PREFACE XXI
et l'tTat de guerre, selon toute apparence, vont durer encore des années dans l'Est-Africain, je ne tiens pas pour impossible que nous en venions un jour à faire de cette troupe, levée par le major Wissmann selon la vieille coutume des lansquenets, une troupe impériale. >
Les dernières années du ministère de Bismarck s'étaient écoulées dans ces atrocités coloniales, qui avaient propagé l'incendie insurrectionnel. Elles avaient abouti à des convulsions d'où l'Empire allemand ne pouvait sortir que par cette métliode latine de gestion directe par l'Etat, seule compatible avec le contrôle par l'opinion publique, et (pie la mégalomanie tudesque avait d'abord condamnée comme française.
Toutefois la politique coloniale bismarckienne put marquer un succès africain: la conférence du Congo en 1884. Ce fut un succès sur l'Angleterre. Un Comité d'Etudes du Haut-Congo, fondé par le roi Leopold et par^ Stanley en 1878, s'était peu à peu dévoilé comme une tentative militante de colonisation. Il en était sorti, en 1882, ÏAssociation internationale du Congo, qui, conduite par d'audacieux condottieri, avait, à travers des difficultés, il faut le dire, héroïquement surmontées, réussi à fonder un véritable Etat colonial sous le tropique africain. Mais cet Etat empiétait sur des prétentions rivales. Le Portugal et l'Angleterre n'étaient pas disposés à laisser l'embouchure du Congo passer en des mains étrangères. Les explorations de Hrazza étaient contrecarrées par les Belges que conduisait Stanley. Il n'est pas jusqu'au Cameroun qui ne fut envahi par des colonnes belges. Il fallait régler par une Convention euro-
XXII I.K I'ANGERMANISMK COLONIAL
péenne cette situation grosse de perils. Au profit de qui se réglerait-elle, soit que l'Association internationale formât un Etat indépendant, soit que sa situation linancière l'obligeât un jour à liquider? Jules Ferry, pour cette dernière éventualité, avait négocié pour la France un droit de préemption. Mais ce droit serait-il reconnu par les puissances?
Bismarck n'avait qu'une idée : refouler l'aïubition anglaise. Ce fut cette préoccupation qui le poussa à convoquer la Conférence de Berlin (novembre 1884)- Il eut la prudence de s'assurer d'avance l'adhésion de la France. Un des résullats de lu politique sinueuse de Jules Ferry, a été de prolonger la longue rivalité coloniale entre la France et l'Angleterre. Sans doute l'Angleterre a sa part de responsabilité. L'admiration de la force allemande, notable chez les libéraux, prodigieuse chez les tor'ys, était sans contrepoids, tant que la Hotte allemande, très inférieure alors à celle de France, ne décelait pas les ambitions lointaines de l'Allemagne, croissantes dans le peuple, alors même (pielles restaient masquées dans la diplomatie. Au demeurant, Bismarck, en soutenant la France, réservait l'avenir économique allemand. C'est ce que prouvent les résultats de la Conférence africaine de 1884. Elle stipulait la liberté de navigation sur le Congo et sur le Niger. Elle reconnaissait la neutralité du bassin du (^ongo. Une sorte de Belgiipie africaine naissait, intangible aux plus forts, mais qui restait économicpiement ouverte à tous et d'abord il ceux dont le besoin d'expansion était le phis impérieux, c'est-à-dire aux .Mleiuands. Les conventions entre l'Angleteri'e et le Portugal se trouvaient