PRÉFACE XCIX
Pourtant, cet impérialiste pacifique lui-même déclare : « Gomme excitateur, les pangermanistes ont rendu plus d'un service. » La question est précisément de savoir s'ils n'ont pas trop violemment excité l'opinion publique de l'Allemagne. Ils lui ont suggéré des plans délirants, mais qui, dans leur outrecuidance, avaient de l'unité. Le projet d'une Europe Centrale allant de Lille au golfe Persique, qui lui contesterait de la grandeur? Et de là, par l'Egypte, cette Europe germanisée n'atteindrait-elle pas l'Afrique Centrale que le prince Lichnowsky prétendait conquérir par des négociations pacifiques? Pour le délirant orgueil des pangermanistes le projet sur l'Afrique Centrale était donc mesquin. Ils ont préféré la guerre. Car la guerre heureuse permettait de réaliser le plan immense à aussi peu de frais que le plan restreint. Elle n'obligeait pas à faire un choix entre les problèmes, car la victoire les résolvait tous.
Une fois déterminée à la guerre, l'Allemagne était donc tout naturellement orientée vers le plan pangernianiste. Le kaiser, le kronprinz et les ministres étaient-ils tous, comme von Tirpitz, gagnés d'avance aux idées du pangermanisme? Cela importe peu, s'ils y ont été finalement entraînés et si la minorité des serviteurs clairvoyants, prudents et de cœur haut placé, tels que Lichnowsky, ont sombré dans la disgrâce impériale et dans la déconsidération publique. La Ligue pangernianiste aura pu redire avec raison, comme elle le fit pour tous les actes antérieurs de l'impérialisme allemand (projets sur la flotte, loi Delbriick, oppres-
sion de la Pologne, de l'Alsace-Lorraine et du Sleswig, projets sur le Maroc) :
« Nous avions préparé le terrain pour les projets manifestés en fin de compte par le Gouvernement allemand (i). »
Charles Andler.
(i) Conclusion dn Congrès pangermaniste de 1899 à propos des projets sur l'augmentation de la flotte.
LE PAINGERM4NISME COLONIAL