TJ LE paxgermajvismp: colomal
autre espèce et, quand trente ou cinquante années encore se seront écoulées, l'Allemand d'Afrique se sera develojipe en un type bien arrêté, qui aura ses faiblesses J à lui, comme toute autre nationalité, mais qui, pris dans sa généralité, re[)résentera un enrichissement heureux de l'esprit allemand.
Ce qui donne à une nationalité, comme la nationalité anglaise, un si grand avantage sur nous, c'est une manière de provignage d'outremer, non jias seulement par les grands et vigoureux rejetons coloniaux qu'elle s'estdonnés, mais aussi par le fait qu'un nombre considérable de ses membres passent une grande partie de leur vie de l'autre côté de l'océan, à titre de soldats, fonctionnaires, commerçants, ingénieurs, etc. Par là, la nation acquiert un élargissement gt-néral et durable de son horizon intellectuel. Nous commençons à avoir chez nous un développement de ce genre, mais malheureusement dans une mesure trop restreinte encore. Ce développement deviendra plus important et prendra une plus grande extension, dès que s'accroîtront davantage aussi les rapports entre la mère patrie et nos colonies.
Il faudra beaucoup de temps encore pour qu'il puisse être question de la transformation des colons allemands d'Afrique eu j)cuples tout à fait nouveaux, comme les Australiens et les Canadiens, parce que les relations, à cet égard, ne sont j)as assez étendues. Les liens entre les colonies et la mère patrie garderont encore chez nous pendant plusieurs générations un caractère plus direct et plus personnel; le sentiment d'une parenté de famille do part et d'autre, les visites au pays natal des colons ayant acquis <le l'aisance, l'éducation et les études des jeunes gens qui recherchent une instruction supérieure dans les écoles allemandes et les universiU's, nous donneront peu à peu conscience qu'il y a une Allemagne et dc8 nationaux de l'Kmpire allemand au delà des mers.
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Voilà un premier résultat. Un autre résultat sera que les rapports entre les Allemands de la métropole et ceux d'outre-mer feront naître peu à peu à nos yeux l'image d'un nouvel esprit allemand supérieur à maints égards.
Nous avons déjà fait remarquer que la^ résolution d'aller chercher une autre patrie au delà des mers découle, la jîlupart du temps, du désir de sortir de sa condition étroite pour se donner de l'espace. Beaucoup de nos colons d'Afrique, qui primitivement se sont rendus là-bas comme soldats, fonctionnaires et commerçants, n'ont pas songé à s'y fixer à demeure. Mais, quand ils ont connu l'Afrique, ils l'ont aussi aimée; soit que la dure mais grandiose nature du pays parlât à leurs âmes, soit que les conditions qu'il impose à chacun de ceux qui veulent y vivre : indépendance de caractère, acceptation de la responsabilité personnelle pour ses laits et gestes, répondissent à leurs tendances intimes.
D'autres aussi se sont forgé d'avance un idéal au pays natal et sont partis pour le réaliser. Ce sont des hommes qui proviennent des milieux sociaux les plus dillérents de la métropole, mais ce qui les unit intérieurement, c'est la pensée de se façonner une existence j^lus large que les circonstances ne le permettaient chez eux, par tous les moyens qui étaient à leur disposition : argent, force de travail, ou les deux choses à la fois. La liberté et une indépendance qui permette à l'homme de choisir sa destinée et de la pétrir suivant ses qualités, c'est en cela que réside l'idéal colonial ; et la joie de pouvoir réaliser sur une nouvelle terre un objectif qu'on a soi-même voulu, élève, chez le colon, le sentiment de la valeur personnelle.
Par ce mot de sentiment de la valeur personnelle, nous touchons au vif de la psychologie de l'homme des colonies. La santé intime de notre être suppose qu'on dis-
l^ose dun fonds de fierté individuelle, joint à un etlbrt pour élarg^ir sa vie. Chez des esprits d'une valeur morale moindre, cet effort naturel dégénère facilement en aberrations telles que celles qui prennent une signification souvent ridicule et parfois même funeste sous le nom de « Tropenkoller » (i). Presque toujours, l'individu doit exercer dans les colonies plus d'autorité qu'au pays natal. Chaque fonctionnaire a une plus grande infiuence sur les artaires dont il a la charge, sur les hommes avec lesquels, à cet égard, il est en contact, que dans la métropole; même celui qui n'a pas été gratifié par l'autorité i)ubli(|ue d'un petit titre honorifique, garde, eu sa qualité de blanc , vis-à-vis des indigènes, une attitude extérieure ou intérieure qui lui permet d'affirmer plus énergiquement sa volonté.
Il faut ajouter que le contrôle de soi et la solidité intérieure qui viennent chez chacun de nous, du fait de vivre dans des conditions bien arrêtées, sous la surveillance constante du grand nombre de ses semblables se trouvant dans le milieu où se déroulent ses actions, manquent ordinairement là-bas ou sont moins rigoureux.
Ibid., p. i34-i4i-
12. Donner d'un Empire colonial britannique allant de V Atlantique au Pacifique.
Vis-à-vis de l'Allemagne, la politique anglaise eût été sûrement satisfaite, si nous avions été disjiosés à accepter, sans faire a[>)>el aux armes, les décisions qui doivent ôtre prises à notre égard. Mais comme l'espoir de reprendre l'Alsace-Lorraine détermina la France à se
(i;Le mot /i'o//cr rsl un vitnix mol alloniuiul, de lu nu^ino racine que noir»' colère. La • colère des tropiques " est notre a/ricunite.
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joindre à la suite de l'Angleterre et que le droit d'expectative de l'Italie sur des possessions au delà de l'Adriatique ne pouvait être réalisé que par une atteinte directe aux intérêts vitaux de l'Autriche, en fait, il ne fallait pas songer à ce que la politique d'encerclement atteignît son but, sans la puissance des armes. L^objectif de l'Angleterre était de fonder un Empire britannique compact, depuis le sud de l'Afrique jusqu'à l'Australie et, à cet effet, de démembrer la Turquie. En même temps, l'Allemagne devait être mise à l'écart et, en cas de résistance, dépouillée de ses possessions africaines et de sa flotte ; si la chose réussissait, l'Alsace-EoiTaine devait également lui être reprise.
Les trois clefs qui nous l'ont entrer dans la genèse de ce projet anglais résident en Mésopotamie, en Egypte et dans l'Afrique orientale. Pour les Anglais, la partie allemande de l'Afrique orientale constitue l'unique enclave étrangère dans un bloc gigantesque de possessions qui, sans cet obstacle, s'étendraient d'un seul tenant depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'à la côte égyptienne de la Méditerranée. Dès aujourd'hui, l'Afrique orientale portugaise, n'est guère plus qu'une dépendance anglaise et elle passerait tôt ou tard, sans grandes diflicultés, sous le drapeau anglais. Katanga, le coin sud-est de l'Etat du Congo, riche en minerais, constitue également pour la 2)olitique anglaise un objet de convoitise pour l'avenir, et c'est la raison pour laquelle l'Angleterre, jusqu'ici, n'a pas encore reconnu la colonie belge. Enfin, quant à l'Abyssinie et au Somaliland italien, qui est sans valeur, ils sont situés à l'écart, et le vaste programme de la politique britannique en Afrique peut s'en passer. L'Afrique orientale allemaade est le plus nécessaire à la réalisation de ce programme et depuis que Cecil Khodes eut pour la première fois l'occasion de parler avec l'empereur Guillaume II de la politique africaine ainsi que des projets
d'une voie ferrée et d'une ligne télégrapliique trausafricaines, on n'a pas manqué jusqu'ici de laisser entendre, du côté anglais, qu'on serait disposé à payer un bon prix pour TAlVique orientale allemande elle-même.
Au point de vue de la politique mondiale, les vœux et projets qui se rattachent au territoire turc de Bagdad, l'antique Babylonie, ont une importance beaucoup plus grande encore. Dans l'hypothèse où la portion méridionale delà Perse avec le golie Persique l'ormeraienl partie intégrante de l'empire anglais et où l'Arabie, elle aussi, serait soumise fortement et sûrement à l'influence anglaise, le territoire de Bagdad représente l'unique coin •qui sépare encore l'Egypte africaine de la moitié indoasiatique de l'Empire mondial britannique. Pour cette raison, il semble tout naturel qu'au moment même où, avec l'avènement au trône du roi Edouard, la politique impérialiste anglaise prend son haut vol, des côtés les plus différents se révèle en même temps cet objectif : faire de l'Océan Indien et de toute la musse des pays qui l'entourent un domaine compact soumis à la domination anglaise. Tandis qu'on préj)are avec le Japon l'alliance destinée à abaisser les prétentions de la Russie, au point de la faire entrer dans le sillage de la politique anglaise et de l'amener à renoncer à la moitié méridionale de la Perse, lord Curzon, vice-roi des Indes de i8()«) à igoS, proclame publiquement le programme de la suprématie britannique sur la région centrale du Levant, et Willcocks, célèbre ingénieur hydrographe, fait au Caire sa conférence sensationnelle sur le rétablissement de l'antique civilisation babylonienne parles Anglais. En même temps, il se trouva que, depuis longtemps déjà, les anciens lits des fleuves, les canaux, les écluses et les digues de la l»i'ovince de l'Irak (il avaient été relevés par ties ofliciers
(I) l'ay» compris entre l« Tigre et l'Euphrali-
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du service géométrique des ludes; et, parlant de la reslauration du Nahar Malka, canal royal de Babylone, Willcocks souleva (;ettc question politique très insidieuse (le savoir si, dans l'avenir, ce cours d'eau était destiné à s'appeler le canal de l'Empereur d'Allemagne ou le canal d<^ l'Empereur des Iniies. 11 alla jusqu'à ])rojeter ouvertement la colonisation de cette antique terre civilisée, aujourd'hui dépeuplée, après l'achèvement des travaux d'ii'rigation, par des paysans do l'Egypte et des Indes, donc par des sujets anglais, (^uand un homme, portant un nom d'une autorité aussi grande et aussi notoire que Willcocks, exjîrimait de telles idées, voilant à peine encore l'idjjectif d'une politique d'annexion des pays du Tigre et de lEuphrate, l'on peut irconnaître avec une ( larlé suffisante <[ue sous elles ne se cache rien de moins (jue la grande pensée d'incoi-porer à l'Empire toutes les terres situées entre le Nil et l'indus.
IhùL, p. i63-i65.
i3. Evolution de la polilûjue coloniale allemande. Erreum et progrès.
Le Ciouvernement donna à profusion, inutilement et sans garanties, des terres, des droits de mines et des concessions de toute nature à des sociétés allemandes et étrangères qui manijuaient de capitaux, de bonne volonté, ou des deux choses à la fois. Au Ueichstag, les partis rivalisaient d'ignorance, de préjugés et de mesquinerie, lorsqu'oTi demandait quoi que ce fût pour la mise en valeur et la sécurité du nouveau domaine; et quand (Ml lin le grand public s'intéressa aux colonies, ce fut moins pour les richesses nationales d'avenir qu'elles recelaient que pour des histoires scandaleuses quel-
a58 LE PANGERMANISME COLONIAL
conques, que trop souvent la sottise et la haine aveugle attachaient au nom des gens qui avaient risqué leur vie au dehors. Aujourd'hui, on peut à peine se faire une idée du désarroi dans lequel se trouvait l'Administration de la mère patrie, en présence des rapports, des plaintes, des demandes et des projets qui venaient d'outre- mer: mais celui qui connaît ces choses a conscience que les quinze premières années de la politique coloniale allemande se sont écoulées, en quelque sorte, d'une façon lamentable.
Depuis lors, nous avons fait, certes, des progrès matériels importants. Pendant la première période, depuis l'acquisition de la plupart de nos possessions doutre-mer jusqu'au momeut où le directeur des colonies, D"^ Stûbel, prit en mains l'administration, l'ensemble de notre commerce colonial, en dehors de Iviao-Tchéou qui, dès le début, releva du ministère impérial de la marine, était monté jusqu'à 58 millions de mark, somme où l'importation et l'exportation se trouvaient encore dans le rapport extrêmement défavorable de 4i à 17 raillions. C'est §i peu de chose, que personne apparemment ne s'étonnera que la critique des adversaires systématiques des colonies ait fondé son attitude hostile à l'égard de celles-ci sur la médiocrité de ce rendement. En réalité, c'était vraiment une étroitesse de vues, que nous avons peine à comprendre aujourd'hui, de considérer des progrès économiques comme possibles, sans chemins de fer ni autrt^ mise de capitaux disponibles, ou de tirer de cotte absence de progrès, dans de telles circonstances, un argument au point de vue de la gestion coloniale.
C'est seulement l<>rs(]u'uii homme ayant lexpericncc des pays d'outre-mer, Stùbel, fut [)lac'é à la télé de l'administration coloniale, qu'un changement fondamental se ])roduisit dans r-vX état misérable de nos colonies. 11 savait ce qui él^iit nécessaire : importation de capitaux, construction de roules et colonisation; dans ces trois
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domaines, il réussit sans bruit à poser les assises d'un meilleur avenir. Les mérites de Stiibel sont loin d'èti-e appréciés à leur juste valeur. Aucun de ses successeurs n'a encore réussi comme lui à faire passer dans nos colonies autant de capitaux privés producteurs de travail; parmi les plus grandes dif Ucultés et les résistances d'une majorité au Reichstag, qui était encore à moitié ou entièrement hostile aux colonies^ il obtint, à force de luttes, presque autant de kilomètres de voies ferrées pour notre x'éseau colonial actuel, qu'il en fut accordé plus tard par le Reichstag colonial de 1907, dans le débordement de l'enthousiasme. Mais, avant tout, il fut le pi*emier à prendre au sérieux le principe national de la colonisation allemande, à reconnaître et à poser comme but d'une vraie politique coloniale, le peuplement par des immigrés allemands de nos territoires d'outre-mer que le climat rend utilisables. Grâce à la continuation de l'extension économique des colonies, d'après les principes réalisés pour la première fois j^ar Stilbel, le chilTre du commerce de 1910 put monter à 94 millions pour l'exportation et à i3o millions pour l'importation ; si l'on y ajoute Kiao- Tchéou, la valeur totale de notre commerce colonial s'élève présentement, en chiffres ronds, à 3oo millions de mark, soit environ quatre fois et demie la somme qu'il atteignait vers 1900.
Quelles chances y a-t-il pour que notre politique coloniale se rappelle enfin entièrement ce qu'exige l'idée nationale, et s'oriente vers cet objectif : amener la pensée allemande à dominer et à façonner les parties du monde qui constituent son champ d'action? Si, pour répondre à cette question, nous cherchions conseil uniquement dans les événements du passé, nos espérances pourraient bien ne pas s'élever à un très haut diapason. Au début, nous
•j6o lis I'ANGEItMANISME COLONIAL
avons eu une période coloniale où prédominait l'inintelligence avec une stérilité correspondante. Fuis vint un temps où apparut à la direction une vue juste de ce qui était nécessaire; mais, dans la métropole, elle eut à lutter avec la lenteur île compréhension et la malveillance d'une opposition systématique, et, de l'autre côté des mers, avec la résistance de l'objet. La troisième époque amena un grand <»ssor de l'intérêt dans la uière patrie, une synij)athie de princii)e pour les colonies chez la majorité des partis, des ressources abondantes et une vigoureuse initiative économique: mais l'homme sur lequel reposait le système poursuivit trop exclusiveuieut l'idée du develop. ]>emenl commercial et capitaliste; il fit trop [)eu de cas du principe national, ainsi que des impondérables du caractère colonial, et échoua finalement pai- l'entêtement autocratique ipi'il mit dans son refus do collaborer avec les colons eux-mêmes. Le régime qui succéda alors embrassa un trop court laps de temps pour permettre un jugement formel; mais même en s'ellorc^ant le jilus IKJSsible de rester objectif, on ne peut guère, en ce qui le concerne, échapjier à l'impression d'une médiocre force de décision et «l'un manque d'initiative dans toutes les questions aigurs de iioti'C vie coloniale.
/hid., p. l',()-i48, \fi\)-!rto.
i\. Identificnlion de In i^ncrrc cl dt' ht /xilitù/uc.
Notre grand philosophe et historien de la giiiM*re, Clausewity., a dit (piclque ])art : " T.a nuMlleure stratégie est d'être toujours très fort; tout d'abord (hms l'ensemble, et cnMuitc sur le point «lécisif. » Oi* la guei-re, s<don la définition très juste de (Uausowit/.. n'est pas une chos^^ en soi, rest ia vonlinunlion de In finlilif/nc juir d'niilrrs moyens. Lu guerr»* et la politi(jiH> ne sont <|ue des