‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 38 sur 84 · PROPAGANDE COLONIALE PANGERMANISTE · texte numérisé non relu

PROPAGANDE COLONIALE PANGERMANISTE

Max VOSRKKG-RKKOW

LA SOCIÉTÉ I)K PnÉPAHATION DES TKAITÉS DE COMMERCE

On a vu dans notre volume sur le Pangermanisme continental que I<; « nouveau système européen " devait, selon la pensée oCficieuse de la W'iUwlmstrasse, consister en une union douanière de toutes les puissances de l'Kurope centrale. Celte pensée rencontre des obstacles. Les nations se méfient d'un lien douanier (jui peut devenir une servitude politique. Il y a d'ailleurs de grandes puissances coloniales qui n'ont pas d'intérêt à entrer dans ime luiion tlouauière avec les puissances de l'Kiu'ope centrale, parce qu'elles forment avec leurs colonies un " Kmpire >, c'est-à-dire un tout qui se suffît économiquement et politiquement. Telle est l'Angleterre. Ces puissances accordent à leurs domaines coloniaux des tarifs douaniers " préférentiels i>, à charge de revanche.

M. VOSBKU(i-REKO^\', fondateur de la Société pour la

préparation des traités de commerce (i8i)8) est homme d'affaires, avocat consultant et piibliciste. Il est né en i8(x), et il habite Berlin. Il a débuté par des études sur la Réforme des chambres de commerce prussiennes et sur la Réibruie des consulats. {Die n'irtschaftliche Ifderessenvertrelang- and die Reform der preussischen Handelsh-ammern ; et Die Reform des deutscheu Konsiilatu'esens und die Einrichtung' deutscher Handelskammern im Anslande, iSç)().) Il pensait organiser le commerce et l'industrie allemande selon un système représentatif très libre de formes, très conquérant d'intentions. Le concurrent le plus robuste était l'Angleterre. Vosberg- Hekow estima que la première étude à faire était celle de l'Empire britannique et des relations politiques et économicpies qui unissent la métropole anglaise à ses colonies. La Grande-Bretagne et ses colonies réalisent vraiment un Empire, c'est-à-dire un tout ([ui se suftit économiquement, et où tous les besoins de cha([ue province et de chaque colonie sont couverts par les productions des autres colonies et des autres provinces. CJicf-d'œuvre de libre organisation. Mais l'Allemagne fera aussi bien et mieux. En attendant qu'elle ait les colonies vastes qu'il lui faut conquérir, le régime douanier « préférentiel » que les colonies anglaises et leur métropole s'accordent mutuellement, est un objet d'études instructif pour l'économiste préoccupé d'établir un systèm«> de tarifs " préférentiels » entre les nations de l'Europe. Car la métropole future sera peut-être plus vaste <[ue l'Allemagne : elle sera une l'édéralion eiu-opéenne t)fi l'Allemagne dominera.

La Société pour la préparation des traités de commerce, fondée avec ce progi^amme, a été ainsi, avec tme fortune moindre, la devancière réelle tlu Mitteleiiropdischer Wirtschaftsi'erein, fondé en i()09 par Julius Wolf et dont nous avons décrit, au volume sur le Pani>-ermanisme continental, l'huportance croissante. Les ouvrages de M. Vosberg- Ilekow .s«)nt des monographies orientées toutes vers cette idée. Ce sont, eu 1897 : Das hrilische ]VeHreic/i and der deut- Hche \\ettben'erh [\JEmpire hrilunnii/iie et ta conciii-rcncc allemande: oi\ i8«j8 : Die Polit il,- der nandelsverlrdi>-c in ilircn (jriindziifj^en i/.a politii/ue des traités de commerce dans ses linéaments principaux r, Die Errichtanfj; einer dentralslctle zur Fordernnff des deutsc/ien Anxsenhundels (L'établissement (tune agence centrale pour le proffri's du comtnerce extèrienr ultemanUi : en i<>oj. />/«• /olltarififorlaife und Hire lie fçr (hid uni:: (/^ projet de tarif douanier et ses considérants); lier Si'litttz des indiistriellen und geisliffen hiii-entiims in den Ilandelsvertrdfçen [La pndeclion de la propriété industrielle et Intel-

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li'c.tnelle dans les traités de commercer, l)er (îrund^edanke der deutschen Kolonialjiolitik 'L'idée fumlamenlale de la politique coloniale allemande); en i()o'3, Die Jlandelsvertrâge des Jahres i;)o 'i (Les traités de commerce de l'année if)o3): Nacli dem Tarifkampfe : Ilandels/jolitische Aaficaben der ndclisten Zakanft ( Après la lutte pour le tarif : Problèmes de politique commerciale pour le prochain avenir); eu 14)07, Nation und Melt (La Nation et le Monde). M. Max Vosberg- Rckow est un impérialiste libéral voisin, croyons-nous, des idées de M. Biisscnnann.

I. La civilisation des peuples est liée à leur développement économique.

L'histoire de la culture et de la civilisation est en même tem[)s riiistoire de l'activité économique.

Si l'on considère, à ce point de vue, le développement de l'humanité, des associations d'idées se forment qui semblent conlirmer l'opinion des pessimistes français : que la race latine s'achemine vers sa fin et que les |>euples germaniques, en particulier les Anglo-Saxons, recueilleront l'héritage de la suprématie mondiale. Les points culminants de la civilisation liés aux moments éclatants de l'évolution économique se sont déplacés de l'est à l'ouest. Le sommeil de mort des momies égyptiennes nous révèle une splendeur depuis longtemps éteinte. Là où Tyr et Sidon brandissaient le sceptre sur les mers, il n'y a ])lus (jue désert et soleil brûlant. Les campagnes riantes de la Grèce créèrent un nouveau monde; celui-ci passa et céda la (h>mination à Carthage. Sur les ruines de Carthage se dressa la grandeur romaine. Elle se maintint aussi longtemps que la prospérité économique; elle tomba dès que l'exploitation des étrangers prit la place du labeur national. Alors les (lermains vinrent [)our la première l'ois et se lireut leur part dans les trésors du monde. Mais ils gaspillèrent

Sa LE PAXGEiniAMSME COLONIAL

bientôt ce qu'eux-mêmes n'avaient pus compris ; la ctvilisation ne vit en eux que des enfants vigoureux s'enveloppant, en guise de jeu, dans les lambeaux de la pourpre romaine.

L'antique et grandiose civilisation des Romains montra une force tenace; elle ne cessa de ressusciter des ruines. Ce fut la Renaissance dans les arts, dans les sciences, mais aussi dans l'industrie. Alors qiw Rome semblait déjà morte. Florence grandit. Au tem[)s des Médicis. elle compta, à un moment donné, 20 maisons de banque ; elle confectionnait 80.000 pièces de drap avec des matières premières tirées de l'Espagne ; elle avait un revenu annuel de 3oo.ooo florins d'or; c'était i)lus que n'en dis- 2)Osait le royaume de Naples et d'Aragon, voire même plus que la Grande-Rretagne et l'Irlande, à l'époque du règne de la reine Elisabeth. Les navires d'Amalli couvraient les mers ; l'Italie et le Levant ne connaissaient que l'argent d'Amalfi ; cette ville comptait So.ooo habitants (aujourd'hui 4- 792) et Flavio Guio, l'inventeur de la boussole, en était le fils. Pise anéantit la puissance d'Amalli, mais tombe à son tour sous les coups des Génois. Encore quelques années, et Venise prend la place de Gènes.

Das brilLsc/w ^^'eltr('ic/l und der deulsche Wetlbcn'erb. (L'empire monilial britannique et la concurrence allemande.»

iHi\H, p. u sq.

u. En (/iioi ^Angleterre peut srnu'r de nttxlrlc.

L'histoire a créé le caractère et la nature de l'Anglo- SaxcMi plu.s que chez, loule «ulr«» nation. Lu autre peuple, lui aussi, serait (lt'\enu une puissance niai'ilinie, si on

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l'avait transplanté clans une île, au milieu des mers ; un autre peuple, lui aussi, serait parvenu à l'hégémonie commerciale, si on l'avait conduit sur les routes où les (léplacemcnts des peuples euro[)éens ont refoulé les Bretons; un autre peuple, lui aussi, aurait déployé son activité industrielle et ses forces industrielles, si on lui avait donné, comme cadeaux de baptême, les {gisements naturels, le charbon et le fer de l'Ani^leterre. Il est hors de doute que la situation insulaire, la pratique de la navigation, la vaste perspective ouverte sur les terres et les mei's, ont ajouté des facteurs ])récieux au bon fonds de qualités germaniques de l'Anglais, ('e qu'il y avait d'étroit dans le caractère romain, ce qu'il y avait de servile dans la notion du droit romain lui est resté étranger. Son pays était un monde à part qui put se maintenir indépendant et se dévelojqja dans le sens tie l'indépendance et de la liberté. Le Breton se donna son droit à lui et il n'a jamais été, à proprement parler, l'esclave des f<jrmes de droit qu'il s'était lui-même créées.

Mais une ft)rte immigration allemande ajouta encore chez lui autre chose qui lui avait manqué jusque-là : le respect de l'idée de l'unité politique. Ce que le sentiment de la liberté menaçait de dissocier en lui, resta uni par la connais.sance qu'il avait de la signilication de l'Etat. C'est une erreur fondamentale, très répandue sur le continent, que l'idée de l'Etat est très faible en Angleterre. Elle fut en tout temps suftisamment forte pour faire équilibre au sentiment développé de l'individualisme et, à l'heure présente, elle est i)lus forte que jamais. Elle a trouvé son expression la jjIus vive lors des manifestations des fêtes du jubilé de la reine ; au banquet de l'Union conservatrice, le 3o juin de cette année, sir Michael llicks Beach, 'alors ministre des finances, pouvait s'écrier avec juste raison : » Qu'est-ce qui distinguait la procession qui s'est déroulée, mardi dernier, à travers

les rues de Londres, représentant toutes les parties de la terre et saluée par les cris de joie de masses enthousiastes? qu'est-ce qui la disting^uait des vieilles marches triomphales des empereurs romains, avec leur butin de guerre et leurs cortèges de prisonniers enchaînés? N'était-ce pas le grand principe do la liberté ? Et qu'estce qui distingue nos aspirations politiques actuelles de l'histoire des anciens Grecs et de la République suisse d'aujourd'hui ? N'est-ce pas le principe d'Empire? Nous avons uni ces deux idées comme jamais auparavant cela ne s'était produit dans l'histoire du mon«le. »

Ibid., p. 4 sq.

3. Les aptitudes maritimes de V Allemagne ne le cèdent pas à celles de l'Angleterre.

Ce n'est qu'à partir du moment où l'idée d'Etat lut forcée de se mettre au service des intérêts nationaux, où ce qui la représente se confondit avec l'intérêt économique du pays, qu'une solution, à cet égard, put venir. Mais que cette solution ait eu une énorme inlluence, qu'elle ait provoqué un réveil semblable au baiser dé})osé sur les lèvres de la Belle au lîois dormant, c'est ce que garantissait la force h)ngtemps abaissée de la race alleman<le, la<|uelle pouvait bien se laisser comprimer et dispei*ser, mais jamais anéantir.

Tout ce qui chez elle débordait au delà de frontières par trop étroites, allait malheureusement dans îles pays étrangers, telle une source d'émigration qui ne voulait jamais tarir, l'ne bonne j)arli(' de la ])opuia(ion actuelle de langue anglais*; répandue sur la terre est d'origine allemande. El (fuoique <les milliers et cenUiines de milliers d'iuunmes éncrgi<jues «le la mèic jwitrie fussent

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perdus, qu'ils eussent tourné au profit de la tribu sœui' des Anglo-Saxons, le reste de la nation n'en a pas moins grandi sjins ai'rêt dans la même proportion. Depuis ifeo, le nombre des Allemands du centre de l'Europe est monté de 20 millions à 70 millions. Cette augmentation, bien que moins forte que celle des Anglo-Saxons, dépasse pourtant de beaucoup celle de tous les autres jmys d'alentour. Elle apparaîtra plus importante encore, si l'on tient compte de ce fait que la croissance du inonde anglais s'est alimentée à la même source.

Il est évident qu'il fallait au développement d'une force nationale semblable des soupapes s'ouvrant vers le dehors. L'émigration à elle seule ne ]K)Uvait y suffire. C'est ainsi que nous devînmes tout d'aboixl, sans faire le moindre bruit, une nation de navigateurs, et finalement nous entrâmes également en scène à côté des puissances coloniales. (Vest presque avec timidité que nous nous sommes nsqués sur le marché mondial. Mais noti*»e labeur, notre j)ersévérance et nos dons naturels nous firent avancer rapidement et nous placèrent parmi celles qui étaient au i)remier rang. Oue la chose nous ait suscité des ennemis au dehors, rien de plus nalurel ; mais aussi la conséquence directe fut une transformation fatale de l'ordre économique et social au sein de la mère patrie elle-même.

Nous ne serions j)as le peuple de chercheurs, de penseurs, de rêveurs que nous sommes, s'il n'y avait chex nous des originaux qui prétendent nier la nécessité de ce développement; des gens qui n'ont jamais quitté le coin de leur feu ni abandonné leurs tdses ; qui alors sont d'avis que nous devrions renoncer au plus vite à tout ce que nos industriels, nos commerçants et armateui-s ont créé, dans une lutte acharnée, en mettant en œuvre une rare énergie, leur courage et leur es^irit de résolution. Ces gens à courte vue n'aperçoivent pas nos succès et veulent

nous dénier toute aptitude pour prétendre à une place sur le marché mondial.

Il serait inutile d'essayer ici de rél'uter de pareilles erreurs. Ceux à qui s'adressent ces lignes savent excellemment combien sont précieuses pour la nation et le pays les relations que la persévérance des Allemands nous a créées à l'étranger. Il y a certaines conditions préalables naturelles qui jouent un rôle capital dans la participation d'une nation à la concurrence internationale. Or, ces conditions sont chez nous pleinement remplies.

Sans doute, la situation géographique de l'Allemagne n'est pas aussi favorable que celle de l'Angleterre, surtout depuis que l'I'^urope n'est plus seule à Iburnir un marché et, qu'à la place de la Méditerranée, l'Océan Atlantique est devenu l'intermédiaire et le représentant de la civilisation. Mais nous sommes situés au milieu de nombreux Etats qui sont forcés de passer devant nos portes. Un tiers de notre frontière totale est une côte. Nos poi*ts ne sont fermés par les glaces que dans des cas relativement rares. Quelques-uns de nos voisins, comme par exemi)le l'Autriche-Hongrie, ne peuvent se passer de nos côtes. Le canal de la mer du Nord à la Haltique a rétabli d'une façon heureuse la continuité île nos mers, interrompue i)ar le .lulland. 11 n'y a plus qu'un seul endroit où un i)oint faible du passé continue à nous affecter fâcheusement : les bouches du Rhin sont dans des mains étrangères, encore que ce soient celles d'une tribu parente.

La constitution physique laisse peu à tlésiror. Plus la conformatioT» naturelle du pays en arrière <les frontières présente un acct\s facile, plus un ])euplt^ se sent poussé à franchir ces frontières [ioxiv se mettre en com ni uni cation avec le l'cstc du mcmde. Des ports nombreux sont des sources de ]»uis.Hance et des appuis |>our la richesse;

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mais ils le sont doublement quand ce sont en même temps des estuaires de fleuves navigables qui permettent de centraliser le commerce intérieur aux points de départ du commerce mondial. Nous avons des ports de ce genre comme nul autre pays : Einden, Brème, Hambourg, Tœnning, Lubeck, Stettin, Danzig, Pillauet Memel; mais en outre, Flensbourg, Kiel, Stralsund", Kolberg et Rugenwalde.

Nos côtes sont poissonneuses, et quoique nous n'ayons pas eu un roi Jacques I" qui, par des ordonnances sans, cesse renouvelées, sut favoriser la pèche en commandant à ses sujets de manger du poisson, elle est pourtant suffisamment développée pour que notre haute police maritime soit obligée de faire continuellement la chasse aux étrangers, surtout avix Anglais, péchant en fraude. Or, la population de pêcheurs fournit de bons éléments pour les équij)ages d'une grande flotte de commerce.

Il faudrait que je ne fusse pas un bon Allemand pour n'être 2)iis pénétré de cette conviction que notre caractère national est au moins égal au caractère anglais, s'il ne lui est pas supérieur. Nous aussi, nous sommes tenaces et laborieux; nous aussi, nous possédons de la jiei'severance. du courage et un peu de ce réalisme qui nous permet une vue froide des choses: Si notre peuple ne se prêtait j)as aux luttes contre les tempêtes des mers de l'univers, il y aurait un moins grand nombre de matelots allemands sur les célèbres navires anglais, et l'armateur de Londres ne jiréféreiait pas souvent un équii)age allemand à un éijuipage anglais.

Ibid., p. G, 7, 8, 9.

Friedrich l.AXGE

LE DEUTSCHBUND (l'alliance allemande) ou REINES DEITSCHTUM

(ligue pour le germanisme pur)

On a lu daus notre volume sur le Pangermanisme Continental (p. 77 sq.i les dates principales de la vie de Fhikdricu IjASCi'E.L.^ Deutsrhffund, qu'il a fondé en 1894, a en elîet surtout des visées de colonisaliou alleuiaude sur le eontineni d'Europe, en Polojj^ne, en lloiijfrie et sur les bouches du Dauube. Cepeudanl le poinl de (tépart personnel de Friedrich Laiijfe, ve sont des plans de colonisation en Afrique. Nous avons rappelé 1 n la part qu'il a eue avec Cari Peters dans la fondation de l'Alrique oriental»' allemande. Les pa^es qui suivent montrent le conilit entre les méthodes du panj^ermanisnie militant et la routine primitive du (îouvernement allemand <'n matière coloniale. On peut dire (jue le Gouvernement allemand s'est rallié aux méliiodes proposées par le ]>an>;ennanisme. Friedrich Lanjje a raison aussi sur un autre point : la pensée internationaliste et pacifiste, à la(]uellr adhérait des lèvres 1<' parti s«)cialiste allemand, a ct'dé la place {on pouvait l'amioncer, mais la réalité a tra^:i(]uemcnt dépassé les prédictions), à la vieille pensée de domination, «pii y a toujours couve.

(1) V. la préface, p. 7).

FRIEDRICH LAXGE 59

I. Ce que les pangermanistes reprochent à la politique coloniale du Gouvernement allemand (1904;.

Faisons connaître loyalement et publiquement qu'après vingt ans, à ne s'en tenir qu'aux faits et à moins de chercher à s'en consoler et à les comprendre en se plaçant à un point de vue supérieur, la situation de notre politique coloniale est beaucoup plus lamentable que cinq ans après les débuts de cette politique (i).

Rappelons en gros les faits les plus importants. Wissmann, en réprimant l'insurrection de Boujiri, avait consolidé notre doinination dans l'Afrique orientale avec le ciment le plus solide, avec du sang... Caprivi fit présent de Zanzibar aux Anglais au moment où ils s'attendaient à ce que leurs dernières prétentions sur cette île leur seraient contestées. Tous les Allemands patriotes eurent désormais le droit de ne plus considérer, seulement comme une mauvaise plaisanterie son mot : « Moins nous aurons d'Afrique, mieux cela vaudra >■>, mais de le considérer comme l'opinion sincère du cerveau vraiment peu conqdique qu'il avait. Les vues coloniales de ce chancelier modèle étaient si brutalement navrantes que ses deux conseillers coloniaux, le D' Kayser et le D' Scharlach, de sang juif tous deux, quand plus tard ils eurent à rendre compte de la manière incroyable dont ils avaient saci'ifié les intérêts allemands à des compagnies d'exploitation anglaises, purent se targuer, avec ridicule, mais avec quelque apparence de raison toutefois, d'avoir sauvé nos colonies. Comment cela? C'est bien simple. « Sans nous, dirent-ils, et si nous n'avions trouvé ce

(i) En 1889, Friedrich Lange avait publié une critique amusante de la politi(|ue coloniale allemande. V. Reines Deutschtam, p. 2O1 sq.

moyen (des concessions de terres) pour éviter des diflieultés anglaises, Caprivi aurait donné, des deux mains, toute l'Afrique. i) Cette excuse n'est pas inventée par moi. Elle était écrite authentiquement dans une lettre adressée à moi pour être propagée, et qui, après mes attaques violentes contre le système Kayser-Scbarlach, était destinée à m'iuformor mieux et à me radoucir. La lettre, à vrai dire, n'a pas atteint ce but. Je considère encore aujourd'hui que j'ai rempli mon devoir envers nos colonies en contribuant essentiellement, j^ar une série tenacement poursuivie de lender-articlea (du printemps iHqO au mois d'octobre de la uu^me année), à amener la chute du directeur des colonies Kayser et la cliute de sou système.

Mais ce système lui-même, ce gaspillage de terres utililisables, dans la seule colonie d'émigration que nous ayons, pour les donner à ties sociétés anglaises et allemandes, sans leur imposer des obligations eriioaces, et de telle façon que nos colons puissent cire évincés par des mesures usuraires et enfin rester sans le moindre lopin, — n'est-il j)as inccmcevable qu'une telle chose ait pu être vue sous la responsabilité d'un chancelier allemand? Où puiser la plus modeste raison d'espérer qu'à l'avenir notre ijolitiijue coloniale sera garantie contre des actes analogues si dans l'ère C]ai)rivi-Kayscr elle a été dirig«'e presque par des aliénés, sans qu'aucune puissance au monde pût empêcher ce désastre ? Nous avons eu (lei)iiis de meilleurs directeurs des colonies : le baron de ilichthofeu, Sliibel. A de inédiori'cs gouverneurs, ont succédé des gouverneurs plus capables. Sans cesse nos espérances ont ressu.scité, sans cesse elles ont été déçues. La déception la plus évidente est celle qui nous est venue du colonel Leulwciu, (|ui, sans s'y attendre, a laissé survenir une aussi pé'uible insurrection. Mais les gens du nu'ticr se gardent de charger les

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hommes qui ont la responsabilité nominale, qu'ils s'appellent directeurs ou gouverneurs, de tout le fardeau de la responsabilité réelle. Nous regardons au delà, et nous reconnaissons derrière les directeurs et gouverneurs qui changent, les conseillers du Gouvernement et des finances qui demeurent. Ces derniers sont-ils les coupables? Oui ; en ce que le sentiment qu'ils ont de leur valeur et leur besoin de s'incruster, ne leur inspirent jamais la résolution de se renier eux-mêmes et de détruire le système qui les abrite, et au nom duquel ils causent un indicible ])réjudice à nos jeunes colonies. Ce système est le grand coupable. De quoi parlé-je? De la cour des comptes qui écrase les gouverneurs sous lefv barèmes et sous les paperasses et ne leur permet pas d'ordonnancer directement même les moindres dépenses? De la section coloniale et de la trésorerie de l'Empire, dont les cxp<*rts bureaucratiques et techniques contrôlent les comnumdes des gouverneurs et en gâchent l'exécution, d'après leur propre jugement supérieur, au point qu'elle en devient inutilisable ensuite pour les fins poursuivies? Oui, de tout cela il y a dans notre histoire coloniale des exemples criants (i).

(i) Je citerai quel(iues uns de ces exemples. Vu j^ouverneur des premiers lemps de notre colonie de i'Arii«[ue orientale avait I)esoiu pour hàlir des maisons ù l'intérieur des terres d'une machine pour la fabrication rapide de hr-iques. A dessein, il commanda une machine du plus petit calibre possible, parce qu'en ce temps-là toutes choses n'arrivaient (jue par le « portage » sur la tcte des nèffres. Le contrôleur techni(|ue au ministère des Colonies ou des Finances trouva cette commande lêplacce et lit l'aire une machine d'un calibre si énorme qu'elle ne put être descendue du navire (pie par une grue. Aussi, elle s'est rouillée sans servir, et le gouverneur dut se tirer d'allaire sans machine. — Voici un second cas, d'une époque j)lus voisine de nous, et également certilic par des témoignages authentiques. Un gouverneur avait l'ait soigneusement sonder le cours inférieur et moyen du Uoulidji, si incommode à la navigation. Tuis il com manda un vapeur de faible tirant d'eau et de dimensions indiquées avec précision. La Providence berlinoise des colonies s'y

6q i.k pangermanisme colonial

Mais los autorités elles-raèmes, si l'on va au fond et si Ton veut être tout à l'ait juste, ne sont que des organes du système, et non ce système lui-même. Le système et le grand coupable dans les fautes de notre colonisation jusqu'ici, cest l'esprit de VEtat fonclionnarisle et militaire en Prusse et en Allemagne. Cet esprit nous a donné la force de devenir une grande puissance sur le continent euroi)éen. Mais sa lounlcur et son insuffisance se font douloureusement sentir en un temps où, jiar l'acquisition de nos colonies, nous sommes entrés dans l'école préi)aratoiro de l'ère commençante d'une politique mondiale de l'AUemag-ne.

C'est là une expérience amère, mais un fait dont il sera indispensable de se rendre compte, quand le peuple allemand aura reconnu dans sa généralité que l'incapaeité de nos forces telles qu elles sont historniuement devenues se fait sentir pour la i)remière fois dans notre i)olitique coloniale; qu'elle s'est exposée ainsi à des échecs compn)mettants, alors seulement nos colonies auront rempli la pleine destination éducatrice à laquelle elles sont dévolues; aJors seulement l'espérance, poiu'tant modeste, des amis de nos colonies ]>«)urra se réaliser : à savoir que nos colonies, même si elles ne nous rapportent aucun bénéfice, nous servii*ont d'apprentissage pour des succès coloniaux à venir.

Nous qui avons pris part personnellement à la fondation de ces colonies, nous n'avons pas alors eu de si modestes, ni de si patientes, ni de si longues prévisions. Plus ou moins consciemment, nous avions l'espoir que l'idée coloniale opéreiail dans la masse in<M'te du peuple

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