‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 39 sur 84 · FRIEDRICH LANGE · texte numérisé non relu

FRIEDRICH LANGE

allemand une sélection; qu'elle arriverait à y recruter une élite pleine d'une énergie {icu commune et d'un nouvel esprit; et que cette élite accomplii'ait ensuite sa tâche loin de la mère patrie, mais sans être entravée par elle et en lui servant de modèle. Espérance naïve, que j'ai depuis longtemps abandonnée. Nous obstîrvions avec irritation alors que l'appui du parti du Centre ne pouvait être assuré à ces colonies que par le détour des intérêts des missions catholiques — c'est-à-dire par un détour dangereux et qui nous éloignait de l'objet réel. Ensuite nous observions avec une inquiétude profonde que les socialistes démocrates mettaient une entrave à l'énergie de nos i)ionniers coloniaux en simulant l'indignation au sujet de leur « africanite ». Menace plus grave que cette hypocrisie, qui dégénérait en mauvaise farce : tout le lourd mécanisme de la bureaucratie des conseillei's secrets, l'inintelligence obtuse, la paperasserie, le calcul tatillon d'un militarisme pédantesque, se mit à peser sur nos jeunes colonies. On n'éviUi nullement même les fautes les plus graves, mais on étoutïa jusqu'aux derniers germes de confiance en ceux qui avaient voulu oser quelque chose en payant de leur per.sonne. Quand ensuite, pour comble de malheur, les organes eux-mêmes, qui auraient dû représenter l'opinion publique en matière coloniale, le Conseil des colonies et la Société coloniale, sous la direction très décorative, mais incapable de généraux et de conseillers intimes en retirai te, retombèrent dans les dispositions chlorotiques et dans l'esprit méditatif de la (k'funte et verbeuse Alliance coloniale ; quand ils crurent devoir borner leur action à devenir des oreillers pour VOffice des colonies; quand ils prétendirent alléguer comme preuve de fructueux labeur le fait d'avoir convoqué à Berlin, il y a deux ans, le premier Congrès colonial comme une pièce à grand spectacle et en plusieurs journées, pour réjouir les esprits des gens en prurit de

paroles — alors tous les vrais amis des colonies perdirent à tout jamais le souffle de lespérance.

Aujourdhui encore, malgré maints indices perceptibles, qui permettent de penser que des hommes se feront les avocats de nos colonies, mon espérance personnelle a les ailes bi'isées. Je n'ai qu'une façon d'arriver à une perspective plus consolante : c'est d'abandonner tout à fait l'itlée qu'on ])ourra jamais parvenir à garantir l'énergie de nos pioimiers coloniaux de l'intervention paralysante de notre machinerie d'Etat métrojwlitaine, c'est de mélever à ce pressentiment, dicté par l'expérience, qu'il est non-seulement tolerable, mais avantageux et utile à l'œuvre éducative que les colonies constitueront pour l'Empire allemand, tie laisser l'Etat et la Société, les Parlements et les partis, la presse et les associations, la bureaucratie et la nianlie de parade se compromettre à fond dans les échecs de nos tAches coloniales

Sans doute, il nous restera toujours à pousser ce soupir d'envie ; « Heureuse Angleterre ! Tes hommes ne sont i)as plus capables, tes commerçants n'ont pas j)lus de succès que les nôtres ; mais ton idée de l'Etat n'est pas une geole pour le déploiement des énergies personnelles. Comment dès lors t'égalerions-nous dans nos colonies ? «

Toujours aussi, quand je veux reprendre un élan de confiance, un doute surgit en moi : l'empereur et l'Empire, même avec la meilleure volonté,' peuvent-ils, sans se mettre en péril eux-mêmes, accorder à nos colonies la faveur exceptionnelle de rolAcher poui* elle l;i puissance de l'Etat? Ce qui me sauvait île ces sentiments déprimés, c'est la réilexion (jue voici : I/I'^mpire allemand ne peut, à moins <lc compromettre sa durée, retourner à la modestie d'une position i)tirement continentale. Or, toute expansion politique et économi(|ue hors d'Europe dans le « monde » exige des possessions coloniales. ne frtt-cc que sous forme de stnlions de charbon pour la

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flotte. En outre, tous les régimes économiques, — qu'ils soient organisés à l'américaine, ou pareils à la Greater Britain intercoloniale, projetée par Chamberlain; qu'ils soient un système national allemand fermé, ou une union douanière européenne organisée par l'Allemagne — tous ces régimes jiour nous assurer des matières premières, pour maintenir nos débouchés, pour utiliser politiquement et économiquement nos forces nationales en excédent, et nos emigrants, ont besoin de colonies. Celui de tous les systèmes qui aurait le besoin le i)lus urgent de colonies, c'est le système d'économie nationale que j'ai esquissé ailleurs (i). Ce système serait le plus authentiquement allemand de tous. Il serait celui aussi où l'idée allemande traditionnelle de l'Etat atteindrait, dans une lorme organique, son plein déploiement moral et économique. Et par conséquent (c'est cette conclusion qui me réconforte) cet Etat j)russien et allemand traditionnel aurait des raisons urgentes de ne pas montrer durablement son incapacité dans les premières tentatives sérieuses de politique coloniale. A vrai dire, il y a un fait qu'il ne faut pas nous dissimuler. C'est que nous sommes déjà profondément, très profondément empêtrés dans l'in- .succès et que, seules, une volonté forte et ties résolutions magnanimes et libératrices peuvent nous sauver d'un fiasco, qui sera porté à la connaissance du monde entier.

Reines Deutsclituni (Germanisme pur), p. •j8u-'jt8G.

(il Friedrich Lanj^c a expose un systéiuo de cuopératisiue integral à I'usafje des classes moyennes allemandes et qui, en politique extérieure, est l«)rlemenl impérialiste, militariste et mariniste. On trouvera cette politique extérieure résumée dans les textes de notre volume sur le Panffcrnianisrne continental sons Gnillaume II, p. 157-1-2.

as LE PANGERMANISME COLONIAL

2. Conoersion de toas les partis allemands à la politique mondiale.

Lorsque, dans sa marche vers un avenir incertain, le moment arrive x)our un peuple, où la perspective s'ouvre au loin sur de vastes espaces, il doit en jouir également et s'orienter en conséquence. Prises au sens intellecluel, ces perspectives ne peuvent être, naturellement, en mettant les choses au mieux, que des calculs de probabilité, parfois même do simples rèvos; et il va de soi qu'un futur iMii^èue Richter (i) pourra toujours prouver de façon péremptoire à ses i>artisans qu'« une situation nom^elle » se présente. Mais avec un sens plus grand des lins de la politique mondiale, qui, dans l'éducation des I)euples, indique que Ton quitte les bas-fonds vulj^aires pour prendre son essor, nous avons déjà gagné une chose : c'est que, dans notre peu])le, l'esprit froid d'un Eugène Uichtor perd, en fait, de plus en plus de .son pouvoir et nul homme exemi)t de prévention ne peut contester chez nous la force grandissante du sentiment national. Nombreuses sont les preuves de ce fait réjouissant. L'ardeur (dont la sincérité, il est vrai, reste encore Ibrt douteuse) avec laquelle les ultramontains se sont l'alliés au nouveau mot d'ordre, le dépil venimeux avec Icqticl les socialistes cherchent à en préservei* leur camp montrent .son triomphe d'une façon presque plus claire (jue le grossissement des listes de membres îles Sociétés nationales de toute nature. Mais, à mon sens, un l'ail encore peu remarqnt', semble-t-il, mérite tout [larticntièrement d'être mciitioiin<'' : depuis (|ucl({ue temi>s, la

(l) L'un des chefs du parti des i'rrisiun'u^rn rmlicfluxK fulvcrsairc do lu politiqiir coloniali*.

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(lislinction usuelle, autrefois générale, entre la pressi^ conservatrice et libérale a disparu; des feuilles, ijui autrefois n'en faisaient pas l'aveu, se qualifient ellesniènies de presse nationale, pour se distinguer de Vantinutionale. Il n'est plus question de consen^atrice, ni de fidl'le à V Empire, car on a senti que ces distinctions ne rendaient [dus exactement toute Tidée : on s'intitule national — dillérence minime, mais grand progrès pourtant. On peut mesurer à cela le chemin parcouru par les esprits. C'est là le fruit des ascensions nationales en montagne et des perspectives plus vastes qui s'ouvrent sur la politique mondiale. On ne saurait de longtemps prescrire une raeiiU'ure cure à noire peuple.

Ihid., p. u3o-'j3i.

■3. La guerre reste la loi de r humanité.

P]sl-ce don»' la solidarité de la race MaiiclK-, unie contre une race de couleur dillérente, tjui s'aflirme dans les débuts pleins de promesses de la marche contre Pékin ? Plus d'un, à l'heure présente, qui en d'autres temps aurait bien des objections à faire à notre politique d'imagination, réftondra d'un cu'ur soulagé : « Oui », et ainsi soit-il. Même Bertha de Suttner s'apprête, dans la douce mélancolie de son Ame, à recoller sur les lils métalliques de l'armature de cette soliilarité de la race blanche contre la Chine, les petits morceaux allreusement brisés de son vase de la paix de La Haye. On cherche à se consoler, comme si, par cette consolation, on voulait essayer et voir coml)ien de temps elle durera. Moi aussi, je tiens pour heureuse cette solidarité des peuples de race blanche et je suis tout disposé à rex|)liquer, au moins pour une faible j)arlie. i>ar l'esprit tie corps bien compréhensible

de ces peuples. Il est vrai qu'elle s'explique, pour une part bien plus grande, par la communauté de jalousie et tout ensemble d'appétit que les mêmes peuples ont apportée, dans un front si paisible, aux portes de Pékin. Mais surtout que les âmes sensibles veuillent bien ne pas prodiguer avant l'heure des larmes d'émotion, à la vue de ce beau spectacle ! Les choses changeront également; entre les peuples de race blanche eux-mêmes, l'épée restera l'arbitre de leur vakMir — et cela, en droit, de par la mission que la Providence divine, se révélant dans l'histoire universelle, a déposée dans le sein des peuples de race blanche ! Après comme avant, seule, la lutte homicide peut l'aire à cet égard la preuve sanglante de la haute valeur de celle de la race arienne qui l'emportera dans la concurrence, soit comme famille de nations, soit comme peuple particulier. La sélection parmi les peu. pies de race blanche de valeur itlentique ne cessera jîas et n'a pas le droit de cesser, pour la raison qu'un peuple de second ordre est par hasard dompté là -bas par la civilisation de race blanche. L'histoire de l'humanité n'a jamais procédé sous cette forme schématique et, dans l'avenir également, il est difticik* (prelh^ le fasse, par amour pour les Ames stMisibles. Lutte au dedans et au dehors, lutte [)art()ut: tel est le mot d'ordre qui demeure 1 Et nous pouvons nous en contenter liumblement, car je pense que cette vieille parole, elle aussi, conserve toute sa valeur : la lutte est la mère de toutes choses — tics mauvaises, mais également des bonnes !

/hid., p. 'i3(>.

LE GROUPE KAMPF UM DAS DIXÏSCHTUxM

(LA LUTTE POl'Il LK (IKHMAXISMK)

^j.- JOHANNES INOLD l'ixkilthation allemaxdk ai: chili

Le proCcsseui" Joiianxks UNOLD <'sl un Bavarois de Memluiugrn, où il est né en iHOo. 11 enseigne à l'Ecole supérieure de eoninierce de Munich. Il a l>eaucoup voyagé au Chili, eu Argentine, au l*araguay. i'arloul il a relevé des traces du passage ancien d" colons allemands depuis le xvr" siècle. Il ne s'est pas consolé de penser qiw l'AUeuiagne n'a pas pris pied polit i(jueni('nt dans des pays où déjà elle avait fondé un moulin à vent st»us la Renaissance, et où elle a perdu quelques lansquenets salariés par les Espagnols. La désagrégation de rEuipire de Ciiarlcs-(^uiiil lui parait donc une injustice commise envers l'Empire allemand actuel. Il tâche de la réparer du mieux (pj'il peut. Au retour, M. L'nold s'est ariilié, dès sa fondation, à l'Alldeutschei- Verbiuul. Il a contribué à fonder l'œuvre collatérale du Kdinj)/ it/n dus Itcnlschluni, afliliée à la Ligue pangerinainque, et qui complète, par des tracts de vulgarisation savante, l'ceuvre de propagande politiipie. Il a commencé par rabrouer le Ueichslag lui-même qui lui parait manquer desprit réaliste, pratique et compiérant et en même temps de visées idéalistes étendues.! A'/« iwiier Heichstag-, 1897») Des impérialistes aussi ambitieux que Friedrich Naumamiont dû eux-mêmes lui re[)rocher sou impétuosité.

Depuis quinze ans, Unold mêle les professions de foi phi-

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