XXIV LK PANGEKMAMSMK COLONIAL
été, à de certaines époques, d'une utilité extraordinaire. I^ civilisation humaine n'est pas separable de la colonisation : les colonies grecques, les colonies fondées après la découverte de l'Amérique, le peuplement de l'Australie, tout cela ce sont de grandioses travaux de civilisation. »
Une fois les grands territoires de l'Amérique et de l'Australie' occupés, il ne voyait dans la rivalité coloniale, dans cette chasse oh l'on se dispute des lambeaux de brousse, des étendues de marécages, des empires de déserts pierreux, qu'une dernière convulsion d'un régime qui, dans la pléthore de sa production, n'arrive pas à couvrir les besoins élémentaires. Celte politique coloniale était « la danse macabre de la société bourgeoise ».
Ces trois partis additionnés, le progressiste, le centre, le parti socialiste, suflisaient, sinon à mettre en échec la politique coloniale de l'Empire, du moins à décourager les initiatives puissantes. L'intérêt des missions catholiques seules, dans l'Est- Africain et au Cameroun, décidait le vote du Centre et des conservateurs, l'ne cause tout humaine qu'on prétexta, l'abolition de la traite et de l'esclavage, galvanisa la bonne volonté du Reichstag durant la révolte de Boiijiri. C'est la situation qu'avait trotivée (^aprivi, (piaud il devint chancelier.
Il avait d'autres et graves préoccupations (jue celles d'un l'jupire colonial. Son premiei' souci était la guerre contre la Russie qu'il croyait proche, ('/était im vieux soldat (jui savait que la Prusse avait grandi par des guerres continentales. Le giand état-major de Herlin tenait pour urgentes des nu'sures contre le danger rusHc; et la meilleure mesure de défense,.
PIIKFACK XXV
dans la doctrine de l'état-major allemand, c'est l'offensive stratégique; la meilleure offensive stratégique, c'est la {guerre préventive. Il n'y a pas de militaire prussien qui ose se dérober à une opinion techniquement défendue par le grand étatmajor.
Jusqu'à quel point Gaprivi était-il sceptique sur la valenr des colonies nouvelles? Il avait besoin, pour sa politique extérieure, de l'appoint des voix progressistes. Leurs critiques venaient au-devant de ses propres scrupules. Dans les difficultés européennes qu'il prévoyait, les colonies allemandes étaient pour lui un gage utile qu'on pouvait céder en échange de quelque grave avantage continental. On a contesté qu'elles eussent pour lui une autre importance. Rien de plus injuste. Les colonialistes allemands et la Ligiie pangermaniste ontinuhi[)lié les attaques contre Gaprivi. Bismarck, dans sa i'etraite récente, ne man({ua pas de grommeler ([uand son successeur, le i'' janvier i8})o, siiirna le traité dit de Helgoland. On n'y trouve pas, à y regarder de près après vingt-six ans, les tares que lui reprochait Bismarck. Il paraît sur que l'Angleterre a souvent regretté d'avoir cédé cette position stratégique de Helgoland que Bismarck jugeait de valeur contestable. A coup sur, l'Allemagne sacrifiait Zanzibar, ^ le point le plus important de la côte d'Afrique », au dire de Bismarck, et où le commerce appartenait pour les trois quarts aux Allemands. Mais ces trois quarts, quel chillVe représentaient-ils? On sacrifiait le sultanat de ^^itou, que des Allemands avaient conijuis par les armes. Mais de quelle étendue n'était pas V hinterland y partielle-
ment conquis, partiellement à conquérir, et dont l'Angleterre, en échange de Witou, déclarait désormais se désintéresser? Aucun pangermaniste aujourd'hui n'oserait déclarer, comme en 1890, que hi cession d'une sphère d'influence poussée jusqu'au ïanganika fût trop payée d'un « rocher de porphyre » en Europe, et d'mi petit sultanat africain non encore exploité. Comme la France aussitôt reconnut le traité, pour faire à son tour reconnaître ses prétentions sur Madagascar, c'est par cette convention de Zanzibar-Helgoland que l'Allemagne est devenue une puissance coloniale. On ne peut pas l'oublier, puiscpic l'administration coloiiiah* allemande, rattachée d'abord au ministère des affaires étrangères, en a été détachée durant cet été de 181)0, que les pangermanistes ont décrit comme désastreux pour les colonies. Rien pourtant ne servit. On a toujours objecté à Caprivi, comme malencontreuse, la pli case qu'il a prononcée en 1898, et qui décèle en réalité toute sa prudence :
" Le pire qui pourrait advenir, ce serait que quelqu'un s"avis{\l de nous faire cadeau <ie toute r.XlVitiue. ?s'ou.s avons assez, et surabondamment, de la part (pie nous avons reçue. »
Mais, dès lors, left impérialistes allemands eussent trouvé naturel (jue l' Allemagne re^ùt en cadeau « toute lAI'rique ».
Ces coloniaux forcenés étaient encore en niinorilé au I{ci(;hstag. Kt tous les ans le budget colonial, sans qu'on allai juscju'a^ le refuser, subissiiit les feux croisés de la crilicjuc progHîssiste v\ socialiste. La gestion directe par l'I^tat ne réussit pas mieux ai des