Programme d'extension économique allemande au Brésil
D'après ce qui précède, je serais tenté de fixer le programme d'action suivant pour le développement immédiat des intérêts allemands au Brésil. En ce qui concerne le Brésil septentrional : extension des lignes de navigation à vapeur allemandes dans la direction du lleuve des Amazones, avec points de départ à Para et Manaos ; création de banques succursales allemandes à Para. Pour i(; Brésil central : établissement progressif de vapeurs assez grands et rapides pour obtenir une part plus considérable dans le mouvement de voyageurs entre l'Europe et le Bré.sil; participation plus forte des capitaux allemands dans les entreprises industrielles et les constructions de voies ferrées; avant tout, représentation de l'Allemagne dans un syndicat éventuel qui [n-endrait en mains l'administration du chemin de fer central. Pour le Brésil méi-idional : favoriser les cntrei)rises tie la «Société coloniale hanséalique », ainsi que de la « Société coloniale de la ligne nord-ouest du RioGrande ».
Ihid., p. 3o.
Albert SCHAEFFI.E
Albert SCHAEFFLE, né à Nfirtiiigen en i83i, est WiirliMnbergeois. 11 a dchnié dans lo jonrnalisnio ot a collaboré de i85o à i8(3<i an principal joiu-nal libéral qn'il y eût en Wurtemberg alors, le Mercure fie Soiiahe iSefm^ahiKcher }ler/,ttri. Mais, tout en faisant ces débuts littéraires, il travaillait scientiliquement. En 1860, il passa dans l'enseignement des universités et professa l'économie politique et la science politique à Tiibingeu. 11 siégea à la diète wurlend)ergeoise (i862-()5) et dans ce parlement douanier, réuni à Berlin, qui fut a[)rès i8()6 la première ébauche du Reichstag de l'Empire imilié.
iSa nomination à 1 Tniversité de Vienne lin i8()8 lui prépara cependant des destinées |)oliti(pies euAntriclu». Le cabinet libé-" ral llolienwart choisit Scbaeflle connue ministre du commerce, et intérimaireinent connue; ministre de l'agricullure. (îe ministère ne dura malheureusement (pie de février à octobre 18^1. Depuis lors, Albert Schaeflle a vécu <lans une retraire studieuse à Stuttgart, où il est nu»rl en H)o'i.
11 a fait sa première réputation par un ouvi-age intitulé Ihin (iesellschaftUche System tier /iiensr/i/ie/ieii Wirtsc/iaft 1 1.e système social de l'rcttnomie iitinidine, -j vol. 3" éd. i8-'ài. Plus tard, il a étendu ses recherches, jusipi'à en faire une sociologie complète. Elle fut organicisle. Le grand ouvrage de Schaeflle intitulé Itaii iiiui I.ehen des sozialen /\oerpers (SlruC' tare et vie du corps social. /J vol. d'abord 187'î sq, -j"' éd. i8;)(i sq.) est le monumciil principal (pi'ail produit l'école (pii assimile les formes sociales aux fornu's de la vie organique. On a essayé, mém<'en France, de renouveler ilepuis celte mé-taphorc infé-conilc. Elle a donné, par le livre de Schaeflle, t(ms les rapprochements ingénieux où elle peut conduire, et dont
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aucun no peut i'aire franchir à l'esprit la difteronce essentielle «[ui existe entre les choses de la hiologie et les clioses sociales.
Mais Schael'fle, qui manquait de la pénétration philosophique nécessaire ])our aborder sans confusion les sujets de la sociologie générale, restait un savant très solide dans l'ordre concret de la réalité économique. Nous n'avons pas à résumer ici ses pamplilets sur le socialisme, sur les caisses de secours corporatives, sur la question de la réforme de l'habitation. Mais des reclierchcs commencées, dès i8(J-, sur la théorie des débouchés commerciaux (Die national-ôkonondsclien Théorie en der ausschliessenden Absatzverhdltnissi' } et didërentes études sur les tarifs douaniers, sur le péril agraire. Des monograpliies contenues Deutsche Kern-und Zeit/ruffen ( Questions allemandes essentielles et actuelles, 189^) l'avaient amené dans la proximité de la question coloniale. Il l'aborda, de face parles Kolonial/jolitische Studien (Etudes coloniales) publié(>s par lui au t. XLIIl de la Zeitschrift filr die ^esainte Staatsa'is' senschaft, qui existait à Trdjingen avant lui, mais (ju'il édita de 1S92 à 1903. Cette étude est pessimiste sur l'avenir colonial de l'Allemagne. On verra qu'il conseille au (loiivernement d'organiser l'émigration de façon à ce qu'elle se tléverse par grands ellectifs sur un petit nombre de points du globe, où le germanisme resterait ainsi groupé et facilement disciplinable.
On trouvera la vie d'Albert Schaelfle résumée dans son autobiographie posthume : Aus meineni Leben, 2 vol. 1904. Une étude sur son système sociologique a paru, par les soms de M. Emile Durkheim, dansla Ilei'ue iihitoso/ihique, année 1891.
Les possibilités de colonisation qui restent à l'Allemagne.
Notre colonisation ne nous donne pas le droit de concevoir d'immenses espérances. Elle ne peut pas atteindre la grandeur, la valeur, l'étendue et la diversité de la colonisation qui se poursuit en Amérique.
Dès lors on ne doit pas méconnaître la valeur de la
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colonisation germanique de l'Allemagne qui a t3té faite jusqu'ici, à côté de la colonisation contemporaine « purement allemande »; elle domine de beaucoup la colonisation des nègres et de Papouas, quant à la productivité durable de notre commerce et par conséquent de notre avenir le plus éloigné.
Il faut également pour cette raison que notre regard reste dirigé vers la colonisation à la frontière.
Sans doute, la seule colonisation possible à nos frontières, celle de l'Est, est rendue dillicilc par le fait que les Polonais ainsi que beaucoup de parties de l'Autriche «t les pays balkaniques se dressent en face de nous avec une opposition de race plus forte, c'est-à-dire avec un sentiment national plus accusé qu'auparavant.
Le royaume de Pologne menace même d'être russiiié, quoique la Russie soit à un niveau inférieur. Néanmoins il est toujours i)ossible de prati(|uer à la frontière une colonisation partielle et spéciale, du caractère le plus fructueux, soit sous la forme d'une colonisation agricole et surtout minière de la Bosnie, soit sous celle d'une cohmisation commerciale qui, rendue beaucou^j plus facile, <'st en voie de dévelopj)ement. D'ailleurs, l'alliance durable de l'Allemagne et de l'Autriche, si, à la suite d'une agression de la Russie, elle allait jusqu'à dominer le royaume <le i*ol()gne et aboutissait à un rapprochement commercial entre ces deux Etats, avec un abaissement des l»arrièi'es douanières internu'diaires, ftivoriserail éminemment la colonisation de l'Est, sans le <lénationaliser, chose à laciuelle s'opposent les aspirations des petits peuples.
(hioi (ju'il (Il .soil, il est à (k'sirei* que nous trouvions et (|iie nous maintenions des domaines d(* colonisation purement alleman«ls. Peut-être réussira-t-on à déliuiilor uiême des territoires dans la /.one t<u'ride, (jui, t<Mit au moins dans h'Ui's i-c^ioiis »'lcv«''<"i, se prèlcriiicul à une coloni-
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satioii agricole compacte pour les Allemands. Peut-être dans notre territoire colonial de TAiViijue orientale, sur les flancs du Kilimandjaro, du Kt'nia,etc.? Peut-être aussi dans le bassin méridional du Congo? Toutefois on n'y trouvera guère de vastes domaines où une colonisation allemande purement agricole serait possible.
Il est vrai que le champ de colonisation agricole germanique, pour ainsi dire naturel, l'Amérique du Nord, a été, au point de vue de la langue, perdu pour l'Allemagne. Il est anglicisé, ou mieux américanisé par les Yankees et par conséquent loin d'être proche parent.
Cependant il continue à représenter pour la colonisation un pays et une race qui se rapprochent relativement le plus de nous, et longtemps encore il restera le domaine j)rincipal de notre colonisation agricole d'outre-mer, doç maine social, mais non politique. Si ce domaine avait commencé par être occupé politiquement par les Allemands, novis l'aurions perdu aussi sûrement, au point de vue politique, que les Anglais. On ne saurait donc viser à germaniser l'Amérique du Nord. Nos ellorts ne peuvent tendre qu'à obtenir une récompense durable pour l'appoint considérable de notre labeur, une récompense se traduisant ]iar des relations commerciales. Nous y réussirons le plus jdeinement, en continuant à envoyer nos (uigrants qui recherchent l'Amérique, au cieur de l'Union, vers les États du centre septentrional où les Allemands, dès maintenant, aiment de preference à fixer leur demeure. Si l'Ktat exerce une influence sur l'émigration, il pourra sans doute obtenir indirectement que la colonisation en Améri(]ue ait aussi pour eilet de disséminer moins les colons (jne jusqu'à présent, e'est-à-dire de créer et de maintenir des liens commerciaux plus intimes avec l'Allemagne. Vouloir, du côté de l'Allemagne, empêcher totalement notre colonisation agricole de se j)oursuivre dans l'.Xmérique du Nord, serait absurde; car
on ne saurait trouver un autre domaine territorial important de même nature pour cette colonisation : la colonisation par groupes compacts peut seule être encouragée également dans V Union.
Albert Schaeffle. Kolonialpolilische Stu (lien I Etudes coloniales) dans Zeitschrift fïirdie gedamte Staatswissenc/iajt, t. 43,