Attitude de Bismarck pendant la guerre de
Bismarck résista aiix chauvins allemands qui réclamaient l'annexion des colonies françaises.
Les succès obtenus dans la guerre contre la France donnèrent naturellement un nouvel aliment aux aspirations qui tendaient à l'acquisition de colonies appartenant en propre à l'Allemagne. Dès l'automne de i8;o, l'armateur brémois P. Uickmer^ rédigea un mémoire dans lequel il recommandait la prise de possession de la station navale française de Saigon, en Indo- Chine. Il ne se contenta pas d'adresser ce mémoire aux ministres, mais il le soumit également au Ueiclistag, en y joignant une pétition signée de 3i maisons de Brème, .\ de lîremerhaven, 3 de Berlin, de la Chambre de commerce de Gestemunde, des professeurs von Holt/endord" et A. G. Mosle. Il est vrai que le Reichstag, dans sa séance du 3o novembre, écarta cette pétition en passant purement et simplement à l'ordre du jour. Dans la Nationalzcitung du ao sei)tembre 1870, le voyageur bien connu dans la suite, ilrnst von Weber, de Dresile, ilemanda qu'on eulevAt à la France la Cochincbine, Tahiti, les îles Marquises et la Réunion. D'autres recommandèrent l'acquisition d'Alger et de Madagascar. Un anonyme proposa. dans une brochure parue à Berlin, en 1871, « Deutschlands Interessen in Ostasien » {Len intérêts de l Allemagne dans l'Asie orientale], de s'établir en Chine. Des voix diverses s'élevèrent en faveur de l'annexion «les îles Fidji, qui étaient alors inoccupées, et de l'acquisition de iNindichéry.
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ALFRED ZIMMERMANX 5
se vit aihené à faire déclarer publiquement dans la presse que la Confédération de l'Allemagne du Nord n'avait pas encore l'intention de fonder des colonies dans les mers étrangères. En particulier, il lit porter expressément à lu connaissance des Etats-Unis, où l'on observait avec méfiance ces manifestatioi)s de l'opinion publique en Allemagne, qu'il avait à cœur d'éviter tout ce qui jjourrait troubler éventuellement la bonne entente avec eux.
Cependant, ce flot de projets coloniaux en subit à peine une diminution. ' Inlassablement, on essayait par des journaux, dos revues et des brochures, île même que par des j)étitions adressées aux autorités, de créer un mouvement d'o[)ini(m j)our la prise de possession des colonies françaises, pour l'occupation de la Nouvelle-Guinée, des îles Fidji, de la Nouvelle-Calédonie, pour des entreprises au pays des Zoulous, sur les bords de la mer Rouge, à Tunis ou à Tripoli. Des aventuriers de toute sorte mirent en vente de prétendus titres ou droits de propriété sur des domaines coloniaux. Des savants et des négociants pi'écOnisèrent l'achat des PIiilipi)ines, de Surinam, voire même de la Nouvelle-Zélande. En 1871 également, on recommanda pour la première fois les îles Samoa, où la maison Godefroy de Hambourg était toute-puissante, comme colonie et territoire se prêtant à une station navale. Tout cela, il est vrai, sans résultat. Les dirigeants politiques de l'Allemagne préférèrent aux colonies l'Alsace-Lorraine et l'indemnité des milliards. A l'occasion des négociations de paix à Versailles, l'acquisition de Pondichéry fut encore débattue. D'après le récit de Poschingcr « Fùrst Bismarck als VolksAvirt », t. I, page G3. [Le prince de Bismarck économiste), le chancelier aurait répondu : « Je ne veux pas du tout de colonies. Elles ne sont bonnes que comme bureaux de placement... Toutes ces atl'aires coloniales seraient pour
nous comrae la fourrure de zibeline doublée de soie des tamiUes nobles polonaises qui n'ont pas de chemises. »
Ibid., p. 9-10.