‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 26 sur 84 · PREFACE XCVII · texte numérisé non relu

PREFACE XCVII

dispositions de la Russie, désintéressée dans ces régions éloignées d'elle, peuvent être tenues pour assurées. La paix de l'Europe et du monde ne sera pas mise en péril.

Admirable et ingénieux projet. Est-il machiavélique? Je persiste à ne pas le croire. Si je dois exprimer une conjecture très personnelle, plus ibndée, à mon sens, que d'autres hypothèses émises antérieurement (i), je dirai qu'il me parait émaner du prince Lichnowsky, ou de son entourage. L'Allemagne avait placé à Londres cet ambassadeilr sincèrement pacifique , homme de talent et de caractère, qu'elle a déshonoré. Elle l'a laissé faire auprès du Gouvernement britannique ces ouvertures qui demandaient du temps ; et ce temps, l'Allemagne le gagnait pour des préparatifs de guerre.

Il ne faut pas faire sans doute le prince Lichnowsky plus naïf qu'un autre diplomate allemand. Sans vouloir annexer présentement les colonies portugaises et belges, il a dû compter qu'elles s'infiltreraient vite d'une abondante population allemande, et que dans une génération elles se détacheraient toutes seules du Portugal et de la Belgique par le j^oids même des sympathies allemandes qui y auraient grandi. Une armée allemande, préparée à Dares-Salam ou à Swakopmund, et disposant de chemins de fer suffisants, empêcherait tout secours européen de secourir efficacement la Belgique et le Portugal lors de ce grand changement.' La veulerie

(i) On les trouvera dans noire notice plus bas, p. 288.

européenne ferait le reste. Mais trente ans gagnés sont un long laps de temps; et plus d'une modification pouvait se produire dans les idées internationales pour que l'intégrité politique des petites puissances ne fût pas compromise. L'Allemagne s'est impatientée devant les liésitations légitimes du gouvernement de Londres . Elles avait des plans continentaux qui exigeaient la reprise du plan colonial sur l'Asie Mineure. Il me paraît donc que Berlin a sacrifié son ambassadeur à L-ondres rempli de bonnes intentions. L'auteur de Deutsche WeltpoUtik und kein Krieg, comme le prince Lichnowsky, était défiant du pangermanisme :

« Les paagermanistes ont accueilli sans distinction les intérêts de la nationalité allemande, partout où il y en avait : en Autriche, en Suisse, aux provinces baltiques, dans les marches i)russicnne8 de l'Est, aux Etats-Unis, au Brésil, etc. Ils n'ont pas seulement voulu soutenir et fortifier le Deutschtwn à l'étranger. Ils ont espéré réunir ces fragments de la nationalité allemande épars au delà de nos frontières. Quelques pangermanistes ont voulu réunir la Hollande à l'Allemagne. Avec un enthousiasme passionné ils ont pris le parti des lioërs ; |et ({uand les idées nouvelles de politique mondiale montèrent à notre horizon politique, ils se tournèrent vers elles également. Pourtant, ils n'ont renoncé à aucune de leurs idées anciennes ; il s'est donc réuni dans leurs sphères d'idées des éléments tout à fait contraires. La Lig-ae pangermaniHtv n'a jamais atteint de résultat positif. Elle n'a jamais produit de chef d'une capacité politique réelle. Elle n'a jamais eoni|)ris que dans la foule des problèmes qu'elle posait i\ lu p<)liti(iu(' allemande, il fallait faire un choix et concenlnîr toutes les forces sur un but étroitement déliluitc II). »

(x) DrntHche WcUpnlUik und kein KrU'g, p. 5(».

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