‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 17 sur 84 · XLII LE I'AXGEKMAMSME COLONIAL · texte numérisé non relu

XLII LE I'AXGEKMAMSME COLONIAL

revivre dans la liberté leurs villages du Brandebourg. Victoria, la Nouvelle-Galles- du-Sud, le Queensland, la Nouvelle-Zélande eurent leur contingent de fermiers et d'artisans allemands (i). Il paraissait dur de faire cette statistique des établissements allemands outre mer, et de se dire que l'Allemagne ne tirait aucun bénéfice politique de sa fécondité et du labeur' des siens. Des voix prudentes, oflicieuses, se faisaient entendre. Il fallait faire son deuil du préjudice subi par l'Allemagne au cours de sa pénible croissance. Il était imprudent de caresser des rêves d'annexion politique, même au Brésil, où la population allemande, groupée non loin des côtes, eût facilité un débarquement (2). Mais on était ^unanime à penser que l'Allemagne devait désormais « organiser son émigration », et la diriger sur des « colonies de peuplement ».

Ce programme était facile à définir, dans l'abstrait . Quand on louciiait à la réalité, on découvrait qu'il restait peu de colonies de j>euplement ouvertes à l'Allemagne, Ali)ert Schaeflle désignait les hauts plateaux du Kilimandjaro ou du Kénia, quelques parties du Congo nu'iidional. Encore le Congo, mis en valeur par les Belges, venait-il d'être neutralisé par une convention internai ionale. Le Maroc, exploré par des voyageurs allemands de haut mérite, et en dernier lieu par Theobald Fischer ('3), sem-

(i) V. Ilanilhiicli (tes Dciilschtiiins iin Aiishiiuie, (•dilt' par l'Ail genu'inc Srhnh'crcin zur ilrhnltnn^ ties Driilsrliliinis iin Aushindi-,

(a) V. plus bas les avertissements «Ji- U. Kniiiel, 39-43.

(3) V. le vtiBle rapport «le 'rJu-ultiiltl Kisflicr, dan» J'eteriiuiniis Mitlhfiltinffcn, iSSd.

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blait une terre de peuplement pour Européens, Mais il était défendu par un peuple nombreux et fanatique de dix millions de Berbères et d'Arabes belliqueux, ïl en coûterait une armée de loo.ooo hommes pour le con([uéi'ir. Le traité de Madrid, conclu en 1880, le protéi^eait ; et les jalousies vigilantes de l'Auii^lelerre, de la France, de l'Italie et de l'Espagne l'eussent défendu, même si elles ne s'étaient pas mises d'accord avec TAUemagne, en 1880, pour le réserver. Un fait cependant était certain: c'est que, le jour 011 commencerait le dépècement du Maroc, l'Allemagne demanderait à être de la curée.

En attendant, il y avait lieu de justilier les conquêtes faites ou encore à faii-e. Aucune, pas même Kiao-Tscliéou, qui promettait d'être une ville populeuse et industrielle, n'était une vraie colonie de peuplement pour le jour oii l'Allemagne déverserait de nouveau sur le monde l'excédent de ses naissances. A vrai dire, ce temps-là n'était plus et ne semblait [)as près de revenir. Avec rapidité, l'émigration allemande voyait ses chittres baisser. L'Allemagne expatriait 20.000 iiommes à peine, moins que la France, dans les dernières années. Une j>oiuilation immense grandissait dans l'Empire même. Or, la {)rospérité industrielle nouvelle, commencée vers i885, accrue prodigieusement surtout depuis 1' « année miraculeuse (anmis mirabilis) » de 1900, faisait vivre à l'aise les ()oo.ooo âmes qui s'ajoutaient annuellement à l'Empii-e. Toutefois, cet accroissemeni intérieur lui-même rendait indispenstdjle pour l'Allemagne la colonisation.

Les théoriciens allemands ont gémi durant loul le

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siècle passé en constatant la déperdition rapide du sentiment national chez les Allemands émitçrés (i). Une population d'origine allemande, installée aux Etats-Unis ou en Oceanic, au bout d'une génération se fond dans la population anglo-saxonne et fait concurrence à son pays d'origine, au lieu de lui apporter l'appui de ses sympathies. Conséquence inévitable de la faible personnalité politique des Allemands. Or, l'Empire allemand nouveau n'était pas d'humeur à laisser se perdre ainsi sa force d'expansion économique, comme l'Allemagne ancienne a laissé s'écouler sa population surabondante. Il réclame des colonies, parce qu'il n'y a pas de grande industrie, dans lés pays capitalistes actuels, qui puisse se contenter de son marché national. Sans doute, il y a le marclié européen, et, mieux encore, le marché mondial. Ne peut-on pas, en spécialisant les industries, réserver à chaque pays un immense rayon d'action? C'est qu'on n'est pas le maître de cette spécialisation. De rigoureuses conditions géologiques la prescrivent. Dans la civilisation industrielle moderne prédomine la métallurgie. CommenI empêcher une concurrence mortelle entre des pays qui, pour lutter sur le marché universel, conq>tent également sur leurs ressources en charbon et en fer? La prépondérance excessive des pays les pins riches métallurgiquement n'aurait-elle pas d'ailleurs des effets désastreux, surtout en cas de guerre? Il faut donc <pic nicme les pays les moins doués s'efforcent de tirer de leur sous-sol les ressources

{1} Voir jiliis Itiis, p. a3, af), 37, j.'i, y.'», 107,

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