‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 60 sur 84 · I. Sens de la visite de Guillaume 11 à Tanger · texte numérisé non relu

I. Sens de la visite de Guillaume 11 à Tanger

Lorsque l'empereur Guillaume lit son entrée à Tanger, le 3i mars (igoSi, tout le château de cartes de Dolcassé s'écroula. En déclarant que l'intégrité et l'indépendance du Maroc étaient un axiome de la politique allemande et que le principe de la porte ouverte devait être maintenu avec une égalité absolue pour toutes les puissances, l'empereur Guillaume se plaça sur le terrain de la conférence de Madrid de 1880, qui aujourd'hui est redevenue le fondement de la situation internationale du Maroc.

Tous ceux qui ont entendu les immenses acclamations dont l'eiltrée de l'empereur a été accompagnée, ne doutent pas que cette politique ne réponde aux intérêts allemands et en même temps aux souhaits des Marocains. La Chambre française elle-même n'a pu le cacher. « La colonie espagnole et même la colonie anglaise, » déclara le député Archdeacon, « ont salué l'empereur allemand par des acclamations frénétiques. » On afficha et on distribua l'appel suivant : « Espagnols ! l'empereur Guillaume sera notre hôte pendant quelques heures. Vous qui représentez l'énorme majorité de la population de Tanger, vous contribuerez plus que personne à le recevoir dignement. Il visite ce pays pour rappeler que les anciens traités sont encore en vigueur, lesquels garantissent l'intégrité de l'empire marocain et assurent à toutes les colonies européennes l'égalité des droits, l'autonomie judiciaire, la liberté individuelle et les mêmes avantages commerciaux ou douaniers. Accueillez-le par vos joyeuses acclamations, il est le symbole de la seule politique qui réponde aux intérêts de tous ! Vive l'indépendance du Maroc ! »

Nous serions tenté d'accorder un poids plus grand

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encore à l'attitude semblable des Marocains eux-mêmes. C'est la première fois, certainement, qu'ils acclament, d'un cœur sincère, le prince d'une nation non islamique et nous y attachons l'espoir que la visite de l'empereur aura principalement pour elï'et de contenir le fanatisme islamique violemment excité par la politique provocatrice de la France. Plus d'une fois nous avons montré les dangers d'un mouvement panislamique. Si la France a pu mener à bonne lin l'annexion de Tunis, et l'Angleterre celle de l'Egypte, sans en amener le déchaînement, la raison en est que les souverains de ces pays n'étaient que des chefs laïques. Or, le sultan du Maroc est en même temps khalife, c'est-à-dire chef religieux ayant un caractère sacré, et il n'est pas douteux que le patriotisme religieux, déjà éveillé aujourd'hui, éclaterait d'une manière terrible si le sultan passait sous le joug de maîtres chrétiens. A, notre avis, cette vague de fanatisme se propagerait de l'ouest à l'est, par delà le Nord de l'Afrique, jusqu'en Syrie, en Asie mineure et au cœur des Indes; une telle perspective nous paraît mériter de retenir pleinement et soigneusement l'attention en France comme en Angleterre, ainsi que chez toutes les nations qui, au ^wint de vue politique ou économique, sont en contact avec ce monde islamique.

Deutschland iind die grosse Politik iinun igo5 (L'Allemagne et la grande i)olitique dans Tannee 1905 1, 1906, p. 109-111.

a. Accueil favorable fait en Allemagne au coup d'Agadir.

liU chose cssentiell»; pour uoun, e est l'accueil joyeux et reconnaissant (jue la conduit»* de noli'C Ciouvernemenl a trouvé dans lu presse. On est sans doute en droit de

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dire que toute la .nation approuve les voies dans lesquelles on s'est engagé; le calme, la circonspection, l'énergie de la direction de notre politique étrangère, qui naturellement a rencontré dans toutes ses phases l'assentiment de Sa Majesté l'empereur, sont universellement reconnus. Il n'est pas besoin d'être un devin, pour savoir que le voyage de M. de Kiderlen-Waechter à Kiel a eu pour but de soumettre à Sa Majesté les dernières mesures décisives.

Deutscliland iind die grosse Politik anno igii (L'Allemagne et la grande politique en 191 ii, i<)i'J, p. ao8.

Le coup d'Agadir rouvre toute la question marocaine.

Le monde est reS^enu dès lors à la situation politique qui existait avant le 8 avril 1904, et il s'agit pour nous d'utiliser ces circonstances ; en conséquence, l'Allemagne qui, i)ar suite de la situation mondiale peu favorable et sans doute aussi de négligences, a été spoliée d'une façon si éhontée lors du partage de l'Afrique, doit acquérir la situation territoriale qui lui revient; en second lieu, il faut ([uc la question marocaine disparaisse comme objet litigieux entre la France et nous, que la France soit satisfaite et que nos intérêts matériels sur le territoire marocain soient sauvegardés.

Quant à la question des voies et moyens, il faut nous en remettre sur ce point difficile à la sagesse de ceux qui ont assumé la responsabilité du résultat final. Nous ne croyons pas nous tromper en supposant la meilleure bonne volonté chez les Gouvernements intéressés pour parvenir à une solution qui ne soit pas une chose provisoire mais promette de durer. A aucun prix, il ne peut être question de mêler ces problèmes africains à ceux

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' qui concernent l'Asie, comme il a été, à maintes reprises, suggéré en France; l'Allemagne s'y refuserait nettement.

De même, Ton ne saurait davantage songer au retour du statu quo ante. Nous sommes en présence d'une nouvelle situation, et il faut que celle-ci reçoive une nouvelle solution.

Indiquons encpre en terminant le traité secret que la France, dit-on, aurait conclu le lo avril de cette année avec Mouley-IIafid et dont le texte a été publié par un journal anglais paraissant à Tanger, le Moghreb el Aksa. Si ce traité est réel, comme on le croit ici et, à ce qu'il semble, également en Angleterre, nous aurions une nouvelle preuve que la France considère le traité d'Algésiras comme une phase déjà révolue de sa politique marocaine.

Ibid., p. 219.

■3. Satisfaction apparente du Gouvernement allemand après Vaccord marocain de ifjii-

Le texte de notre accord au sujet du Maroc est maintenant sous nos yeux et les journées prochaines nous montreiont, à l'occasion des débats devant le Ueichstag, l'état d'esprit auquel est parvenue la représentation nationale. Étant donnée l'éïKH'me agitation qui a précédé dans notre presse la conclusion des négociations, on peut compter sûrement sur une critique extrêmement vive de cet accord, surtout que la retraite 8ur])renante du Secrétaire d'l']lat von Lindcquist semble affiruier cette critique de la part des milieux profivssionnels. Loin de nous la pensée de suspecter les mobiles qui ont entraîné cette r«'traite ni les seiitiuMMitH |>atri()ti([ues qui délermineut ropjiosition de noire pres.se. Tout patriote ne peut que se réjouir de cette sensibilité de la conscience nationale,

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car elle montre bien ce que nous pouvons attendre de notre peuple, lorsqu'il s'agit de tirer l'épée.

Mais cela n'exclut pas la possibilité pour le sentiment national de s'égarer quant à son objet. Nous avons va la même chose, alors que tout le monde s'était enflammé pour la patrie bulgare, que toute l'opinion publique ' éclata en cris/ de douleur au sujet de l'acquisition de Heligoland. Pareillement, l'enthousiasme pour les républiques des Boërs, né d'une chaleur de cœur et d'un vif sentiment de justice, s'est révélé, ainsi que l'expérience l'a montré, comme une erreur de notre sentiment politique, que celui qui signe ces lignes a partagée avec la plupart d'entre nous. Aujourd'hui, nous savons que, dans le Sud africain, les Boërs sont les adversaires systématiques des Allemands et travaillent méthodiquement à refouler loin d'eux ceux qui, pendant deux années et demie, ont participé à leurs ci^tés à des luttes sanglantes et à de lourdes piivations. Quant à lu retraite du Secrétaire d'Etat de l'Oflice colonial de l'Empire, le moment choisi par lui a été si inopportun qu'elle a porté un préjudice sensible à nos intérêts politiques. Les représentants de nos ministères d'Empire occupent dans la politique impériale une place analogue à celle de nos commandants de corps d'armée, lesquels n'ont pas le droit de se dérober aux ordres du commandant en chef immédiatement avant une bataille décisive, à peu près comme l'a fait le général (le Gripenberg, le a février igoS, dans la guerre russojaponaise. Mais ces choses sont maintenant du passé.

Le traité est parfait; tel qu'il est, il appartient à la réalité de la politique et de l'histoire. 11 nous donne au Maroc ce qui de tout temps a été notre objectif — dans la mesure où l'Allemagne entre en ligne de compte : ouverture du pays à notre commerce, à notre industrie, à notre esprit d'entrepi'ise, et tout cela assuré d'une façon meilleure et plus large qu'on n'avait pu l'obtenir à Vlgésiras

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et par l'entente de 1909 ; car l'intérêt de toutes les autres puissances, dorénavant associées à la prospérité du Maroc, doit assurer la sauvegarde de ces avantages.

Le texte de l'accord peut certes être considéré comme une garantie modèle de tous nos intérêts réels ; tout dépendra dans l'avenir de ce que nous en ferons. Ce que nous en ferons déterminera aussi l'importance pratique de nos compensations au Congo français. Une voie a été indiquée ; une perspective d'avenir est ouverte ; mais ces deux choses n'auront d'utilité que si nous sommes résolus à surmonter énergiquement les difficultés avec lesquelles il faut sans doute compter. La nation qui, du désert de sable qu'elle était dans le saint Empire romain a fait la Marche du Brandebourg, qui a su créer dans le Sud-Ouest africain un domaine colonial plein d'avenir, réalisera aussi, — nous en avons la ferme croyance, — dans un Cameroun agrandi et ses dépendances ce que les efforts de la France, jusqu'ici, n'ont pas réussi à faire. C'est un Empire tropical qui a presque l'étendue de la Prusse ; puisse-t-il croître et prospérer comme la Prusse : c'est notre vœu et notre espoir !

Ibid., p. 3'2i-3'2'2.

Friedrich NALMANN lk colonialisme du parti national-social

Fhikuiucii NAUMANNest né àSlornital, dans le royaume de Saxr, en i8(k). La Nikolaïschule de Leipzig, la Fiirstenschule de Meissen, où n'entrent que des boursiers distingués, les Universités de Leipzig et d'Erlangen, voilà les établissements où il lit ses études. 11 débuta comme pasteur dans un bourg modeste, à Langenburg, près (ilauchau. Le pastorat des églises libres le séduisit davantage, parce qu'il est mieux fait pour les pasteurs ambitieux et ne les oblige pas aux stages prolongés dans les paroisses de second ordre. Friedrich Naumann, orateur réputé dès ses débuts, s'établit pasteur libre à Francibrt-sur-le-Mein, dès i8t)o. La Mission intérieure le choisit pour prédicateur en i8<)4 11 est ainsi devenu l'orateur ambulant et couru des foules, quia exercé son apostolat infatigable depuis vingt années.

L'apostolat de Friedrich Naumann est multiple. Il est religieux, social, politique, colonial, artistique. Naumann est entré dans la pratiijue pastorale au moment où le christianisme social du pasteur Stœckcr était en pleine vogue. La même propagande sociale absorba les premiers ellorts de Namnann. Ce lut l'objet de ses premiers opuscules; Das saziale Progranun der evang-elisvhen Kirche il^ prof^ramme social de l'Eglise évangêlique, i8<)oi ; — Was heisst christlich sozial ? {Qu'est-ce que le christianisme social? a fasc, i8y4-9^); - Soziale Briefe an reiche Lente [Lettres sociales adressées aiL\ riches, 1H94) ; — Jésus als \'olksniann (Jésus, tribun populaire, 1894); - ^^^ Grundlage nnseres Glaubens {Les bases de notre croyance, 1878). Mais tandis que le christianisme social de Stœcker était conservateur et prenait la suite des tentatives faites depuis Frédéric Guillaunnî TV, par Bettina Brentano et par Victor-Aimé Huber, Naumann chercha le contact avec les pj^rlis libéraux et avec le socialisme démocratique.

Il fonda ainsi le parti national-social, dont les prmcipaux manifestes sont : Nationalsozialer Katechismus (Catéchisme

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national-social, 1896); — Nationale Sozialpolitik {Politique sociale nationaliste, 1898) ; — Demohratie und Kaisertuni {Démocratie et Empire, 1900); — Nationaler und internationaler sozialismus (Socialisme national et international , 1901) ; — Xeudeutttche Wirtschaftspolilik {Politique économique néo-germanique, 1907). Il prétendit réconcilier renipereur et le capitalisnie avec les ouvriers. Le système capitaliste lui parut t-tre la vraie force vivante de la société moderne. Dès lors les ouvriers avaient tout intérêt à se procurer par entente amiable, les avantages que le capitalisme industriel peut seul leur assurer.

Les industriels allemands étaient placés dans l'alternative de choisir entre l'alliance avec les conservateurs et l'alliance avec les démocrates. Leur choix décidait de l'avenir de l'Allemagne. .L'alliance avec les conservateurs leur garantissait la durée des méthodes autoiûtaires qui font obéir le peuple. Mais elle s'achetait par de hauts tarifs agraires. L'alliance avec les démocrates coûterait des concessions notables. Il faudrait accorder le droit de coalition et le sulTrage universel en Prusse. En échange, la démocratie ouvrièi-e, d'accord avec les industriels, obtiendrait du Reichstag des tarifs douaniers favorables à l'industrie, un programme de grands travaux publics (comme le canal intérieur de l'Elbe au Rhin), qui favoriseraient la circulation commerciale... Le capitalisme industriel obtiendrait un recrutement libéral et démocratique du fonctioimarismc.

Enfin le peui)le allemand, devenu industriel, ne pourrait accepter qu'un régime parlementaire. Il appartenait à l'empereur de faire évoluer dans ce sens la politicpie intérieure allemande. Sa récompense serait l'adhésion des masses ouvrières, même socialistes, à l'idée impériale.

L'œuvre toutefois de celte nouvelle Allemagne démocra" tique, sociale et impérialiste, serait une cvuvre d'expansion au dehors. C'est la pensée que Friedrich Naumami a développée dans les ouvrages et opuscules intitulés Weltpolitik und Sozialrefonn , Politique mondiale et liéfornw sociale, 1898); — Zar und Weltfrieden (Le Tsar et la paix mondiale, 1898); — Deutscliland utul Oestvrreich {Atlema^-ne et Autriche, iSi^j) ; — ,-is/« (1900;; — Flotte und. Reaktion {Flotte et réaction, 190*)). Friedrich Naunuinn a toujours considéré coinmcî ■ une duperie les tentatives du tsar pour amener le désarmfv raunt et lOrgunisalfon d'un arbitrage européen. Ce. ministre de l'Evangile a toujours pré'dil «-l souhaité la guerre qui div vail fonder •■ la plus grande .Vlleinagne ». Son volume intitulé .4«^â (ii)<K>) «lécril un voyage (|uil lit en i8t)S, en même ti-inps qnr < ixillHunir M «n l'.il.slinc ri en Asie Minrurc ('<>

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volume est devenu un des catéchismes les plus notoires du parti national-social en matière de politique extérieure. Il préconise une colonisation intensive de l'Asie Mineure par l'Allemagne; la réorganisation administrative, financière et militaire de l'Empire turc par les Allemands. La guerre angloallemande, et <lès lors la conflagration européenne, surviendrait, disait Nauiuann, avant le morcellement de l'Empire turc et de l'Empire autrichien. Il fallait que, pour cette grande liquidation, l'Allemagne fût l'alliée des Turcs et des Autrichiens. Pendant cette guerre, elle s'assurerait l'influence décisive en Autriche et eu Turquie, en sorte que l'héritage turc et l'héritage autrichien plus tard ne pourraient revenir qu'à l'Allemagne. Pour cette politique de pvoie, Naumann a toujours compté sur la complicité des classes ouvrières allemandes réconciliées avec le capitalisme et avec l'empereur. Friedrich Naumann édite, depuis lyoi, un périodique religieux et politique. Die Hilfe, qui est l'organe du parti nationalsocial. Il est député au Reichstag, depuis 1907, pour la circonscription de lleilbronu.

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