‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 24 sur 84 · PREFACE LXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE LXXIX

il tâcha de bafouer les gouvernants pour arracher à leur susceptibilité blessée des décisions irréparables. « Un Empire, s'écriait-il, qui peut mettre cinq millions d'hommes sur pied ne songe pas à des « lambeaux d'accommodements », à des « compensations » ridicules. » Il parle en maître. II olFre à la France le Maroc, mais à la condition qu'elle accepte l'alliance allemande et la guerre prochaine contre l'Angleterre aux côtés de l'Allemagne. En cas de refus, l'Allemagne se doit de prendre tout le Maroc, avec l'Algérie en plus, s'il le faut, et Toulon et l'Abyssinie, par-dessus le marché. Il faut avoir vu en Allemagne, en 191 1, la surexcitation que produisaient dans la jeunesse ces proses frénétiques :

<i A-t-on dit à l'Angleterre, sur un ton de politesse digne, •ce que l'Allemagne voulait (i)? >»

Ainsi « l'Allemagne », pour Harden, c'était la Zukuuft; c'étaient ces groupements libéraux du capitalisme de proie, dont Harden est l'interprète, et (jui ne se satisfaisaient pas du Congo ajouté à l'Empire allemand. Aussi l'opinion allemande ne comprit-elle pas que ces choses pouvaient se passer une fois, et non deux. Elle ne saisit pas les raisons pour lesquelles M. de AVolif-Metternich finit par être éeonduit, même par la longanimité de M. As(|uith ; ni pourquoi le plus pacifique des ministres qu'il y ait eus jamais au pouvoir, M. Lloyd George, avait dû prononcer l'avertissement solennel et sage, par lequel l'Angleterre demandait à ne pas être exclue

(i) V. plus bas, p. 287.

du règleiuenl des affaires africaines. La presse, que le Gouvernement avait déchaînée, commençait déjà à le déborder. M. de Kiderlen-Waechter combattit tout juste, à la tribune du Reichstag, mi projet singulier émis par Heinrich Class qui demandait à la France non seulement le Maroc occidental, mais le département du Rhône, avec Lyon. Après quoi, Kiderlen, laissa dire. Sans approuver tous ces projets de délire, il comptait tirer parti du fanatisme national éveillé désormais et à qui l'on pouvait désigner des uns plus amples qu'il gardait secrètes.

Il faut admirer la méthode de la diplomatie allejuaude. Entre les publications pan germanistes qui précèdent l'avènement de M. de Hiilow et celles qui le suivent, il y a une différence de qualité, tout à l'avantage des dernières. On les sent mieux dirigées, par une main plus experte. Les voyageurs impérialistes qui ont fait le voyage d'Asie Mineure dans le sillage de (iuillanmo TI (i<S})8), ne réclament plus brutalement « l'héritage de la Tunpiie », comme les pangennanistes d'avant lui. On procéda comme pour le Maroc, mais encore plus tôt. Le discours de Damas (8 novembre 189H) (i) qui avait promis l'amitié durable de l'empereur allemand « au sidtan cl aux trois <;ent millions de mahométans épars sur le globe », est le parallèle anticipé du discours de Tanger. La couipiéte de la Turquie est peut-être le plan

II) On le Iroiivrrji dims nod-c l',iiii:iriiiitiiisiiif ciniliiifithil HuitH (iiiitlaitmi' II, p. «jj.

PRKFACK LXXXI

lointain de l'Allemagne, son plan occulte, qu'elle a soin provisoirement de dissimuler. Ce ne peut pas être son pian immédiat. Plus les théoriciens pangermanistcs sont voisins du (iouvernemenl, plus leurs allégations sont donc prudentes. Est-il vrai seulement que l'Asie Mineure et la Mésopotamie puissent lourjiir une colonie de peuplement? Un Albreclit Wirtli veut prolonger jusque-là cette grande coulée du peuple allemand, qui doit recouvrir d'abord la Hongrie et la Péninsule balkanique. Les agrariens conservateurs, craignant la concurrence du blé que sèmera le paysan allemand établi en Anatolie, s'y opposent. La haute banque allemande et la métalliirgi(; allemande, intéressées au liagdad, n'ont pas souci d'une colonisation paysanne d'un médiocre rendement financier cl qui froisserait la Turquie, quémandeuse d'emprunts à forts intérêts et bonne achcleuse de matériel de guerre. De tout cela, Wirtli a peut-être raison de se plaindre. On peut lui objecter que cette indifiérence de la linance et de la métallurgie allemandes n'existe que dans son imaginalion impatiente.

Friedrich Naumann, chef du parti national-social ([ui s'est fondu depuis dans la gauche du Deutscli- FreLsinn, est mieux renseigné. Il sait déjà que l'Allemagnc ne doit pas songer à absorber la Turquie par le peuplement en masse ou par la conquête :

« Nul liomme, ilisait-il, iic deiuaiidera que les petits coups <lu jeu (l't'ohecs des diploinales .soient imiuédiatement afïicliés sur tous les nmrs (i). • •

Mais ce n'est pas à tort cpi'il se croit initié aux

(i) V. plus bas, p. i8r>

IJCXXII LE PANGERMANISME COIOMM,

lignes directrices générales de la politique étrangère allemande. La Turquie est mieux qu'une colonie de peuplement : un débouché pour l'industrie allemande. On y peut jeter en foule les techniciens allemands. J.e pays du Tigre et de l'Euphrate à irriguer, le désert à fertiliser, les méthodes de culture nouvelle à y introduire, quel champ d'expérience atlmircdde pour les agronomes de toute une génération ! Le liagdad à construire, avec des ramitications vers le Caucase, la Perse et la Méditerranée, que de tonnes de rail et de matériel pour les usines westphaliennes ! Sans compter TAdministration tur(|uc entière à réformer, depuis la gendarmerie jusqu'aux finances, et l'armée turque qui est un vieux fief des ofliciers de l'état-major allemand. L'alliance turque est ainsi un vieux fi'agment de l'héritage français que l'Allemagne avait négligé de recueillir depuis Sedan ef qu'elh' sauia mettre mieux en valeur (jue la France. Klle consolidera économiquement la Turquie pour la forliflei' militairement. Voilà un programme fait à souhait pour séduire la Jemie 'Purcpiic militaire, après la vieille Turquie d'Ahdul-Hamid. Pas assez subtil pourtant pour que l'arrière-pensw germanique ne finisse par se déceler. i*ar la Tuwpiie d'Europe et d'Asie, c'est la Méditerranée que vise le parti ualional-social :

" Octlc vieille nier A'erra encore l)ieii «les choses. ■>

Elle verra, pense \atnnann. les .MhMuands maîtres de toutes ses rives et installés en Asie Mineui-e. Nous avons trop de princes, disait autrefois Paul de Lagarde, {\\\\ voulait en faire présent aux nationa-

l»REFA<:i: LXXXIII

lités de r Autriche-Hoiiti:rie. Nous avons trop de lioboreaiiv d'Ost-l^Jlbie, s'écrie Naumanii : qu'ils aillent prati(iuci' aux dépens des Turcs !'« absolutisme patriarcal ferme et rijçide » dont commence à murmurer rAllemai^ne du continent. Et tout le monde sera content, la Turquie et l'Allemaj^ne.

Il en coûtera lliostilité de TAugleterre, et siins doute la jçuerrc anglo-allemande à bref délai. C'esl l>ien ce que peiuse aussi, tout pi*ès de Naumann, un autre libéral impérialiste, Paul Rohrbach. Mais, tandis que Naumann en prend son parti j^aillardemenl, Uohrbacli, qui est un des hauls fonctionnaires du ministère des (ilolonies, ruse et j^rétend négocier. Sans doute la « pénétration paeifupie est de mise » en Tur<[uie d'Asie. Il faut inlensilier la culture dans la Mésopotamie, en Babylonie, en Cilicie, mais il faut sui'tout imprégner la Turquie de culture allemande, en faire la « couipiète morale ». Ce Balte subtil se mélie de la gaucherie de l'apostolat panyermanisle et de la lourde main des fonclionnaiirs allemands :

" [*ar leur alliaiu-c avec nous, les Turcs Tout inaiutenaiit l'expéric'nce de l'aveuir florissant qui les attend... Nous nous «garderons de nous poser vis-à-vl.s d'eux en maîtres el en protecteurs, IS^tus serons leurs amis el leurs éducateurs (i). »

Cond)inaison, hélas! cousue du lil noir et blanc de la subtilité prussienne. La politique est, pour Rohrbach comme pour tous les Allemands, une forme de la guerre, sans quoi la guerre ne pourrait pas être,

I A', jtliis has, p. 2()L>.

LXXXIV LE rAN(;ERM-\JS'lSMK COI.OXIAL

selon Clausewitz, un « prolongement de la politique ». Faire du rapprochement de peuple à peuple, tïït-ce par des écoles, par des relations industrielles, c'est dans cette méthode allemande préparer de communes opérations militaires (i). Si l'Allemagne veut donner à la Turquie d'Asie une solidité linancière et administrative moderne, que le khalifat, obstiné dans un retard médiéval, n'a jamais pu lui donner, c'est qu'elle a besoin de l'armée turque pour la jeter sur le point vulnérable de l'Empire anglaisqui est en Egypte.

Ainsi se soudent les plans coloniaux du pangermanisme à ses plans en Europe (2). L'organisation germanique des Balkans, Rohrbacîh veut qu'elle se ramiiie jusqu'en Perse et jusqu'aux cataractes du Nil. (Test un service que l'Allemagne rend au monde. Car le monde court un danger redoutable, tlont il ne s'aperçoit pas. Ce danger réside dans un Empire colonial anglais qui irait de l'Atlantique au Pacifique, si les nations le laissaient croître. L'Afrique orientale allemande et l'Abyssinie seules séparent le (]ap du ('aire. L'Arabie et la Mésopotamie seules s'interposent entre l'Egypte et l'Inde; car déjà la Perse du Sud est virtuellement anglaise. Sans l'Allemagne vigilante, l'Europe assisterait impassible îi la fermeture de la prodigieuse digue de Icrres anglaises qui va lui barrer eirculairemeni deux continents.

Si cette indiU'érencc est un indice certain et ancien

(1) V. pluM ba.s, |). a(k)(ii

(fl) V. Notre Pnnfferinani.siiif i miliiirnltil sniis liiiillaïunc II

p. Lxxiri.

PRKKACE LXXXV

de la déchéance européenne, l'Allemagne n'accepte pas d'y participer, car elle croit sa vigueur égale à celle des Anglo-Saxons. Elle a foi en Vidée allemande pour transformer le globe, h' Idée? Il faut bien entendre cette terminologie. Elle n'est pas l'analogue du langage employé par les Français quand ils parlent de faire « rayonner le génie français » sur le monde. L'Allemagne u'oderne est plus réaliste. Il ne s'agit pas d'étendre sur la planète la civilisation allemande ou sa quintessence, la Kidtiir. Il s'agit, « en tant que marchands et fabricants de transformer toujours de nouveaux pays, d'envoyer nos fils au loin >, de drainer les ressources du marché universel.

" !,(' lvi>(* aii<{lo-.s}».x<)tt f'sl-il destiné à lui seul à imposer su (lumiiialion aux parlies tlu inonde où les choses sont encore eu voie de déveioppenu'ul (i)? ■

(^elane sera pas dit. L'Allemagne songe, elle aussi, à mettre son empreinte sur la planète, pour tout l'avenir. Vidée allemande, c'est une forme moderne de ce que Paul de Lagarde appelait la religion en- Janlée par chaque peuple, et dans laquelle il cherche son lien avec l'ai )solu , c'est-à-dire ce ([ui fonde sa durée dans l'éternité, llohrbach croit à une conscience (jue les peiqdes ne prennent d'eux-mêmes avec plénitude <jue si une activité matérielle digne d'eux alimente et <;onsume leur énergie, dette activité exige de vastes ressources matérielles. Lagarde se contentait de la Péninsule balkanique et delà Hongrie prolongée jus-

,1 Voir plus lias, |). a^G.

LXXXVI LK PANOERMANISMK COl.OXI.VI.

qu'à la mer Noire. II faut beaucoup plus aux libéraux impérialistes qui sièg'ent au ministère des Colonies. Mais Qs ont appris le lanp:age du thancelier von liiilow. « Pas d'annexions. » discnl-ils ; el ils préconisent pour rAllcmagne un plan de peuplement du globe assez démesuré pour submerger des continents. « Pas de guerre, » ajoutent-ils; et ils préparent contre l'Kgypte l'assaut de la Tuixpiie réorganisée. Qui pouvait être dupe? A cela l'Allemagne repond : « C'est votre affaire. Croisse/ et multipliez comme nous. Soyez forts comme nous. Ce ne sera pas la guerre, si voug pliez devant ïi/lec allemande. Ce sera la guerre, non pas une fois, mais la triple guerre puni(iue, si vous osez résister; cl celle guerre trouvera sa décision en Orient. »

Il y avait un parti en Allemagne qui autrefois prétendait ne pas se compromettre dans cette commune avidité d'annexion et d'exploilalion : c'est le parti socialiste. Il était urgent de savoir on eu étaient ses décisions de princi[)e et sa piopagande. J'ai esquissé cette enquête autrefois (i). Je ta reprendrai à loisir. Cela n'ira pas sans soulever des protestations. Il n'importe. Il faudra dire |>ar (juclle série d'abdications des chefs incapables et liypociites ont mené au naufrage et h l'universel discrédit un des grands partis historiques sur les(piels comptait l'avenir du monde.

Il V. Action .\iiti(>nal(', iiiivt*iiiltrc cl diMM-iuhiT njia. lUviie S{)i'ialiMle, iimi uji'\: vl siiflniit Hwnr du Mois, aorti lyii.

PIIKFACK LXXXVII

Le seul point que doive toucliei* notre présente colleclion de textes, c'est de savoir quelle sorte d'aflinité existe entre les théoriciens colonialistes allemands et le pangermanisme. On ira au cœm» du sujet, si l'on va aux ouvrages de (ierhard Hildel)rand.

Il ne faudrait pas croire (jue cette (juestion du colonialisme socialiste ait surgi inopinément. Quelle apparence qu'une doctrine et un parti qui ont dans leurs antécédents la fondation owenite de New Harmony ou l'entreprise de Gabet au Texas, se soient désintéresses des ellorls de colonisation contemporaine!? Noske, dans un livre qui ne répond pas à son litre, a énuméré à tout le moins les manitestations parlementaires du parti socialiste allemand en matière coloniale depuis Bismarck! i ). Aie lire, on est lout de suite édilié. La démocratie bourgeoise et libre -échangiste de imance cobdénienne pouvait, par des raisons de princip<', se refuser à une politique coloniale d'annexions. Les partis socialistes ont pu adopter cette métliode du radicalisme anglais pour laquelle les liens de solidarité commerciale établis entre les nations sont d'autant plus bienfaisants qu'ils les enchaînent davantage. Mais (•(!tte attitude est dans le socialisme un pis aller, et on a vu que Wilhelm Liebknecht n'en disconvenait pas ('j).

Elle s'explique par la longue infécondité doctrinale (lu socialisme, de Marx à nos jours. Instinctivement

\i] CliisUv No9KB, KoloniaipoUtUi nnd Sozialdeniokratie, 1914. 2 V plus haul, p. XXIV.

la social-démocratie allemande allait à d'autres solutions :

<' Je ne suis nullement par principe un ennemi de la polili- (jue coloniale, s'écriait Kayser,à propos du l)udget des colonies pour 1887-88... Mais nous ne devons pas accorder de fonds avant que nous ne voyions se dessiner un succès et nu avantage pour la nation allemande. »

Le parti socialiste allemand vote contre la politique coloniale, tant qu'elle n'est pas sortie de l'ère du douloureux apprentissage oîi les sacrifices ne soni pas compensés par les conquêtes.

i< Une politique coloniale qui a peuplé et conquis pour le progrès de la civilisation des continents entiers, l'Amérique et l'Australie, voilà une polititpie coloniale que chacun approuvera (1). »

Wilhelm Liebknecht aurait voté les crédits s'il se fût agi pour l'Allemagne d'annexer des « continents entiers », mais les résidus, les déchets, « les balayures, dont personm; n'a voulu », voilà ce pom* quoi il refuse même un centime. Certes, si l'Allemagne avait mis la main sju' des ]>ays oii il aurait été possible de taire de « l'agiicullure curo|)éenne » ou de l'élevage intensif, comme le souhaitaient Hasenclever en i885 {1) ou Vollmar en 1891, personne, dès lors, n'eilt voté contre les colonies.

• Ce n'est pas, disait Vollmar, que je manque d'inlérci pour l'entreprise cpù consiste à ouvrir l'Afrlipie, ou de synipathie et de consiih-ration pour les liomuïes audacieux (pii la

il \S . LlKDKNiiciiT. I)i.S('<»urs im llciclislan', pour l'aciiuisilioii (les ll«»s cspaicnolrs il'alaos, Mariannes, Carolines), i8<)<). ai llAHi{N<:i.ii\ i:i(. Discours au l<ei<-li.staf(, le '..'u janvier iSS,').

puéfac:e lxxxix

servent. Au contraire... je no combats nullement la colonisalion en elle-même (i). »

VoUmar était choqué de voir les conquistadures allemands se jeter dans des steppes sans eaux, dans de lugubres solitudes. Wilhelm Liebknecht se fût résigné, si du moins les colonies eussent fourni un débouché à l'industrie allemande. « Par maliieur les indigènes tout nus n'ont pas besoin de grand'chose (2). »

( )r, on découvrit peu à peu que les plateaux intérieurs de l'Afrique occidentale allemande avaient un climat tempéré et de bonnes terres. Alors Bei)eJ demanda à visiter le pays avec une commission du Reichstag. « Le résultat, disait-il, sera excellent (3). » Croit-on qu'à ses yeux le résultat « excellent » de ce voyage dispendieux dût être l'abandon de la colonie ? ()u'une étendue de terre assez vaste pour une ferme fût accordée gratis à chaque colon arrivant d'Allemagne, Bebel n'avait plus d'hésitation (4). Son indignation, comme celle d'un Albrechl Wirth, se dressai! plutôt contre les linanciers allemands, trop timorés pour riscpier des œuvres définitives :

«1 Si je voyai.s une entreprise aussi éminemment dirigée que la Deutsche liank se disposer à prendre part à de vastes expéditions économiques dans nos colonies, peut-être (étant donnée la grande confiance (jue m'inspire le directeur de la Deutsche lianh) je commencerais si sentir mes convictions

(0 VoLLMAH. Discours au Reichstag, li- 12 mai 1891 (21 Williehu Lii:rkmj»:ht. Discours pour le budget des colonies «le i8«)3-94.

(3) l^EHEL. Discours au Reichstag, le 2«( mars i8<)5. (4l Bkkki.. Discours du 21 mars uyai.

\< LE PANGERMjX-NISME COLOMAI.

passées s'ébranler, et je serais plus favorable aux colonies (|ue je ne l'ai été jusqii'ici (i). "

liel)el eût associé tranquillement la classe ouvrière allemande à de « vastes opérations » coloniales, si ces opérations avaient pu se faire de part à demi avec le capitalisme et laisser un bon pourboire pour le prolétariat. Non, certes, pour ces hommes, « il n'était pas en soi criminel, comme le disait Bebel, de l'aire de la politique coloniale (2) >.

Nous ne contestons pas les services rendus par le socialisme allemand. Les protestations contre les massacres africains, contre les bastonnades, contre la traite des iioirs, contre toutes les expéditions qui n'étaient que des occasions « d'expérimenter de nouveaux canons se chargeant par la culasse », sont toujours parties des ranjj^s socialistes. L'exhortation de mener avec humanité la g^uerre contre les Heréros est de Bebel. Mais il ne faudrait pas nous faire croire «pie la colonisation permise en droit socialiste, et qui consisterait à « ouvrir les pays neufs, à atii^mcuter et à améliorer les communications, à dévelo|)pcr les ressources naturelles, à élever le niveau matériel et moral de la population, à stinudcr le commerce et les entreprises économicpies, à établir un certain <lei;r<'' de protection et de sécurité ('i)». serait essentiellement dillérente de ce qui est praticable dans le régime actuel. Les grandes décisions dogmatiques des (iongrès d' Amsterdam (i()02^ etde Stuttgart! 1907),

I liiuii:!.. Discours au ItclcIiNtug, l'j ft'-x . i<)<n). vj, Kkiiki.. DiMCuurH du t" <léc. t<)iiH. I'll VoM.MAii. Discours hm lieichsla^, !«• iS uinrs iH»)."».

l'UÉFACE XCI

<|iii demandent au parti socialiste internationaliste international de « s'opposer avec la dernière énergie à toute proposition impérialiste et protectionniste, à toute conquête coloniale et à toute dépense militaire pour les colonies », est une concession mensongère à de vieilles doctrines depuis longtemps trahies par lu prati(|ue parlementaire.

La piiase la plus récente de l'évolution socialiste en Allemagne avait révélé dans le parti une aile droite 1res nettement impérialiste, (ierliard Hildebrand n'en était pas le seul, mais seulement le plus audacieux représentant. I^es obstacles, auxquels se heurtait le scrupule d'un Hasenclever ou d'un Vollniar, d'un Wilhelm Liehknecht ou d'un Bebel, douze ans d'épanouissement industriel les avaient levés. Behel avait demandé des capitaux. Or, le capitalisme allemand tout entier avait l)esoin de se jeter sur des terres nouvelles. Hasenclever et Vollmar avaient demandé des colonies de peuplement pour les agriculteurs et les éleveurs. L'Afrique occidentale et l'Alrique orientale olFraient ces terres, et il les fallait seulement plus vastes. Liehknecht avait demandé des (léhouehés pour l'industrie de la métropole. Or, la métallurgie allemande trouvait à placer des rails et du matériel roulant par millions de tonnes, si on lui réservait le liagdad et les voies nouvelk'S de pénétration en Afri(|ue centrale.

('/est une difliculté dilferente qui arrête Gerhard Hildebraud. Si vastes que soient les territoires allemands encore en friche, ils ne sufllsent pas, même accrus du Congo français, à satisfaire l'ambition socialiste nouvelle. Il n'est ni convenable, dit Hil-

XCII LK I'ANGKHMANISMK f.OLONlAI,

debrand, ni coutbrmc à Toquite socialiste que I'Alleinag:ne, rapidement croissante, n'ait qu'un domaine colonial égal au ({uintuple de la métropole, quand la France en a un dix fois et la Grande- Bretagne un quatre-vingt-dix t'ois plus étendu ([iic leurs possessions européennes. Or, oii prendre les terres nécessaires, si ce n'est à la Belgique, trop petite pour mettre en valeur les siennes : au Portugal inerte, qui laisse sans utilisation son empire colonial vingt fois grand comme lui; à la France, riche, mais de natalité iunuobile? La répartition nouvelle du globe, dont avait parlé le prince de Billow, paraît donc nécessaire à Gerliard Hildebrand, pour des raisons de justice sociale. La prodigieuse croissance industrielle de T Allemagne exige des surfaces arables nouvelles. Des vivres et des matières premières sont indispensables pour nourrir et vêtir les multitudes germaniques agglomérées. Question de vie ou de mort, sans plus. On ne discute pas avec la mori ; on lâche d'y échapper. Si l'Europe résiste au projet de partage colonial qu'on lui olfre, c'est comme si elle jugulait l'Allemagne. Qu'on n'accuse pas l'Empire allemand de velléités belliqueuses. La France, la Belgique et le Portugal, si elles se laissent dépouiller, i>ar un traité en bonne forme, des terres sans lesquelles l'Allenuigne dans vingt-cincj ans serait alfanu'e, trouveront l'Allemagni' pacilique. Elles la trouveront toute disposée^ à entrer <lans une << imion <l()uanière occidenlale », <pii meltiail lin à lotis les conllils auti'es encore (|ue coloniaux. Sinon, c'est la guerre ; une guei're défensive nouvelle, oil l'Allenuigne sera obligée d'attacjuer

I'RKI "ACK XCm

pour vivre ; il n'y a pas un prolétaire allemand, s'il veut l'ascension de la classe ouvrière dans la civilisation, «[iii |)nisse désapprouver cette jçuerre (i).

On nous avait souvent tenu ce langage. Il n'étonnait pas chez Paul de Lagarde, chez Constantin Frantz et chez tous les impérialistes, de Bley à Alhrecht Wirth. Ou ne nous l'avait jamais donné pour du socialisme. Saisi d'un dernier scrupule, le parli socialiste allemand avait, au Congrès de CJjemnitz (u)i'2), exclu Gerhard Hildebrand. Cette mesure joignait une hypocrisie à une injustice. Ils étaient nombreux, les socialistes allemands qui pensaient conune Hildebrand. Dès 1912, plus de cent parhnicnlaires et conseillers municipaux parmi les plus notoires, commencèrent une campagne pour la réintégiation de l'enfant terrible qu'on avait frappé, parce qu'il était trop imprudemment sincère. En i()i4, le parti tout entier, se nu)uvant dun bloc dans le sens esquissé depuis longtemps par Bebcl et par VoUmar, réintégrait (ierhard Hildebrand. Les fa;ts, à défaut d'un aveu public qui n'est venu encore ni en Allemagne, ni en France, disent avec leur pesanteur massive, s'il a été injuste de parler (T <' un s/jcialisme impérialiste dans l'Allemagne conlemporaine ».

(i) rterluircl Mii.i>iciuiam>, So^ialistische Aui^ilundspolUili- (Polititiiic étraiiifcre socialiste), ujiï, p. 03.

XCIV LE PANGKUMANISME COLOXIAI.

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