III. — l*<)iK<jUOI J. ALLEMAGNE VELT DES COLONIES
Lee causes pour lesquelles rAlloniagne a voulu des colonies ont en réalité été comprises de tous les peuples. Un Français d'une rare compétence, Paul Leroy-Beaulieu, disait, en iHç)o, dans un livre qui a lait école, qu'il ne « fallait pas voir d'un mauvais œil » le succès colonial des Allemands (i). C'est la pensée même qu'avaient exprimée en 1884 Charles Dilke et Gladstone.
Les raisons de l'ambition coloniale allemande étaient tout d'abord de prestii>;e et de sentiment. L'Allemagne unifiée se sentait un profond besoin de réparer les préjudices commis envers la pauvre Allemagne morcelée d'autrefois. Les Allemands ont toujours aimé les recherches historiques : ils découvraient ([ue l'ancienne Allemagne des empereurs espagnols avait laissé des vestiges glorieux jusque dans l'Amérique du Sud. Combien la carte du monde serait diU'érente, se thsaient-ils, si rAllemagne avait pu garder cet héritage de ses colons de la Renaissance !
Le "Venezuela, c'est étymologiquement la « petite Venise ». Mais des Allemands, au xvi" siècle, avaient aidé à le coloniser. Une puissante famille de commerçants d'Augsbourg, les Welser, avait obtenu de Charles-Quint un privilège commercial pour l'exploitation de la côte caraïbe, et, en iTyiH, eurent ordre
(i) V. plus bas, p. lO
de conquérir l'intérieur. Un Ambrosius Ehinger, un Hieronymus Sailler, un Hans Seissenhofer, un Georg Holiennut, de Spire, voilà les hommes qui, de 1528 à i538, ont poussé les premières explorations dans les forêts vierges au sud de Maracaïbo, à la recherche de l'Eldorado légendaire. Ils n'ont pas trouvé le pays de l'or. Ils ont péri tragiquement, de maladie ou, comme Philippe von Huttcn et le jeune Barthélémy Welser, dans des guets- apens espagnols. Mais ils ont découvert les grands bancs de perles de la côte et ouvert des voies commerciales qui ne se sont pjas refermées, même après la catastrophe des Welser, en i555 (i). Le Chili pareiHemeiit a connu d'abord des explorateurs allemands. Un lansquenet allemand a contribué à fonder, au xvi** siècle, Asuncion, capitale du Paraguay. Aux Etats-Unis, c'est au xvii" siècle qu'avait débarqué le principal contingent allemand : Germantown encore aujourd'hui commémore l'arrivée de ces Rhénans de Crefeld et du Palatinat, qui, après la propagande personnellement entreprise par William Penn, étaient venus en Pennsylvanie, Tannée i683. Les Allemands sont fermement convaincus que, sans l'appoint des paysans palatins, fixés en Pennsylvanie, en Géorgie, et qui accoururent en armes au secours de \VasIiingloii, les Etals-Unis n'auraient jamais contiuis rindépendauce.
Faits glorieux, mais qui font saigner le cœur de la nation des professeurs. Ia^s Allemands d'aujourd'hui
(i) V. Hantxhcii, iJcutsche Rciaendr ilrs scchiclintni .hilirhiinderlH, iHyâ. — K. ITakiii.I'.h, l)ir iilwrsrrischcn f'ntcnitluiitinifi'n dcr Wchirr, iyu5.