I. Sedan et ses conséquences en Orient
Le 6 septembre 1871 mourut Ali Pacha, l'homme politique turc le plus doué de notre siècle. Il avait compris à merveille le changement que la victoire de l'Allemagne sur la Fi:ance avait amené dans la situation politique. A une époque où peu d'Allemands encore pressentaient les conséquences que la paix de Francfort ^jourrait avoir au sujet de la question d'Orient, il dit à l'ambassadeur autrichien, Prokesch-Osten, « que les relations entre la Russie et la Prusse ne gagneraient i^as à cette victoire sur la France; que la Prusse s'ellorcerait de conquérir l'alliance de l'Autriche; mais que de là résulterait pour la Porte l'appui dont elle avait manqué si longtemps ». {Geschichte der orientalischen Angelegenheit ini Zeitraum des Pariser und des Berliner Friedens, von Félix Bamberg, Berlin 189a.) Ce que ce Turc mourant disait par ces mots, est en etl'et le germe de notre politique orientale. Il
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faut que nous protégions l'empire ottoman, parce que nous avons vaincu à Sedan. Par notre victoire, nous avons brisé, même en Orient, la force politique si importante de la France. Il se forma une brèche par laquelle la Russie et l'Angleterre se seraient introduites sans ménagement, si nous n'avions pas existé. Nous recueillîmes, ici comme ailleurs, l'héritage de Napoléon III, tandis que la France reprit le rôle de la Prusse dans ses rapports avec la Russie. Autrefois, c'est Napoléon III qui était l'ami du padischah ; aujourd'liui, c'est Guillaume II. Il n'y a qu'un endroit où malheureusement nous n'avons pas pu hériter des Français : c'est à Suez.
Asia, 1913, p. i4i.
2. Conflit irréductible de r Angleterre V et de l'Allemagne en Orient.
Dans un empire mondial, il y a un instinct irrésistible qui pousse à l'expansion. Jusqu'ici, tous les empires mondiaux de premier ordre furent jwrtés à avancer pas à pas, jusqu'à ce que la tension exagérée de leurs forces les amenât à éclater. Mais jamais une nation ne i)eut, au milieu de son histoire, faire retentir d'elle-même le signal d'un arrêt volontaire. L'Angleterre est contrainte d'avancer dans la conquête de la terre, tout comme autrefois les Turcs. Tout nouveau pas particulier n'est que la conséquence du précédent, (lelui qui [)ossède les Indes, est forcé d'avoir Suez; celui qui a Suez, est forcé d'avoir rKgypte, (îsl forcé de conquérir le Soudan; celui (jui veut avoir le Soudan, n'a pas lo droit de laisser tomber l'Abyssinie en dé fortes mains, etc. Les dépenses et les sacrifices des opérations précédentes sont des forces qui poussent à <h' nouvelles exigences. (}\n\ par là, d'autres nations
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montent ou tombent, le peuple mondial n'en a cure, pourvu qu'il puisse obéir lui-même à la logique de la puissante évolution qui lui est propre. Partout dans le monde, l'Angfleterre a sa « splière d'intérêts ». Nul phare dans toutes les mers n'offre une aussi vaste perspective que l'Office des alTap'es étrangères à Londres. C'est de Londres qu'est faite l'histoire du monde sur tout le globe, dans le siècle précédent et le nouveau.
Du fait de l'empire gigantesque anglais, l'Allemand n'a que deux j^ossitilités réalisables. Ou il luttera, ou il fraternisera. Mais il est nécessaire qu'il fasse l'un ou l'autre, s'il ne veut pas tomber dans l'insignifiance. Considérant la logique j)oli tique qui s'est exercée pendant des siècles et qui est donnée par la nature d'une puissance existante, nous n'avons pas le droit de faire une jwlitique allemande sans principes ; et, en particulier, il est nécessaire que le peuple tout entier prenne conscience de l'importance de sa situation dans le monde. Le peuple doit 2jayer des impôts, donner des navires, porter les armes, et comme il est un peuple moderne et cultivé, il faut qu'il sache aussi dans quel but et pour quel motif il s'impose un fardeau de fer. C'est pourquoi il est vivement désirable que les j)roblèmes de la politique extérieure ne soient pas traités comme une science occulte. Nul homme ne demandera que les petits coups du jau d'échecs des diplomates soient immédiatement affichés sur tous les murs, mais il faut que la ligne directrice soit ferme et connue au grand joui*, liien des choses que nous taisent les secrétaires d'Ktat sont dites par l'empereur. Seulement nous espérons que les paroles impériales seront toujours en harmonie avec la politique étrangère allemande réellement suivie et que nous n'aurons pas, comme la France sous Napoléon III, une politique impériale et une politique ministérielle côte à côte.
Autant qu'on puisse en juger par les discours de l'em-
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pereur, les dés sont tombés définitivement pour une politique anti-anglaise. C'est ainsi qu'ils doivent tomber, si nous ne voulons pas sombrer dans le sillage de l'Angleterre en tant que nation allemande. Une Allemagne unie à l'Angleterre restera toujours une grandeur sans indépendance. Nous avons déjà perdu des millions d'Allemands dans l'élément anglo-saxon. L'Allemand pris individuellement n'a guère la force de se soustraire à l'influence enlaçante de la puissance anglaise, quand il vit à l'étranger et qu'il n'est pas fortifié par la conscience d'un contraste national. Jamais l'Allemand ne devient Russe ou Turc, mais en présence de l'Anglais, il baisse le ton et voit ses enfants parler anglais.
L'Amérique du Nord en fournit la preuve. Dans ce sens, l'élément anglais est pour nous un danger national, on i»eut dire : le danger national. Qu'on n'oublie pas non l)lus que le socialisme internationaliste fut formulé à Londres. Il vit dans le courant d'idées qui prend naissance dans la capitale du monde.
Ibid., p. i4a-i43.
3. Le parti national- social et In politique coloniale allemande en Orient.
Le socialisme national est une chose qui n'est encore cliez nous qu'au début de son développement, une vue politique qui n'a pa.s encore conquis de place dans les menées des jmrtis allemands. Jusqu'ici, il y a un nationalisme bismarckien dans les hautes couches et un socialisme inarxislc daiLs les sphères sociales d'en bas. Non seuiemcnl la j)(>lili([uc inlérieure de l'Allemagne, mais aussi notre poIiti({ue extérieure sou lire de ce double état de choses. Nous n'avons alfaire ici qu'avec la .seconde