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Deux formes possibles de pénétration allemande an Maroc

C'est la nécessité (jui, dans la vie des peuples, donne des droits et fonde des prétentions; nous croyons avoir exposé suffisamment que les aspirations de l'Allehiagne, se portant vers une partie du Maroc, sont justifiées politiquement et moralement; nous pouvons donc croire et espérer, qu'en fin de compte, aucune résistance sérieuse ne sera opposée à ces aspirations.

Deux choses peuvent se présenter lors des négociations dans un avenir prochain : on peut encore une lois essayer de rétablir l'autorité du sultan, de sorte que le démembrement, pour le moment, n'aurait pas lieu; ou bien on en arrivera maintenant à une explication definitive. Nous ne croyons pas à la première possibilité; toutefois nous l'envisagerons et nous sommes d'avis qu'il faudrait, dans ce cas, que V Empire s assurât sa sphere d'intérêts.

Pour délimiter cette sjihere, il faut partir d'Agadir, le port du pays de Souss.

Que lors des négociations, nous réclamions le Souss, c'est une chose qui va de soi ; ce territoire représentera pour nous une heureuse acquisition ; bien qu'au point de vue agricole il n'ait pas autant de valeur que la Chaouïa, ni qu'il ne soit pas si riche en minerais que, par exemple, les mines de Melilia, il en vaut pourtant la peine et, à ce double point de vue, il portera des fruits abondants.

Toutefois, le pays du Souss n'est pas suffisant pour les besoins qu'il doit satisfaire, et nous recommandons d'y comprendre le bassin contigu de l'oued Draa, de même ■que la portion du littoral jusqu'au cap Juby. Jusqu'à présent on a accordé peu d'attention à ces deux pays qui ne paraissent pas précisément avoir une grauih^ valeur. mais on pourrait les rendre productifs ; surtout le bassin <lc l'oued Draa doit retenir notre attention ; cotte rivière coule sous teiTC, mais ses eaux sont tellement rapprochées de la surface du sol qu'il ne serait pas difficile de les pomper par des moteurs à vent. De cette façon, on pourrait établir l'irrigation artificielle de la contrée, en sorte que l'agriculture en .serait bientôt jirospère; dans cette hypothèse, ceux (pii la connaissent la désignent comme tout particulicn'inciit projïre à la cïillure du coton.

Dans la direction de l'intérieur et du nord, il ne faudrait pas renoncer au territoire de l'Atlas, soit à cause des gÎMemcntM miniers (|ui s'y rencontrent, suit surtout on

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vue de la défense contre la France, qui serait, en elFet, notre voisine et, comme nous le souhaitons, uniquement en venant de l'intérieur, c'est-à-dire de l'est; l'Atlas offre par ses cols des moyens" excellents de défense, qui, avec l^eu de forces sous la main, permettent de tenir tout ennemi à distance.

Enfin, pour satisfaire, dans une certaine mesure, aux nécessités de notre pays, il nous faudrait également, vers le nord, franchir l'Atlas; pour accentuer l'égalité de notre position avec la France, qui a occupé l'une des capitales, Fez, et sans doute ne l'abandonnera plus, il serait indispensable pour nous de demander la deuxième capitale, Marrakesch, et, vu les nouvelles prises de possession françaises, déporter la frontière jusqu'à l'Oum-er-Rebid...

Mais, dans l'état actuel des choses, nous ne croyons pas à la possibilité d'un tel règlement provisoire et nous sommes d'avis que le moment d'un démembrement définitif est arrivé. A cet égard, il nous faut revendiquer le territoire qui vient d'être circonscrit, de l'Oum-er-Hebid jusqu'au cap Juby; considérant toutefois que toute la moitié du Nord-Est reviendrait alors à la France, nous ne pouvons comprendre la raison pour laquelle on lui laisserait le pays de la Cliaouïa avec Casablanca, pays qu'elle a occupé à la suite de violations sans nombre du droit créé par l'Acte d'Algésiras. La France n'est fondée en aucune fa«:on à revendiquer ce territoire — nul doute qu'elle ne serait Jorcée aujourd'hui de se retirer, si l'Empire allemand insistait sur ce point; elle n'a pas besoin d'ailleurs d'occuper cette partie de l'Océan Atlantique, vu que, plus au sud, elle possède un littoi'al suffisant et qu'elle a, dans la métropole elle-même, une longue étendue de côtes tournées vers les mers mondiales. Comme colonie de peuplement, ce pays en a encore Ijeaucoup moins besoin, car c'est un fait connu de tout homme quelque peu renseigné, que, seul, rapjxu't démigration

d'Alsace-Lori'aine, de Belgique et d'Italie préserve la population française d'un excédent de décès sur les naissances, donc d'une diminution du chiffre de cette population.

Quelle différence avec noti'c situation ! Nous sommes d'ans que, lors des négociations sur le démembrement définitif, V Empire allemand se place tranquillement et franchement sur le terrain de la nécessité créée par le rapide accroissement de sa population et indique que la paix universelle ne peut être favorisée par lui qu'autant que le besoin actuel de territoires pour V Allemagne recevra à cette occasion une satisfaction si complète qu'un besoin ultérieur ne se produise pas à brève échéance

Alors notre patrie aurait réellement une colonie de l'Ouest marocain qui, pourvue d'une côte suffisante, du Sebou au cap Juby, avec un arrière-pays convenable, pourrait réaliser entièrement l'objectif que nous désirons atteindre et qui est devenu une nécessité : car, d'après des évaluations sùre-s, il n'y a pas encore deux millions d'hommes qui habitent ce territoire, de sorte que des millions d'Allemands pourront y trouver place.

Le climat est tel que ceux-ci n'y dégénéreront pas ; par leur travail, ils procureront à la métropole du minerai et du coton; ils tireront d'elle les produits do son labeur; par là sera ouvert à l'industrie du pays natal un nouveau marché avec de riches et vastes perspectives d'avenir ; — garantie la meilleure contre des crises dans la mère patrie

(i«;tte prise en considération des besoins de rAllemagU(> ne léserait vraiment pas les intérêts de la France; tout le pays situé entn* la frontière intérieure de l'Allemagne et sa proj)re frontière d'Algérie lui l'c viendrait, abstraction faite de la jxMlion tlu nord-ouest (jui, pour des motifs historiques, économi(iiies ««t inilitaire.H, serait accordée

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aux Espagnols. L'Espagne recevrait le coin du nordouest; mais tout le reste, c'est-à-dire une bonne moitié de l'ensemble du pays, irait à la France.

Et elle s'en contentera bon gré mal gré; car, en lin de compte, il est bien évident que cette fois-ci sa soif de puissance ne triomphera pas des obstacles.

Ibid., p. 3o-33.

6. Possibilité d'une entente avec r Angleterre^ au s II jet du Maroc.

Nous avons exprimé plus haut la conviction que l'Empire allemand peut s'entendre aisément avec le« Français et les Espagnols au sujet du Maroc, et cette conception est d'autant plus justifiée que la France sait exactement que, même en cas de mauvaise volonté, elle n'est pas en état de s'en remettre seule à une guerre avec nous.

Ainsi donc, autant que la France entre en ligne de compte, le règlement n'oll're pas de difficultés ; il n'en peut naître que si une autre puissance se place derrière elle et l'encourage à la résistance. Pour ce qui est île ce role, il nous semtle que l'Angleterre seule est à considérer — et, en eflet, elle se dispose à le jouer réellement. Car les déclarations que le premier ministre anglais Asquith a faites devant le Parlement, dépouillées de toute circonlocution diplomatique et traduites en- simple allemand, n'ont pas d'autre signification que ï Angleterre ne veut pas permettre à l'Empire allemand de se Jixer sur la côte occidentale du Maroc; la première conséquence de celte déclaration fut d'aviver le ton de la presse française, et Ion peut sans doute admettre que les hommes d'Etat français, renforcés jiar l'assentiment de l'Angleterre, prendront une attitude peu amicale à l'égard de l'îlmpire allemand.

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Par suite, la situation est devenue tout à coup sérieuse^ mais il faut déclarer sans ambages que V opinion publique dans l'Empire en l'end l'Angleterre seule responsable, comme de tout ce qui peut s'ensuivre encore. M. Asquith tient à ce qu'on ne se méprenne pas sur le point de vue anglais; — répondons-lui que le nôtre, lui aussi, ne comporte aucune équivoque.

Si l'explication du ministre président anglais reflète réellement l'opinion du cabinet et si l'intention persiste d'y conformer ses actes, cela reviendrait à dire que la Grande-Bretagne n'accorde pas aux Allemands l'unique accroissement de territoire dont ils puissent avoir et ont réellement besoin; ce serait dire qu'elle veut parquer nos 65 millions d'habitants et leurs descendants dans les étroites limites de l'Empire actuel, sans égard aux conséquences pour notre peuple ; ce serait dire enfin qu'elle s'arroge par là une sorte de tutelle sur le peuple allemand.

Nous avons déjà fait ressortir ailleurs la souveraineté de l'Empire allemand, relativement à tout ce qu'il considère comme nécessaire au bien de son peuple; en présence d'une telle immixtion de l'Angleterre, il faut souligner trois fois le droit de notre patrie à disposer d'ellemême. Qu'importe à l'Angleterre que, suivant notre besoin incontestable de terres, nous voulions nous créer une colonie tie peuplement, là seulemenl <»ù il y «^ encore 'une de ces terres disponible?

De quel droit veut-elle nous en empêcher? Elle craint pour sa position mondiale, si nous sommes fixés au Maroc, sur l'Océan atlantique — ainsi que la chose est exprimée sérieusement dans les journaux anglais, — il faudrait éviter de troubler ainsi l'équilil)!'»' des forces navales. Nous ne voulons pas rappehîr les paroles indignée^ de lleinrich von Treitschke, au sujet de l'hégémonie de l'Angleterre, — mais posons cette (juestion : D'où vient (|ue rAuglelcrre supporte les l<'rani;ais sur la côte

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occidentale du Maroc? Les considère- 1- elle comme tellement déchus de leur puissance d'autrefois qu'ils lui apparaissent sans danger, tandis qu'elle redoute en nous un empire qui s'élève?

La chose serait en soi tout aussi flatteuse pour nous qu'injurieuse pour les Français ; mais là où des questions vitales sont en jeu, nous attachons plus de prix à un bon traitement qu'à une opinion aimable.

Mais, pour parler sérieusement : dans quelle mesure une colonie allemande au Maroc occidental sera-t-elle dangereuse pour l'Angleterre?

Car eniiu, nous n'y poursuivons essentiellement qu'un objectif économique : l'acquisition d'une colonie de peuplement convenable où, en même temps qu'elle fournira du minerai à notre grosse industrie, nous voulons produire le coton, tout en la liéveloppant en vue d'un débouché pour les produits de notre pays.

Qu'est-ce que toutes ces choses ont à voir avec une politique violente? Comment jjourront-elles bien déranger l'équilibre des forces navales, lequel d'ailleurs existe d'autant moins (jue l'Angleterre est incontestablement la puissance prépondérante sur mer?

Qu'elle se tranquillise : personne dans l'Empii'^ allemand ne songe à établir au Maroc des points d'appui pour la flotte. (^)u'on veuille bien ne pas perdre de vue, en elfet, que la Hotte allemande n'est pas du tout en état d'y détacher une partie de ses efl'ectifs : — elle est bien trop faible pour cela et restera trop faible encore, même après lu réalisation du plan de constructions navales.

Nous ne pouvons pas nous imaginer que l'état-major de la flotte et le ministère de la marine impériale consentiraient à une pareille dispersion de la Hotte allemande, si on la projetait par ailleurs, et nous sommes persuadés qu'en fait de navires allemands, tout ce qui irait à la côte occidentale du Maroc ne servirait qu'à des mesures

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de police — par conséquent de petits navires qui, en somme, au sens des soi-disant inquiétudes anglaises, ne peuvent entrer en ligne de compte.

Voilà où en sont les choses, et il est clair qu'on ne saurait prendre au sérieux la crainte de TAngleterre au suj€'t d'une rupture de l'équilibre sur mer — cette crainte n'est qiiun prétexte destiné à motiver les nouvelles entraves mises à notre développement colonial, comme nous y sommes accoutumés de la part de l'Angleterre, depuis le jour où Bismarck a acquis pour nous les premiers domaines d'outre- mer.

Or, il faut que l'Angleterre se rende compte clairement que la patience de V Allemagne peut avoir aussi une fin, si ion veut empocher notre patrie d'acquérir une colonie dont notre peuple a besoin pour assurer son avenir'.

En tout cas, si la France, restant aveugle sur son avantage réel et durable, veut laisser abuser d'elle par l'Angleterre, pour un objectif anglais, elle ne pourra douter que, le cas échéant, l'Empire allemand s'en prendra tout d'abord à sa voisine, la France.

Si nous avons parlé de telles éventualités, c'est uniquement pour mettre en garde contre les intentions peu amicales de l'Angleterre et montrer tout ce qu'il y a de sérieux dans les conséquences qui j^euvcnt en découler; — il n'est pas besoin de l'aire ressortir que nous désirons une solution pacifique, si les droits légitimes de notre patrie sont en même temps sauvegardés.

Et à tous ceux cpii tb-siient uik^ htngu»^ continuation de la paix, nous disons que l'I'impirc alliMnanil, aprcs avoir montré son amour de la paix pendant 4» ans, ne peut déclarer la guerre que dans un cas, à savoir, si ses frontières sont devenues trop éti'oiles et s'il nous faut des terres j)our le chillre de notre population; si la faim qui règne dans noire pays n'est pas satisfaite, il faut (|uc le glaive vienne en aide. Nécessitt' ne connaît pas de loi.

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