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question. Au point de vue national allemand, tout le poids doit portei" sur le développement industriel de la nouvelle Allemagne . Nous sommes un peuple en voie de croissance. Notre chiil're de population ne tardera pas à s'élever à 05 millions, même à jo millions d'hommes. Ces millions veulent du pain et du travail. Nous ne pourrons jamais plus vivre uniquement de la terre allemande. On aura beau entretenir notre agriculture le mieux pos.sible, nous aurons néanmoins besoin chaque année de plus de cheminées d'usine qui fument pour le marché mondial. C'est l'intérêt vital de tout le peuple, mais en même temps l'intérêt spécial des fondateurs d'usines, des commerçants, des industriels et des ouvriers. Ces classes industrielles de la nation ont entre elles, d'une part, de grands conflits d'intérêts, d'autre part, l'intérêt commun puis- .sant de faire une politique allemande en vue du commerce mondial. Actuellement, elles se gênent précisément l'une l'autre dans ce dernier intérêt, en tant que les ouvriers, sous la conduite des socialistes, poursuivent une politique extérieure qui, au fond, reconnaît simplement la suprématie de l'Angleterre existant aujourd'hui dans les relations internationales. Tout refus d'augmentation de la flotte est un service conscient ou inconscient rendu à la domination de la flotte anglaise. Tout afliaiblissemcnt de l'énergie de la nation allemande par les sociétés pacifistes ou par des aspirations similaires sert à accroître la puissance gênante de ceux qui dominent aujourd'hui de la ville du Cap jusqu'au Caire, de Ceylan aux mers glaciales. Il se peut que l'Angleterre, si nous marchons avec elle, nous laisse ses jx>rts ouverts, mais « la langue allemande ne sera plus alors qu'un dialecte de la langue mondiale anglaise; l'âme du peuple allemand disparaîtra à peu près comme l'âme de la nation danoise et polonaise. Longtemps encore, elle sera secouée de convulsions et saignera, mais elle ne peut vivre, vaincre,
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régner et exercer une action qu'autant que notre peuple ne commettra pas dans la période historique actuelle une faute que plus tard il ne serait .plus jamais possible de réparer. Pas d'entente fraternelle avec l'Angleteri^! Une politique nationale !
Ce point de vue détermine notre attitude dans la question d'Orient. C'est ici que réside la raison morale profonde pour laquelle il nous faut rester indilTérents, politiquement parlant, aux soulfrances des peuples chrétiens de l'Empire turc, si pénible que la chose puisse être à notre sentiment. L'Angleterre sait qu'en tout état de cause elle ne peut pas ne pas gagner à la ruine de la Turquie.
Quiconque possède la force de l'Angleterre gagne à tout marchandage de peuples. Elle occupe, contrôle et iinalement émet cette prétention : a Tout contrôle revient en diplomatie à jjosséder. » Quand l'Angleterre aura le chemin de l'Euphrate, sa force actuelle sera à nouveau augmentée d'un demi pour cent, et alors nous serons à notre tour all'aiblis de cinq pour cent dans la lutte pour notre propre existence.
Ibid., p. i44-i45-
4. Pourquoi V Allemagne doit se désintéresser du massacre des chrétiens en Orient.
C'est une vieille erreur du libéralisme allemand déjà ancien, commune d'ailleurs au socialisme, de se ci*oire obligé de propager partout .sur le globe ses principes polili([ues, frrtHii' identique à colle ([u'a eue si longtemps l'absolutisme russe et qu'il a ]tarfois encore aujourd'hui. (^)uand, «Ml ell'et, on accentue fortement comme le socialisme les principes économi({ues des constitutions politiques, on devrait être en garde contre la pensée qu'un vieil Etat décentralisé, dont la vie 4conomi(iuc est restée
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entièrement à l'état de nature, puisse avoir besoin d'une constitution moderne reposant sur l'obligation scolaire, des chemins de fer et des journaux. La Turquie peut bien avoir la constitution qu'elle voudra, pourvu qu'elle se maintienne à flot encore quelque temps. C'est dans ce sens que Bismarck nous a appris à séparer la politique extérieure de la politique intérieure.
La même chose s'applique aussi à la mission chrétienne. En tant que chrétiens, nous désirons tous les progrès de la foi qui assure notre salut, mais notre politique n'a pas pour tâche de faire œuvre de mission chrétienne. Les deux choses se trouvent mieux de ne ]ias s'engager dans un travail commun. Napoléon 111 était à la fois ami du sultan et protecteur des chrétiens d'Orient. C'est en cela qu'a résidé la faiblesse fatale de sa politique orientale. Dans la conversation déjà mentionnée d'Ali- Pacha avec M. de Prokesch-Osten, il fait un reproche à la France de ce que « toute insurrection dans les pays soumis à la Porte ait trouvé un appui dans la France ». Cela fut le résultat du protectorat chrétien. La tentation est grande, en efl'et, pour un monarque chrétien, auquel sa situation politique particulière comme j^rotecteur des mahométans cause un sentiment pénible, de chercher un contre poids dans un droit de protection sur les chrétiens ; mais, au fond, on ne j^eut pourtant avoir la prétention que d'être l'un ou l'autre. Ce fut une bonne fortune, croyons-nous, que la volonté de rAlîeniagne de servir tous les chrétiens d'Orient se soit heurtée à des obstacles à Rome comme à Paris A l'heure présente, l'attitudç de Guillaume H est plus nette que celle de Napoléon III. Comme empereur allemand, il protège les protestants et les catholiques allemands de l'Empire turc ; mais, pour tout le reste, il ne fait pas de politique religieuse en Orient, il ne fait que de la politique allemande.
Ibid., p. 148.
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5. Portée politique du discours prononcé par Guillaume II à Damas.
La façon dont la Russie se comporte dans l'Empire ottoman varie suivant les circonstances du moment. Longtemps elle fut plutôt la protectrice des révoltés ; à présent, elle semble davantage soutenir le sultan. Toujours elle mène les deux actions de front, mais en accentuant différemment l'une ou l'autre. Pour des motifs d'ordre religieux et national, elle ne peut i)as s'abstenir de miner par en dessous et préfère néanmoins ne laisser à personne autre, pas même aux Allemands, une part prépondérante dans l'influence exercée sur la machine de l'État, du moment que celle-ci existe. Il peut se faire que la Russie dise un jour : « Je protège le sultan ! » Alors le sultan sera, sous les formes les plus délicates, prisonnier de la Russie. En Ru.ssie, on n'aura pas oublié qu'une fois déjà un sultan en péril voulut s'enfuir avec ses trésors sur un navire russe. Or, si la Russie a le sultan, elle en jouera comme l'Angleterre du khédive. Notre empereur a-t-il songé à une pareille éventualité, en se déclarant à Damas l'ami de tous les mahométans ? Le discours impérial de Damas peut avoir été dicté par l'inspiration du m<»inent, mais il peut avoir été aussi un acte politique concerté. Nous ne nous hasaixlerons pas à le ranger d'un tùté ou de l'autre. S'il a été un acte politique rigoureusement préj)aré, il a à compter avec de vastes et graves éventualités, ('/est uniquement pour pénétrer plus avant <lans la question d'Orient, que nous arrétei*ons plus nettement par la pensée les circonstances de deux de ces éventualités.