ses intérêts commerciaux au Transvaal ». L'ambassadeur anglais de repartir que Jameson, président de la Société anglaise du Sud- Africain, ne poursuivait qu' « un rattachement économique des républiques bocres » à la colonie anglaise : « C'est précisément un Ici rattachement, répliquci von Marschall, qui est contraire aux intérêts allemands. »

Ainsi se heurtaient pour la première fois les prétentions rivales de l'Angleterre et de l'Allçmagne. L'Kinpire allemand, qui n'avait pas rtHissi à couper le Congo français de l'Algérie, s'évertuait maintenant à couper du Nord africain la colonie anglaise du Cap. Déjà les plus audacieux journaux pangermanistes traçaient le plan d'une expansion allemtmde qui rattacherait le Transvaal et l'Orange aux colonies allemandes de l'Ouest et de l'Est africains. « Une Afri(iue du Sud aux mains de l'AnglcIcrre contrecarrerait tous les intérêts de rAllemagnc, » a écrit le comte Heventlow (i). Mais la visée i\c l'Allemagne était de faii'(> de rAfri(juc du Sud un territoire allemand, (|ui eut englobé commercialemenl d'abord, et politi(}ucment ensuite, les républiques boëres.

Le conllit transvaalien couva longtemps. L'Empire allemand maintenait des forces maritimes à la baie

II) Krnst zu RiivuNTi.ow, Dentsrlilands ansivnrtif^e l'oUdl:, i<)i4.

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