‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 23 sur 84 · PREFACE LXXVII · texte numérisé non relu

PREFACE LXXVII

Il a lâché sa meute, quitte à être un peu abasourdi lui-même de ses aboiements. Il lui plaisait d'opposer aux diplomaties adverses l'énormité des réclamations publiques, pour se targ^uer de sa modération officielle. D'emblée Heinrich Class, le nouveau président de la Li^ae [uingermanisle, reprenait le protj^ramme de Theobald Fischer. Protectorat ou annexion, il fallait à l'AUemajj^ne un morceau du Maroc, et plus précisément tout l'Occident, de dimensions modérées, si le partag:e se bornait à créer des sphères de protectorats; le morceau devait être plus substantiel, si l'on en arrivait au dépècement. Tout le Souss et Marakech, toute la Chaouïa, de la côte à l'Atlas, voilà la part que réclamaient les panj2^ermanist('s, s'il y avail protectorat. Mais s'il y avait démembrement, il fallait davantage: il fallait la réi^-ion de Rabat jusqu'au cap Sebou, et tous les cols de l'Atlas qui menaceraient la France dans sa possession alj^éiienne.

Plan imprudent et ([ui dévoilait trop vite une trop iiupalienle avidité. Joachim von Hidow, un \ oyageup qui revenait du Maroc, avertit de ce danger l'opinion allemande. Il est de ces pangermanistes intelligents pour (pii une négociation politicpie n'a pas cessé d'être une allaire. Il faut n'y pas perdre son san^- froid. Le Souss, disait Joachim von Biilow, doit nous suffire en échange de la latitude que nous laisserons à la France de prendre tout le reste du Maroc. Cette revendication plaira à l'Europe par sa modestie; et elle a l'avantage inappréciable d'éviter une guerre. Ce reste du Maroc, où la France dépensera son sang et son argent à Ilots, ne reviendra-t-il

LXXVIII LE PAXGER^IAXISME COLONIAL

pas à l'Allemagne tout de même, si elle sait attendre? Il faut des bras noml)reux pour mettre en valeur une conquête d'une telle étendue. La natalité française n'y suffit pas. Un jour le Souss fourmillera d'une population de roiighriders allemands, planteurs belliqueux, robustes trappeurs, qui s'infiltreront au Maroc français par bandes successives. Il faudra bien alors que la France, pauvre de bras, fasse appel à la main-d'œuvre allemande. Les fameuses lois sur la nationalité des Allemands établis à l'étranger maintiendront dans le droit de cité allemand ces emigrants, et le Maroc tombera comme un fruit nmr aux mains de l'Allemagne. Ou bien encore le Maroc français restera stérile, parce qu'il y manquera la jeunesse masculine que la France ne peut plus fournir (i); et la République, dans sa décrépitude, sera trop heureuse de céder à bon compte une colonie dépeuplée, onéreuse à son budget défaillant.

La discussion entre les pangermanistes n'est pas de savoir si on vivra en bons termes avec la France, par une entente équitable. Elle est de tomber d'accord sur les termes qu'on imposera à la France. Qu'on la fasse reculer, qu'on la dépouille, c'est ce qui ne fait |>as de doute. Mais est-il bon d'user de patience ou faut-il un chantage immédiat, appuyé par la force? Joacinm von Hiilow est pour la patience ; Class pour le chantage. Il était naturel alors {juun pangermani^te tel que Maxirjiilien Harden, habitué aux elfets d'une rhétorique truculente, mullipliAt les surenchères de son batelagc paradoxal. .\ son habitude,

(i) V. plus bas, p. 140, sq.

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