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ment français ne se prêta pas à l'aventure. Les Allemands, bien entendu, aussitôt firent semblant de croire que la France n'avait pas confiance dans sa Hotte. Ils ne peuvent comprendre qu'un pays se crée des instruments militaires sans l'intention de s'en servir pour une agression. La vérité est que la France se rendait conqite que, pour aboutir à Fachoda, il avait fallu plus d'une maladresse française. Dans le peuple anglais, momentanément enliévré de jingoïsme truculent, les Français ne cessaient pas de recoimaitre la grande nation libre, qu'il n'y avait aucune raison d'affaiblir pour asseoir plus fortement la domination militaire allemande. Est-il vrai que M. Delcassé fit déclarera Londres que « la France ne se connaissait qu'un seul ennemi >? Il eut en tout cas l'audace intelligente et le durable mérite de laisser entendre clairement que les deux plus vieilles puissances libérales de l'Europe, la France et l'Angleterre, ne pouvaient pas être ennemies. Et, du même coup, il préparait le rapprochement avec la brillante nation cadette du libéralisme européen, avec l'Italie. L'Allemagne au contraire, comme le faisait remarquer la Ligue panî>'erm(ini.ste, « se mettait au premier rang des ennemis de l'Angleterre (i) ». Celte situation s'était préparée vers la lin du ministère Marscliall von Hieberstein. Elle résultait avec nécessité de sa politique. Les conséquences n'en pouvaient plus être éludées, même par le brillant successeur (ju'on lui avait donné en octobre iSqj,
^i) Zivanzig Jahre alldeutscher Kae/npfe und Arbeit, i^ii, p. 170.
et qui fut le comte de Biïlow. C'est lui qui avait essayé vainemeut d'attirer la France dans l''orbite allemande ; et de son échec d'alors il avait gardé le plus secret, le plus durable ressentiment. Rien de plus tenace, de plus caché, de plus savant que la diplomatie de ce ministre.
En apparence, son activité se dispersait. En réalité, il assurait à l'expansion économique allemande des points d'appui multiples. En 1897, ^^ ^^^^ Kiao- Tschéou, pris à bail de la Chine pour quatre-vingtdix-neuf ans, et oîi l'on établit une ville luxueuse, une base navale de premier ordre, et toute l'installation industrielle nécessaire à ouvrir le Chantoung chinois. En 1898, ce fut le voyage de Guillaume II en Palestine, et tout le grand projet du Bagdad. En 1899, comme la guerre hispano-américaine avait privé l'Espagne de sa base la plus puissante au Pacifique, les Philippines, Biilow négocia avec elle l'achat des Mariannes et des Palaos. lui l'année 1900, il régla avec les Etats-Unis et l'Angleterre un partage définitif des iles Samoa, mettant lin à de vieux litiges qui auraient pu finir par des massacres. Ces conquêtes modestes étaient faites avec éclat. Elles faisaient pressentir des plans phis vastes, et des ambitions commerciales démesurées. Surtout elles mascpiaicnl h merveille la découvenuo allemande au Transvaal. Mais la politique allemaïuie jie fait pas de sentiment ; et quand, en novembre 1900, le vieux président Kriiger lit le tour d'Europe pour quémander tristement des syui|)alhies pour les répul)li(|ues aniu'xées, les étudiauls (h* Honu et la JJ^nc pani^crniunisti; sans doute allèrent le saluer 11 Co-
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logne; mais le ministre des Alïaircs, von Tschirschky, dès Cologne, vint le prévenir que Guillaume II, qui l'avait autrefois félicité par de retentissants télégrammes, quand il avait engagé la lutte, ne pouvait l'accueillir dès qu'il était vaincu. Ernst Hasse, le leader pangermaniste eut beau se plaindre au Reichstag : BiiloAV, devenu chancelier en octobre 1900, déclara du haut de la tribune qu'il était plein de sympathie pour la destinée tragique des Boërs, mais que des ovations au président Krïiger étaient des « démonstrations sans but » et que l'Allemagne n'avait pas la vocation de tirer « les marrons du feu pour autrui (i) ».
On peut dire <|ue de cette époque date le changement de la politique étrangère allemande. Depuis lors, elle est pangermaniste strictement. Un sociologue connu, Otto Amnion, tira la leçon des événements au Congrès pangermaniste de 1900 :
" Nous voulons faire elïbrt pour apprendre des Anglais : voilà qui est allemand... Qu'avons-nous à faire après notre " tape » sud-uiricainc? Uéponse : Nous avons à faire ce que lit la Prusse après OhnïHz... Nous taire et travailler... Il faut que rKnii)ire allemand se renforce sur mer, sans aUaihlir sa puissance sur terre... Notre faiblesse a littéralement provotpie la superhe des Anglais 121. »
Ce fut le plan exact de Biilow. Les plans que la Ligne pangermaniste portait à la tribune, plan de création d'une armée coloniale, accroissement de la Hotte, loi Delbriick, ont été réalisés par des actes successifs de la politique allemande. Parfois l'impé-
(i) BiELow, Discours nu Reichstag, 10 décembre 1900.
(a) Zwanzi^ Jahre alldeutsclier Kaempfe und Arbeit, 1911, p. 9-908.
tiiosité des leaders pangemianistes, dans la presse ou au Reichstag, créait des embarras au Gouvernement. Mais M. de Biilow n'a jamais méconnu le service essentiel que les pangermanistes lui rendaienf, et qui était d'entretenir dans le pays, trop somnolent à son gré, et parfois « lassé de colonialisme {A'olonialmude) », comme on Ta dit plus lard, l'agitation impérialiste, l.nc conviction se faisait jour dans le peuple allemand, et Biilow la portait à la tribune, en 1899 •
" Ou a dit qu'une lois par siècle uue oxplicatiou avait lieu, une grande liquidation, pour refaire le partage de l'influence, A\\ i)ouvoir et des possessions sur le jçlobe... Sommes-nous à la \"eili(' d'un nouveau partage de la terre? .le ne le crois pas. Je ne voudrais pas le croire. Mais nous ne jiouvons pas tolérer qu'une puissance étrangère, un Jupiter étranger, nous dise : « Que faire, hélas? Le monde est partaj^é... » Si les Anglais parlent d'une plua grande Angleterre, si les Français parlent d'une Nouvelle- France, si les Uusses s'ouvrent le Maroc, nous aussi nous avons droit à une n plus graiule Allemajîne » (i). 1
On peut dire (jiie Ions irs orages iliploiiiali(|iies, depuis it)oo, et le final déchaînement du calaelysme de guerre, sont dus à cette jalousie mégalomane de l'Allemagne préoccupée de se tailler sa part dans le monde, taiulis qu'un délire réel ou sinuiié de persécution lui faisait ajx'rccvoir des conjurations criminelles dans les plus U'giLimcs résistances dressées contre hou envahissante politique.
(11 DiTtuxiw, Discours au HcirhsLii^f, 11 dccciubrc i8()<,).
I'REFACE XXXIX