‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 31 sur 84 · Conversion de Bismarck au colonialisme en · texte numérisé non relu

Conversion de Bismarck au colonialisme en

Bismarck se déclare partisau de colonies d'exploitation, avec conslituliou de grandes compagnies à monopole.

Dans la séance du Reichstag du liG juin 1884, Bismarck souligna une fois de plus expi*essément qu'il ne songeait pas à envoyer dans les colonies un certain nombre de fonctionnaires supérieurs ou subalternes, à créer îles garnisons, à construire des ports et des forts. « Mon intention, dit-il, approuvée jMir Sa Majesté, est tie laisser la resjKinsabilité du développement matériel des colonies et de leur création à l'activité ou à res])rit d'entreprise de nos concitoyens, tant armateurs que commerçants; de pixjcéder moins sous la forme d'une annexion à l'Empire allemand de pays d'outre-mer, que sous celle do chartes, dans le genre des « Royal Charters » anglaises, en m'appuyant sur la glorieuse carrière parcourue par les commerçants anglais ilejmis la fondation de la (iompagnie des Indes orientales; de remelti-e en même temps à ceux qui seraient intéi-essés aux colonies le gouvernement de celles-ci, dans ses lignes essentielles; de leur accorder simplement la possibilité d'une juridiction européenne iK>ur les Européens et l'appui que nous sommes à même de leur prêter sans garni.son ])cnManente. Ainsi donc, couime je me représente la chose, on aurait pour une colonie île ce genre un délégué de l'autorité impériale, sous le nom de consul ou de résident, qui connaîtrait des plaintes; )>i^is l'un (|uelconque de nos tribunaux ma-

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ritimes et commerciaux, soit à Brème, à Hambourg ou ailleurs, trancherait les litiges que pourraient faire naître les entreprises commerciales. Notre dessein n'est pas de fonder des provinces, mais des entreprises commei'ciales ; celles d'entre elles qui, parvenues à l'apogée de leur développement, auraient acquis leur autonomie avec l'investiture finale et permanente de rEm[)ire allemand — autonomie commerciale placée sous l'égide de celuici — seraient protégées dans leur libre épanouissement soit contre les attaques de leurs voisins immédiats, soit conti*e ropi)ression et les dommages qui leur viendraient d'autres puissances européennes.

« Nous espérons que l'arbre, grâce à l'aclivité des jardiniers qui le planteront, prospérera tlans son ensemble, sinon, c'est que la jilante ne vaut rien; alors, le préjudice atteindra moins l'Empire — car les dépenses demandées par nous sont de peu d'importiince — que les pi\)/noteurs eux-mèmès qui se seront trompés dans leurs entiv])rises. Voilà donc où est la dilfcrence : dans le système que j'ai ai)pelé le système français, le Gouvernement de la métropole prétend juger cliaque fois si rentrej>riseest bonne et ollre des chances de prospérité ; dans ce système-ci, nous laissons le choix au commerce, à l'homme privé; et si nous nous ai)ercevons que l'arbre prend racine, croit, ])rospère et demande l'appui de l'Empire, nous l'assistons; je ne vois pas que nous puissions, en bon droit, le lui refuser. »

Ibid., p. 70-71.

4. Bismarck rend le Reichstag- responsable des premiers déboires coloniaux de l'Allemagne (1886).

Dans l'ensemble, le développement des colonies d'Em pire, pendant les premiers temps, répondit fort peu aux

espérances qu'elles avaient éveillées. Le chancelier imputa cet écliec à la majorité du Reichstag qui était opposée aux entreprises coloniales.

Le i8 mars 1886, il fit à l'Union coloniale la communication suivante : « Vu l'attitude réservée que la majorité du Reichstag garde, jusqu'ici, vis-à-vis de nos aspirations coloniales, je ne suis pas à même d'accorder à l'esprit d'entreprise allemand le degré de jjrotection qui correspondrait à notre intérêt national. » Le 5 juin 1889, répondant à Fabri, au sujet de l'envoi de son ouvrage, Fïmf Jahre deutscher Kolonialpolitik (Cinq années de politique coloniale allemande), il lui écrivait : « Pour ce qui est de la question coloniale en général, il est regrettable qu'elle ait été conçue en Allemagne, dans son principe, comme une affaire de parti, et qu'au Reichstag le vote de crédits pour le? <cuvres coloniales ne cesse de rencontrer de l'opposition ou ne trouve une majorité que par complaisance surtout pour le Gouvernement et sous certaines conditions. Le Gouvernement impérial ne i)eut x>as, de sa propre impulsion, sortir de son programme primitif au sujet de la protection des entreprises d'outre-mer; il ne peut assumer la responsabilité d'organiser et de payer une administration à lui, avec un personnel considérable de fonctionnaires et des contingents de troupes, tant que l'opinion du Reichstag ne sera pas à ses côtés pour le seconder ou lappuyer et que l'importance nationale de colonies d'outre-mer ne sera 2)as suffisamment reconnue par tous ou favorisée par le capital et l'esprit d'entreprise commercial. »

Ibid., p. 143-14/;.

Kahl von STENGEL

Le baron Kajil von Stexgel est un haut fonctionnaire bavarois. 11 est né en iH^o, à l'eulendori", près Haniberg. 11 a étudié à Munich, et a débuté dans la magistrature. II est un des premiers magistrats allemands que l'annexion ait amenés en Alsace-Lorraine ; el il a été conseiller à la cour de Mulhouse et de Strasbourg de 1871 à 1881. Puis il passa dans l'enseignement du droit, enseigna aux L'niversilés de Hreslau, de 1881 à 1890, à Wiirzbourg et à Munich de 1890 à i8<)5. H est très décoré, très surcliargé de titres : il est conseiller secret auli(jue depuis 1908 ; conseiller secret réel depuis 1910.

Ces titres lui ont été accordés pour divers services, dont quelques-uns sont seienliliques. Bavarois, il à étudié en 1884 VOr<>-anis(itio/i de l'administration prnssienne (Organisation des jtrcnssisc/ien VerM'attung-). A celle étude, il a ajouté un Traité de /'administration allemande {Lehrhnch der dentschen Ver^KHdtnn^, i88()); un traité sur le Droit public du royaume de Prusse [Staats/-evht des Kônig-reichs Preussen, 1894), un vaste dictionmdre du droit administratif allemand ( l\V>77er/>Hf/< des dentschen VerH'nltun^>'sree/its, ï89o-i)7), une collection de doeiiments sur le droit administratif impérial allemand {Quellensammlung- zum Verwaltungsrecht des deutschen Reichs,

Karl von Stengel est non seulement fonctionnaire et professeur. Il se livre à une propagande politique active. 11 est membre de la Société coloniale et de la Ligue navale {Flottenverein). C'est dire (pi'il est un pangermanisle militant. Son ouvrage sur le Régime juridique des protectorats allemands {Die Rerlitsverhàltniss des deutschen Schutzgebiete, 1901), est une tentative subtile de déhnir le droit que possède un Etat colonisateur sur des territoires qu'il protège, sans se les incor[)orer.

C'est ce professeur conquérant que l'Allemagne a délégué

lO LE PANGERMANISME COLONIAL

à la Conférence de La Haye en 1899. Nous empruntons à une de ses brochures pour la Société coloniale, lénumération des raisons pour lesquelles l'Allemagne a dû renoncer aux méthodes bismarckiennes de colonisation; et nous admettons ces raisons.

Echec du principe bismarckien en matière de politique coloniale.

L'Etat ne peut s'en remettre à l'initiative privée du soin de fonder ou de gérer des colonies.

On comprend que le Gouvernement impérial, soit par considération pour ropposition qu'une politique coloniale énergique rencontrait dans différentes si)hères de la nation allemande, en particulier au Reichstag, soit pour éviter des couilits à l'extérieur, ait procédé avec toute la prudence possible. Cependant, bien que le peui)le allemand soit redevable de la plus grande reconnaissance au chancidier impérial, le prince de Bismarck, pour son initiative dans le domaine de la politicjue coloniale, il ne faut pas perdre de vue que son programme de politique coloniale manquait de la clarté nécessaire et méconnaissait les conditions préalables qui, au xix® siècle, rendent possibles et réalisables la fondation comme l'administrution de colonies. En particulier, l'on vit bientôt que l'espoir de faire appel à la participation de maisons de commerce et de sociétés pour administrer des colonies acquises ou tout au moins proposées par elles, ne se réalisait pas et ne pouvait pas du tout se réaliser. A rheure i>réseate, les circonstances sont tout autres qu'au temps où se formèrent la Compagnie liollandaise et la Compagnie des Indes orientales pour acquérir et gouverner <les colonies. D'abord l'importance et la puissance de ces compagnies re[)o.Huient principalement sur des

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