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négociations d'A^lgésiras, l'isolement extrêmement pénible de remi)ire allemand; la France vit toutes les puissances de son côté, y compris l'Italie, notre alliée. Seule, l'Autriche nous accorda, à contre-cœur, un appui peu el'ficace.
En conséquence, les résultats lurent les suivants : les propositions allemandes furent régulièrement repoussées et celles de la France, acceptées; pour le dire en passant, ce jeu se renouvela plus tard, en petit, à Tanger, lors des pourparlers entre les envoyés accrédités des puissances signataires de l'Acte d'Algésiras : toujours le représentant allemand, qu'il s'agît de n'importe quoi, et eCit-il cent t'ois raison sur le fond, se trouvait en face du bloc hostile de tous les autres, à l'exception du représentant de l'Autriche, mais il était constainment combattu par r Italie, qui marchait avec la France toujours et partout. Les stipulations les plus importantes de l'acte d'Algésiras pour la marche ultérieure des événements étaient les suivantes :
Le triple principe de la souveixiineté du sultan, de l'intégrité de ses Etats et de l'égalité de traitement au point de vue commercial fut reconnu par tous; des arrangements furent pris au sujet de l'établissement de la police, de la répression de la contrebande des armes, de la création d'une banque d'Etat, de l'organisation des impôts et des douanes. Ce qui a une importance fondamentale pour l'appréciation de la conduite ultérieure des Français, c'est la reconnaissance absolue de l'autonomie du sultan et de l'intégrité de ses Etats.
Depuis la proclamation solennelle de l'acte d'Algésiras, la France a pour ainsi dire chaque jour porté atteinte à ces deux princiix^s; quant aux raisons de ses empiétements, elle en donnait autant qu'on en voulait : aujourd'hui, c'étaient dos dissensions dynastiques dans la iniason régnante; demain, des attaque> contre des
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nationaux français; après-demain, le besoin général d'établir l'ordre ; — bref, de la Méditerranée, de la fi'ontière algérienne, de l'océan Atlantique, elle s'avançait irrésistiblement et occupait un à un les vastes territoii"es du Maroc intégral. Bien entendu, c'était toujours à titre purement j^rovisoire et uniquement pour établir l'ordre ; — ce qu'il y a de remarquable, c'est que partout où les Français se montrent, l'ordre se décolle entièrement; de sorte que la France, cette semeuse de civilisation, chez qui l'ordre est pourtant dans un état bien défectueux, ne peut jjas sortir du pays, mais est forcée de s'y fixer de plus en plus. On ne saurait douter qu'une intention profonde se cache sous ce jeu puéril, étant donné le caractèi^e frivole de la logique avec laquelle procèile la France: il n'y a que des gens tout à fait naïfs pour n'avoir pas encore reconnu que la France n'a qu'un dessein : mettre la nuiin sur tout le Maroc, abstraction faite d'une maigre parcelle dont s'accommoderait l'Espagne. A dillérentes reprises, l'attitude impérieuse des Français produisit des conflits entre la politique française et allemande; qu'il suffise de rappeler les griefs de Moulay- Hafid, au début de son règne, et le cas de Casablanca; à dilférentes reprises, notre ministère des Affaires étrangères sembla prendre son élan, en vue d'une attitude plus feiine, mais pour céder ensuite chaque fois, parce que, comme le i)rétondent des gens bien informés, on continua à ne pan désespérer encore de la possibilité de réconcilier la France.
l'arallèlemcnt à la marche en avant de cette ])olitique de conquéU' de la Fi'ance, celle-ci s'eflorçait de s'assurer des avantages économiques, soit lors de la concession die travaux j)ublics, soit à l'occasion d'einpiMiiUs, de fournitures, etc.; les concurrents allemands se voient évincés, si bien qu'en fait « l'égalité commerciale » elle aussi, fut supprimée au pi*ofit de la France.
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De plus en plus, la France emprisonna le sultan dans ses rets ; le bombaiHiement de Casablanca, l'occupation de la Chaouïa, au printemps de 1908, fournirent l'occasion cherchée, également au point de vue financier, de soumettre de force Moulay-Hafid, qui avait écarté son faible frère, Abdul Asis; la France ne le reconnut que contre l'obligation de payer les dépenses des expéditions militaires françaises.
Jusqu'à quel point le Gouvernement impérial s'était désintéressé du Maroc, c'est ce que montra l'accord franco-allemand du 9 février 1909, par lequel nous reconnaissions les irUérèls poLiliques particuliers de la France, tandis que nous nous contentions modestement d'y avoir des intérêts exclusivement économiques, qu'une fois de plus la France s'engagea à respecter.
A cet égard, le dillerend qui s'éleva au sujet des droits miniers que possédaient les frères Mannesmann, ne tarda pas à montrer que les intentions de la France n'étaient j)as loyales. Ces entrepreneurs énergiques et perspicaces, ayant reconnu à temjîs la richesse minière du Maroc, résolurent de l'assurer, dans la mesure du possible, à l'industrie de leur pays. Grâce à leur intelligence et à leur habileté, ils réussirent à acquérir des deux sultans des droits étendus. Mais la France en contesta la validité, dans le dessein de soustraire aux Allemands les avantages économiques qu'on pouvait tirer de l'exploitation des mines du Maroc.
Or, les frères Mannesmann eurent beau s'aj)puyer sur l'avis de savants et d'hommes compétents de tout premier ordre, ils ne trouvèrent aucune aide auprès du Gouvernement impérial ; on peut même dire tranquillement qu'ils furent sacrifiés vis-à-vis de la France — sans se hiisser, il est vrai, décourager par là.
Au cours de l'année 1910, la France continua, avec une ardeur j)articulière, son action civilisatrice et l'on se rap-
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pelle sans doute que quelques-uns des grands journaux quotidiens allemands publièrent, àdiderentes reprises, des cartes qui rendaient sensibles les progrès de cette « pénétration pacifique ». Vers la fin de 1910 et au début de iQiijUne bonne moitié du Maroc était entre les mains des Français, et tout naturellement les parties ayant le plus de valeur stratégique et économique, parmi lesquelles nous mentionnerons Oujda, Casablanca avec la riche Ghaouïa, l'important pays de Tazza; et il est à remarquer que, partout où les Français étaient venus rétablir l'ordre, ils furent forcés de rester, car, malgré leurs soins diligents, l'ordre ne voulait pas revenir; ce qui est caractéristique pour cette conduite, c'est, par exemple, que l'occupation de la Chaouïa commença en avril 1908; que, comme dans tous les cas semblables, le retrait des troupes françaises l'ut plusieurs fois solennellement annoncé, mais qu'en réalité les troupes ont continué à pénétrer plus avant dans le pays — tout cela pour l'amour de Tordre !
WeslMaroliho dentsch ! (Le Maroc de l'Ouest à l'Allemagne!), 191 1, p. la-iG.
a. Les causes du « coup d'Ai^adir ».
L'attitude des Français, qui alVectèrent tout à fait des manières de maîtres, fit naître dans la population une liaine violente contre ces o[)presseurs; on sait au Maroc comment il plaît à la France de secomjmrlcr à l'égard de ses sujctH dans les colonies, cl l'on connaît, par l'exemple d'Alger, les cons('(picnccs de son action colonisatrice qui part de ce [)rincipe : « em/iain'rir 1 1 1 » 1rs iii(lit;i'iics. A cela
I ('.italion rraïu.'iiisi' tliiiis !<■ li-xtc nllniiiiiiil
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s'ajouta le mépris dans lequel tombèrent les sultans visà-vis de leurs sujets, Abdul-Asis aussi bien que Moulay- Hafîd, parce qu'ils n'avaient pas su empêcher les menées des Français.
Telles sont les deux sources d'où découlent les causes des troubles qui ébranlent sans cesse le pays, et cela dans une mesure plus large que jamais auparavant; un signe du succès singulier de cette pénétration pacifique, c'est que le Maroc n'a jamais été plus troublé que depuis l'époque où les Français se sont chargés de prendre soin de son repos. C'est ainsi que la situation devint de jour eu jour plus aiguë; au pi'intemps de cette année, les Français prétendirent qu'une de leurs colonnes était en péril ; que les Européens qui étaient dans la capitale, à Fez, se voyaient coupés du monde extérieur, craignant même pour leur vie. Bien que ces deux choses fussent inexactes et que d'autres Gouvernements n'eussent rien su du danger que couraient leurs sujets à Fez, la France jeta au Maroc de lortes masses de troujjcs qui, marchant sur Fez, y apparurent en libératrices, — sans ti'ouver devant elles personne, il est vrai, qu'elles eussent pu • délivrer, car la ville et sa banlieue étaient tout à l'ait tranquilles. Mais ces guerres de délivrance rendirent nécessaires de nouveaux actes de civilisation : pour assurer la sécurité du sultan, il fallut établir des fortifications ; des contingents de troupes furent répartis plus avant dans le pays ; — bref, pas une chose qui ne fût faite, sauf celle de retirer les troupes françaises, après avoir délivré Fez et sauvé le détachement de troupes soi-disant en péril.
Ces agissements de la France ne pouvaient pas ne j)as écarter non plus ce dernier doute qu'elle vise à prendre possession du Maroc.
L'Espagne qui, autant qu'il puisse être question de droits, en possède en tout cas de plus anciens que la
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France, so vit dès lors amenée à débarquer des troupes à Larraelie, et le monde vit alors ce spectacle délicieux que les Français accusèrent les Espagnols de violer l'Acte d'Algésiras.
La chose ne manquait pas d'humour, bien certainement ; mais pourtant il y avait, au fond, ce fait sérieux que l'intervention de l'Espagne annonçait le début d'un démembrement etTectif du Maroc, démembrement véritable, car le butin ne fut pas abandonné à la France seule. Quelle doit être la part de l'Espagne d'après le traité secret passé entre elle et la France, traité qui- existe mais dont la teneur n'est pas encore connue? C'est ce que l'on ne sait jMis ; cependant le fait importe peu, en présence de cette circonstance que le démembrement est positivement commencé.
Tel était l'état des choses, lorsque le Gouvernement impérial, répondant à l'appel au secours des Allemands fixés dans le sud du Maroc, en particulier dans leSouss (i), décida d'envoyer un navire de guerre à Agadir. Cette mesure toute naturelle, qui par aucun côté ne donnait prise à la critique, fut accueillie en France d'une façon qui rappelle singulièrement le proverbe : « On mesure les autres à son aune. » Celte France qui s'est toujours empressée de traiter l'Acte d'Algésiras comme une chose en l'air, (jui s'est acquis un maîtrise à j)art dans l'art d'inventer des occasions susceptibles de motiver ses nouvelles avancées dans le pays, cette même France se refuse à croire au caractère défeusif de la mesure allemande ; l'opinion publique (!he/ elle est convaincue que cette mesure a uniciiicnicnt [)our but d'assurer à l'empire allemand sa part de butin.
(i) On Mail et |>liis d'un publici.ste alli'ninnd, notuuuucnl Max Ilardrn, a avom'" qu'il n'y «-tif pns d'appel adrcssfwui (louvcrneuirnl allcutand par des Allciiiauds en di'-ti-ivsst-, par la raison <|u'il n'y avait pas il Allemands dans le Souss <-n i<)ii. [Sotc tic l' éditeur. )
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Cette conception française, Jointe à la conduite de VEspafrne et aux visées propres de la France, aura pour effet d'amener maintenant le règlement définitif de la question marocaine.
A travers les journaux français retentit ce cri qu'on veut savoir ce que demande l'empire allemand; qu'on pourrait alors négocier avec lui. On parle de compensations pour nous et on lit, à cet égard, qu'on propose tantôt le Congo français, tantôt un ou plusieurs ports de la côte occidentale du Maroc ; il est également question «l'une nouvelle conférence; enfin, on monte sur ses grands chevaux et l'on demande qu'avant d'engager tous pour- [)^rlers, le navire de guerre allemand soit retiré, afin de rétablir un état de choses correspondant à l'Acte d'Algésiras.
Il est utile que l'opinion publique de l'empire allemand ne fasse pas attendre sa réponse ; et nous croyons qu'elle devrait être la suivante :
Nous aussi, nous sommes d'avis que la situation au Maroc est devenue tout à fait intenable — et cela précisément par suite de la conduite de ta France; considérant dès lors les intérêts allemands (ju'il faut sauvegarder, nous pensons également que des négociations au sujet du démembrement du pays doivent être entamées.
A l'occasion de ces négociations, il doit être bien entendu dès le début que la nation allemande ne veut pas de conférence ; nul « aréopage international » n a le droit de statuer sur les droits de l'Allemagne et il convient de négocier mii({ueinent avec les puissances intéressées.
Quant à notre navire de guerre, il ne faut pas songer à le retirer: si la France émet c^tto exigence, la réponse doit être qu'il faut que celle-ci et l'Espagne retirent leurs troupes et leurs vaisseaux.
Toute indemnité ou toute satisfaction en dehors du
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Maroc, — ce qu'on appelle des « compensations » — est inacceptable.
Un port sar la cote occidentale du Maroc, envisagé comme siège du commerce allemand on comme point d'appui pour la flotte, n'avance pas nos aJJ'aires: mais il faut que nous ayons un territoire répondant aux besoins de l'Allemagne : une colonie.
Ibid., p. 16-19.
3. Raisons militaires, économiques et sanitaires d'annexer le Maroc occidental à l'Allemagne.
Qu'il nous soit permis tout d'abord de montrer l'impor tance militaire de la possessi<m d'une partie du Maroc ; à cet égard, il faut mettre au premier plan cette considération que la France nourrit sérieusement l'intention d'employku des troupes im>igè.\es d'Afrique dans sa prochaine guerre.
Etant donné que du côté français on envisage sans nul doute, en première ligne, l'Empire allemand comme adversaire dans une guerre future, ce renforcement de la puissance militaire française, ])iiucii)alement vis-à-vis de nous, doit donc entrer en ligne de compte, et nous avons tout lieu de veiller à ce ([u'il ne se présente i)as.
A ce point de vue, la France a un double intérêt à la possession du Maroc : d'une jjart, elle agrandit son dtjinaine de recrutement pour des troupes africaines et, d'autre part, la possession de ce môme domaine assure j)ar surcroit, en cas de guerre européenne, la sécurité d'Alger : elle peut jeter toute sa garnison d'Afrique en Knrope. (Ifllc «-liose est inrpussible si le Maroc reste indépcn<lant, et plus encore si une partie de celui-ci devient allemande; car, dans les deux cas, la I-'pance ne peut songer à découvrir même Alger.
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Or, ceux qui connaissent le mieux le pays affirment que les ellectifs en hommes qu'à l'occasion F Algérie et le Maroc français pourraient mettre à la disposition de la France, sont absolument excellents et, eu tout cas, bien supérieurs aux soldats do la métropole. La chose ainsi considérée, on peut comprendre la persévérance avec laquelle les Français travaillent à acquérir le Maroc : ce qui importe pour eux, ce n'est pas une pénétration pacifique, pas même une colonie commerciale, mais principalement l'acquisition d'un pays de recrutement riche en guerriers que Ion peut utiliser : d'où cette conséquence immédiate (ju'il nous faut nous ojiposer à ce dessein.
Mais le plus sur moyen, à cet égard, c'est une colonie allemande du Maroc occidental, qui ne permette pas à la France de faire passer en Europe des troupes indigènes.
Un autre fait important, c'est qu'une grande partie du sol, excellent pour l'agriculture, cl qui semble fait tout exprès pour la culture du coton, n'est pas propriété privée, mais terre du Ma^hzen, c'est-à-dire appartenant au Gouvernement ou au souverain. Le Gouvernement futur — donc, selon nos désirs, l'Empire allemand — serait d'un seul coup jiroprietaire d'immenses territoires dont la valeur, pour le Maroc méridional et occidental, a été évaluée récemment, par un économiste français, à 3 milliards de francs; ce Gouvernement serait donc à même de faire une politique grandiose de colonisation, à Voecasion de laquelle une réforme foncière pratique pourrait être appliquée dans une large mesure.
11 n'est pas besoin de dépeindre les bienfaits qui en résulteraient.
N'oublions pas de mentionner également que le Sud- Ouest du Maroc possède un climat absolument admirable, si bien que de vasies régions peuvent être qualifiées de stations sanitaires tout naturellement indiquées pour la tuberculose pulmonaire ; le i^lacement de malades y pré-
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senterait ce grand avantage que le climat leur permet un travail constant et que, dans la mesure où ce facteur sanitaire entre en ligne de compte, la meilleure garantie serait oirerte pour une guérison durable.
Ibid., p. 22-2().
4- Réfutation des objections à une annexion du Maroc occidental.
En ])résence des avantages politiques, économiques et sanitaires qui mettent hors de toute question la valeur de ce pays et tout ensemble les avantages décrits plus haut, quelques-uns ont fait valoir des objections que le souci d'être complet nous fait ici un devoir de mentionner et de réfuter.
On prétend qu'une prise de possession jiar l'Allemagne du Maroc occidental, impliquerait notre patrie, par ce fait même, dans une aventure dont on ne peut voir le terme, parce qu'il faudrait nous attendre à des luttes difficiles avec les indigènes. Rien de plus inexact : l'Allemand est considéré et même aimé dans ce pays; autant la domination française est détestée, autant celle de l'Allemagne est ardemment désirée, car on attend d'elle la justice et la bienveillance, choses qui, de la ]nirt de la France, sont impossibles vis-à-vis de la jwpulation de ses colonies.
Même aujourd'hui, le sultan est un amides Allemands; il ne ser.'iit pas difiicile de conclure avec lui un accord lui assurant certains droits lionoriiiciucs et des revenus; alors toute son inilucucc s'emploierait au profit d'une hégémonie alltHuande.
I/es caïds du pays .sont absolument sûrs et germanophiles; ils .salueraient avec la jdus grande joie une
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intervention allemande. Il ne faut pas se représenter une prise de possession du Maroc par l'Allemagne comme devant nous l'orcer à jeter immédiatement de g^randes masses de' troupes dans le pays et à y éUihlir une administration complète; au contraire, on n'y enverrait que les fonctionnaires et soldats strictement nécessaires, et il faudrait parvenir à établir et maintenir l'ordre avec les moyens les plus réduits.
D'après toutes les leçons que notre administration coloniale a recueillies d'un travail de trente ans, nous disposons de fonctionnaires qui sauront conduire les affaires, en respectant les mœurs et les coutumes du pays et en se servant en même temps du concours dos caïds.
Cette crainte d'être impliqué dans une guerre coloniale est donc fragile ; il en est de même de l'objection que fait valoir maintenant surtout la presse socialiste : on ' prétend qu'en demandant de .sauvegarder les intérêts allemands au Maroc, il s'agit uniquement de machinations des grands capitalistes, qui ne regardent en rien le peuple proprement dit. Le fait que le Maroc est au premier chef une colonie de peuplement, laquelle sera, par conséquent, réellement ouverte et acquise à la nation, au sens le plus large du mot, suffit à établir l'injustice de cette critique.
Que ce pays, riche en rainerais et propre à la culture du coton, serve par surcroit des fuis industrielles, cela n'enlève rien à son importance capitale, mais souligne sa valeur totale pour notre patrie. Etant donnée l'importance économique de notre industrie du fer, la chose est d'une évidence immédiate; mais elle saute également aux yeux relativement au coton pour lequel aujourd'hui, ^nous sommes, chaque année, tributaires d'une somme de 5oo millions de mark, en chiilres ronds, en particulier des Etats-Unis.
Mentionnons aussi que la Ligue pangermaniste, au
cours de son intervention pour une colonie de peuplement au Maroc, a rencontré, çà et là, cette objection : A quoi bon? La vieille mère patrie n'est pas surpeuplée; elle manque d'hommes, car l'Est soull're absolument d'une pénurie de bras et l'industrie n'arrive pas à se tirer d'affaire avec la main-d'œuvre indigène.
On peut répondre à cela que, sans doute, pour le moment, il nous faut tirer de l'étranger d'énormes masses d'ouvriers pour répondre au besoin d'hommes de lagriculture et de l'industrie ; c'est ainsi que nous avons près d'un million et demi de nationaux étrangers dans l'Empire. Mais c'est là un état maladif très làcheux en soi, qui probablement n'est que passager. Il n'étouH'e pas le rapide accroissement de notre population, il ne fait que l'aviver; il ne supprime pas la certitude que, vu la persistance de l'augmentation de population dans une période d'années que l'on peut presque compter sur ses doigts, la tension de population sera devenue insupportable.
Et chose capitale : on ne pratique jias, pensons-nous, une politique au jour le jour! Ce qui fait justement l'homme d'État, c'est que dès aujourd'hui il reconnaît les besoins de l'avenir et veille à leur donner satisfaction. Ainsi donc, le fait incontestable, et à proprement parler humiliant, que le territoire «le l'Empire est présentement un pays dinunifj ration pour des nationaux étrangers n'est pas en contradiction avec une jtolitique qui cherche à satisfaire par avance aux nécessités des dix proi-haines aniu'cs.
Enlin, iiieiitionnons encore ([u'un groui)e, bien étroit sans doute, liabitué à jurer sur les paroles de Hismarck, «léconseille toute politique active au Maroc, parce que liismarck nv, voulait pas en entendre! parler; or. nous ({ui sommes pangcrmanistes, nous vénérons plus iidèlement que quiconque celui qui est mort dans lo « Sach-
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semvald «, mais cela ne saurait nous empêcher de reconnaître que les paroles qu'il a émises ne sont pas des lois valables pour tous les temps et toutes les situations; un Bismarck n'y aurait jamais songé ; et lui, qui a dit qu'un ministre ne peut 2)as gouverner d'après un programme immuable, se serait refusé tout le premier à vouloir que des paroles occasionnelles, provoquées par les circonstances particulières du jour, eussent la prétention de prescrire ou de fixei' les voies de la politique allemande pour un avenir éloigné. Son principe était de servir la nation allemande et, pour en avoir la possibilité, d'exploiter les avantages de la situation à tous les instants. Personne ne peut douter que la mission de la politique allemande, depuis la retraite de Bismarck, ne soit devenue plus compliquée et plus ardue; personne non plus, que le souci de donner à la nation un territoire convenable, ne doive être nécessairement au premier plan des ol)ligations d'un homme d'Ktat perspicace. S'il en est ainsi, ou se rendra compte clairement que Bismarck n'aurait négligé aucune occasion susceptible de donner à son peuple un territoire qui put apaiser sa faim pour un certain tem[)s.
Il) id., p. u3-26.