IV. l'action Dli LA PROPAGANDE PANGKUMAMSTE
Un dernier docuiiieiit nous révèle peut-être le ra]v port entre la propagande pangernianiste et la diplomatie allemande. Quel est le sens exaet de celle brochure parue en I9i3, anonynienKmt, sous le titre iJeutsche WeltpoUtlU wid kein Krieg von ♦** {Politique mondialr allenmnde sans gucri-e). Brillanle brochure, pleine d'idées et de faits, qui propose une solution pacifupie à Ions les lilig^es en suspens. L'ai-je mal interprétée dans un précédent travail (i)? On attribue à ce petit volimie une origine très officieuse. Ai-je eu tort de prendre à la lettre les assurances paciliques dont il déi)orde ? Un pangermanisle notoii*e, le sociologue suédois Gustav F. Sttllen, de Stockholm, a formidé cette prudente maxime :
« Il n'y a pas do situalioii de la vie sociale oi'i uous soyons aussi ac-tiarnés — l'ilistoii-e en Uhuoigne — à. faire niystèi-e!, (le toutes sortes tie véritt's el à j>ropajîer toutes sortes de contre-vérités, ([ue dans une grande crise diplomatique <iui a ronduit à faii-e ('-clater la i,'uerre (2). »
Faiil-il penser (pie rinlention réelle de Dcuischc Wcllpo/Ui/, uruf hein Kiicg ne soit pas celle dont il se largue? L'auteur va au-devant des prédilections pangermanistes pour liismarck ; et c'esl une politique bismarckiemie <|ii'il consi'iUe à lAllemagne.
ij l.e l'aiiffrrmanisiiH', ses ftlaiis ilcx/Hinaion aUemamli- dans Ir //lo/u/c, cliex A. Colin, i<m5, p. 4*>. ^<|'
ai Ciiislav 1'". Sti:i I i;n, M'i'lthrifi- nnd /m/)<'r/Vï//.s»i»i.s, nji."), p. 174 îlraduit du su(-d()is par M<u-f^arrUH> I.angloldt).
PHKIACK XCV
Tous les plans contmeiitaux de Bismarck supposaient la neutralité russe. Or, la situation de l'AIlemajiçne restera toujours continentale, l^a politicpie allemande, pour g-arder ses coudéc^s franches an dehors, devi*a donc toujours s'elForcer de ne pas indisposer la I^ussie. Ses visées sont aujourd'hui par delà les mei's. Mais, puisque toute Hotte allemande doit défiler sous les canons de la flotte anglaise, n'est-il pas d'une imprudence toile, avec cette Russie méfiante à dos, de projeter justement les entreprises qui éveillent le plus les susceptibilités anglaises ?
Parmi les desseins impérialistes allemands, il y en a un qui a le privilège de froisser au plus haut point la Russie et l'Anii^leterre à la fois : c'est le projet qui consiste à coloniser l'Anatolie, la Mésopotamie cl la Babylonie. Car ces colonies allemandes, dans une Turquie militairement réorganisée mcnac<M'aient à la Ibis la Russie au (^auc^se, l'Angleterre en Kgyple et les deu.v puissances en Perse, (l'est pourtant ce piH)jet que caressent avant tout la diplomatie et la presse allemandes, depuis le voyage de (îuillaume II en Palestine.
Pour l'auteur de Ik'utschr Wc/tpiditi/r und kein KrLcg\ il faut revenir de cette folle idée. La Russie et l'Angleterre se calmeront, quand elles ne se croiront plus visées par des menées souterraines. Médiocres proies que l'Asie Mineure et la Mésopotamie, (l'est un étroit ruhan (h' terre que fertiliserait le tratie commercial le long d'une voie ferrée dénuée d'embranchements. L'Allemagne serait plus avisée d(> chercher ailleurs. l/Afrique centrale est toute
prête. Elle a de hauts plateaux habitables. Sans doute ils sont pour une part eu territoire beljïe. El les meilleurs ports, Mossamédès et Porto - Alexandre, sont portug^ais. Mais pour une eolonisation purement économique ne peut-on s'entendre avee le Portugal et la Heliçique? Il y aurait des débouchés pour la métalluriçie allemande : le Mozambique ne connaîtra la sécurité, sans laciuelle aucun commerce ne prospère, i[\ie le jour oii il sera sillonné de rails; et ces rails ne pourraient-ils être allemands? C'est une oflre à faire, qui ne serait pas nécessairement refusée. Il y ail rail des débouchés pour les capitaux allemands. Le Congo belge, si intelligemment géré» ne dispose pas cependant des avances de fonds que la petite métropole belge, riche, mais trop engagée ailleurs, ne peut fournir. N'est-ce pas à la banque allemande à prendre les devants?. Ainsi l'Afrique centrale est à concevoir comme un unique domaine économique. Or, l'AUemagne seide peut lui fournir ce qui lui fait défaut : des travailleurs, des directeurs commerciaux, des |)roduils mélallurgi(|ues et des capitaux, l^n chemin i\r fer qui traverserait tout le Mozambique, joindrail les grands lacs et, à travers le Congo belge, atliùndiail l;i ciMe de l'Angola, ferait la charpenle de ce vaste oiganisme commercial. Comment ne réussirait-on pas à transformer peu à peu l'indigène ; à relever, à intensilier l'agriculture et l'élevage? En dix ans, une bonne exploitation allemande se chargerait de faire raj>|)ort<M' à celte vaste région un milliard par an. La neutralité anglaise (^st promise déjà oflieiellemeni ii la Iribiine par sir Edward Grey. La Eranee n'est plus en cause. Dès lors, les bonnes-