‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 5 sur 84 · PREFACE XVII · texte numérisé non relu

PREFACE XVII

militaire qui assure la sécurité de la propriété el des transactions; un régime douanier judicieux qui protège les relations : voilà donc les conditions essentielles de la prospérité économique. Qui ne voit que seul rp]tat peut donner cette protection militaire et douanière? S'il la donne, c'en est fait de la c souveraineté territoriale » des compagnies à chartes. Car il n'y a pas un citoyen des pays civilisés de l'Europe qui ne préfère les garanties directes d'une administration et d'une juridiction d'P]tat aux garanties précaires que donne le régime d'une (Compagnie souveraine qui administre et juge.

En fait, le plan colonial de Bismarck est une preuve d'incompétence. L'Enij>ire allemand, construit tout entier pour les expéditions militaires continentales, ne savait pas mobiliser ses ressources pour des expéditions outre-mer. Pourtant, son peuple aventureux l'y poussait. Ces ambitieux comuier(;ants, Liideritz ou Wœrmann, procédaient par sollicitations impérieuses. Ils prenaient Bismarck par le souci du prestige allemand, qu'ils disaient mal établi en terre lointaine. Alors, il cédait :

<< J'aurais eu de la gêne à dire ouverteuient à ceux qui imploraient mon secours : » Nous sommes trop pauvres, nous sommes trop faibles, nous sommes trop timorés pour vous accorder l'appui de l'Empire en échange de votrq rattachement à l'Kmpire. » Je n'ai pas eu le courage de déclarer, comme cliancelier, cette faillite de la nation allemande en matière d'entreprises outre-mer (i). »

Pour ne pas avouer son inexpérience coloniale et son manque de plan, il laissait faire ces aventuriers.

(i) Discours au Reichstag, 2O juin 1884.

Il les aidait quand ils réussissaient. Mais leurs échecs n'étaient pas ceux de l'Empire ; et l'Empire, s'il avait pris l'initiative de ces aventures, eût enrea:istré, du moins il le craignait, des iiisuccès certains.

Toutefois les faits étaient plus forts que la doctrine des GeJieimrœthe. Jamais celte doctrine n'a suffi à guider la colonisation allemande même commençante. Lïideritz lit une banqueroute retentissante dans l'Afrique occidentale du Sud. La Société Sûdwesl Afrih'a, qui prit la suite de ses alTaires, refusa les privilèges administratifs qu'on lui ollVait. Xi le Cameroun ni le Togo ne purent organiser des Compagnies à charte dotées de prérogatives souveraines. Si, pour les îles Marshall, une Société de Jaluit a pu se constituer, encore a-t-elle dû emprunter ses fonctionnaires à l'Empire. Dans le Kaiser- Wilhelmsland sans doute la Compagnie de Nouvelle-Guinée exerça des droits souverains depuis i88(). Mais ce fut l'Etat qui lui prêta ses administrateurs et ses juges. Or, quelle autorité pouvaient avoir, en matière pénale et civile, des juges devenus les agents d'une Compagnie conslannnent susceptible et toujours suspecte d'entrer elle-méuie en rivalité d'intérêts avec les particuliers qu'elle jugeait? La Société rétrocéda ses privilèges régaliens à l'Etal au bout de dix ans (iHi)()).

Les pires abus furent ceux de la Compagnie de l'Est- Africain allemand. Ouvertement elle affichait Ka doctrine :

" l^r luit (le la colouisation est d*(MU'irliir suns scrupule et

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